Les acteurs financiers sont aujourd’hui exposés à des risques de transition majeurs liés au changement climatique :

  • les risques climatiques physiques : ce sont les impacts financiers incertains qui résultent des effets du changement climatique sur les acteurs économiques et sur les portefeuilles d’actifs ;
  • les risques de transition : ce sont les impacts financiers incertains (positifs et négatifs) qui résultent des effets de la mise en place d’un modèle économique bas-carbone sur les acteurs économiques.

Les risques de transition sont caractérisés par une incertitude « radicale » sur la nature de la trajectoire bas-carbone (i.e. la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui restructure l’économie) et une incertitude plus « habituelle » sur les modalités de mise en oeuvre de cette trajectoire en termes économiques et sociaux.

La gestion des risques de transition bénéficierait d’un alignement des portefeuilles sur une trajectoire bascarbone :

  • un acteur économique est aligné sur une trajectoire 2°C lorsque la diminution progressive de ses émissions de gaz à effet de serre suit le rythme – spécifique aux activités opérées – correspondant à la trajectoire 2°C. Aligner un portefeuille sur une trajectoire bas-carbone signifie sélectionner progressivement – à l’intérieur d’un secteur ou d’une catégorie d’actifs financiers – les contreparties qui mettent en oeuvre les efforts de décarbonation croissants, requis sur leurs secteurs d’activités. Aligner un portefeuille sur une trajectoire 2°C est un processus progressif qui pourra être mis en place une fois qu’un volume suffisant d’actifs financiers seront alignés sur une trajectoire 2°C ;
  • l’alignement du portefeuille sur une trajectoire bascarbone peut limiter les risques de transition. En favorisant l’exposition aux contreparties qui adoptent une stratégie progressive et flexible d’alignement de leurs activités, cela réduit l’exposition aux actifs
    en retard sur le début de trajectoire sectorielle de décarbonation, sans pénaliser la performance future de l’actif en fonction des divers cas de poursuite de la trajectoire, et sans modifier drastiquement l’exposition sectorielle du portefeuille comparée au benchmark ; toutefois, cela ne peut réduire totalement l’exposition aux risques de transition (e.g. quand la contrepartie fait des choix stratégiques nécessaires et qui diminuent sa flexibilité face à des scénarios et trajectoires alternatifs).

Il y a plusieurs raisons de privilégier l’alignement bascarbone des portefeuilles pour gérer les risques de transition :

  • les stratégies usuelles de gestion des risques en finance (i.e. « transfert du risque » par couverture et assurance, ou « diversification ») ne suffiront pas à couvrir la majorité de l’exposition aux risques de transition. Pour réellement limiter l’exposition aux risques de transition, une stratégie d’alignement bas-carbone du portefeuille est préférable. Ceci est réalisable concrètement par « évitement » (i.e. éviter les actifs les plus exposés aux risques de transition) ou « engagement » (i.e. pousser la contrepartie à réduire son exposition) ;
  • la crédibilité d’une décarbonation de l’économie par rapport à une trajectoire business-as-usual est renforcée par plusieurs dynamiques (de politique climatique ; financière ; de marché) qui semblent pérennes ;
  • il existe une dynamique d’exigence réglementaire croissante pour l’alignement bas-carbone des portefeuilles.

La stratégie d’alignement sur une trajectoire bascarbone devrait être fondée sur une analyse prospective de l’impact financier de la trajectoire bas-carbone portant sur tous les actifs en portefeuille.