Éléments clés du suivi, de la certification et du financement des projets carbone forestiers

7 novembre 2018 - Point Climat

Le montant des financements destinés aux projets carbone forestier n’a jamais été aussi élevé qu’en 2015, avec 888 millions de dollars (Goldstein & Ruef, 2016). Dans la plupart des cas, il est nécessaire de disposer d’un système fiable de suivi, de notification et de vérification (SNV) de l’absorption du carbone ou des réductions d’émissions pour accéder à la plupart des paiements relatifs au carbone.

Après un aperçu du financement du carbone forestier, ce Point Climat présente les différentes options et difficultés liées au SNV du carbone forestier.

Il met en lumière dans un premier temps les trois choix fondamentaux auxquels sont confrontés les porteurs de projet :

  • La définition du périmètre du projet (réservoirs de carbone à prendre en compte, périmètre géographique et les fuites…),
  • Les différentes techniques et outils de suivi du carbone forestier (mesures sur le terrain, modélisation ou télédétection)
  • La définition de la référence et la démonstration de l’additionnalité.

Même si différents outils et lignes directrices sont disponibles pour aider les porteurs de projets à mettre en œuvre des mesures d’atténuation efficaces, six principales difficultés techniques et politiques ont été identifiées :

  • Le risque de non-permanence et la dette carbone : si les labels fournissent des outils (par exemple la mise en réserve des crédits ou les crédits ex-ante) pour relever ce défi, il reste délicat de trouver le juste équilibre entre intégrité environnementale et rentabilité des projets.
  • Le suivi des incertitudes est souvent présenté comme un obstacle à la mise en place d’une tarification du carbone dans le secteur forestier. Il est coûteux de réduire les incertitudes et l’intérêt de le faire dépend du caractère volontaire de la tarification du carbone, de l’importance de l’asymétrie de l’information et de la rentabilité des projets.
  • Le risque d’effets d’aubaine : l’additionnalité ne peut jamais être garantie à 100 %. Là encore, il est délicat de trouver le juste équilibre entre l’élimination des « faux positifs » (enregistrement de projets non additionnels) et des « faux négatifs » (projets additionnels exclus par le coût et les risques liés à la démonstration de l’additionnalité).
  • Les coûts de vérification : la vérification peut représenter jusqu’à la moitié des coûts du SNV et ne peut généralement pas être internalisée.
  • Faible prix du carbone : les coûts habituels du SNV pour les projets forestiers sont d’environ 0,15 à 1,4 € par tCO2e, ce qui est considérable lorsque les prix du carbone avoisinent en moyenne 3 € par tCO2e sur les marchés volontaires. Dans ce contexte, il est difficile de conjuguer certification rigoureuse et viabilité financière des projets carbone.
  • L’enjeu de la double revendication de l’action pour le climat : les garanties du Protocole de Kyoto contre le double compte entre pays ont été adaptées par certains labels carbone volontaires afin d’empêcher qu’une entité privée et un pays réclament la même réduction d’émissions. Cela a ralenti la mise en œuvre des projets dans les pays de l’Annexe I, mais plusieurs labels, notamment Gold Standard, s’orientent vers un nouveau paradigme pour les marchés volontaires du carbone.

 

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Pour aller plus loin
  • 02/12/2022
    La certification carbone européenne doit être exigeante… et attractive

    Comment différentier les projets qui permettent vraiment de stocker du carbone, des projets qui prétendent seulement le faire ? Question compliquée quand on s’intéresse à des projets dans l’agriculture et la forêt, pour lesquels la quantification du carbone stocké est complexe et se heurte au risque de non-permanence, et pour lesquels il faut aussi prendre en compte les autres défis environnementaux à commencer par la préservation de la biodiversité. Une question compliquée donc, mais une question qui nécessite une réponse ! Des acteurs privés et des pouvoirs publics veulent s’assurer que les projets agricoles et forestiers qu’ils financent au nom du climat ont un réel bénéfice environnemental.

  • 01/12/2022 Billet d'analyse
    Certification carbone : la Commission propose un cadre exigeant qui devra aussi être incitatif

    On y voit désormais plus clair sur le futur cadre de certification carbone européen, grâce à la proposition que la Commission vient de rendre publique. Cette proposition donne un cadre, de grands principes directeurs, et les détails seront précisés dès 2023 avec l’appui d’un groupe d’experts. Si le diable se cache dans les détails, le cadrage n’en est pas moins important. Claudine Foucherot d’[i4ce] l’a analysé et identifié quatre points sur lesquels il faudra être vigilant. De manière générale, on peut dire que la Commission fait une proposition ambitieuse qui présente cependant un risque : ne pas être suffisamment incitative pour permettre un déploiement massif des projets. 

  • 08/07/2022 Tribune
    Tribune | Rémunération carbone : nous avons besoin d’une certification européenne ambitieuse et pragmatique

    La Commission européenne va proposer d’ici la fin de l’année une « certification carbone », première étape vers la rémunération des agriculteurs et forestiers qui contribuent au stockage de carbone. Ce projet de certification soulève des débats et des inquiétudes. Pour l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), l’Union européenne peut y répondre et développer une certification ambitieuse en s’appuyant sur l’expérience des Etats membres en la matière.

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