Relocaliser la filière bois française : une bonne idée pour le climat

21 mai 2019 - Par : Valentin BELLASSEN / Gabriella CEVALLOS

Alors que la filière forêt-bois française est marquée par un déficit commercial structurel de 6 milliards d’euros, plusieurs acteurs publics et privés appellent à une relocalisation de la filière bois. Un tel scénario de transformation locale des produits-bois, dans lequel les résidus de cette transformation serviraient à l’industrie et au secteur de l’énergie, devrait permettre d’allier développement économique et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais est-ce vraiment une bonne idée pour le climat ?

 

L’intérêt climatique d’une telle option n’est en fait pas évident. Car si un scénario de relocalisation conduit à une baisse du transport international de marchandise de la filière, et donc des émissions associées, il pourrait aussi diminuer les « effets de substitution » :  à l’heure actuelle, la France importe beaucoup de produits transformés, et ce sont les pays exportateurs de ces produits qui bénéficient de l’utilisation des résidus de la transformation du bois brut, en partie pour produire de l’énergie ou des matériaux transformés (papier, cartons, panneaux, …). Une évaluation des gains climatiques implique donc de prendre en compte l’impact sur les émissions des autres pays

Dans sa nouvelle étude, I4CE – Institut de l’économie pour le climat apporte des éléments chiffrés pour répondre à la question : est-ce une bonne idée pour le climat de relocaliser la filière bois française ? En exploitant les données commerciales de la filière, I4CE a développé différents scénarios de relocalisation du bois et évalué leur impact CO2. Il en ressort que:

  • Même avec des hypothèses conservatrices, la relocalisation d’une partie des activités de la filière représente un gain pour le climat.
  • Si elle induit une hausse des émissions dans les autres pays, celles-ci sont globalement compensées par l’utilisation accrue de bois-énergie en France et – surtout – la réduction du transport international.

Dans cette étude, I4CE fait aussi le point sur les échanges commerciaux de la filière bois française et sur les différents effets de substitution. Pour rappel et de manière simplifiée, l’effet de substitution désigne les émissions évitées si un produit-bois est utilisé à la place d’un produit plus émetteur en termes de GES. Ainsi, I4CE estime qu’à l’heure actuelle, les produits-bois importés permettent d’éviter environ 5 MtCO2. Si on s’intéresse aux exportations par la France, l’utilisation de produits-bois permet d’éviter l’émission de 7 MtCO2 chez nos voisins. Cependant, près d’un cinquième de ces émissions évitées sont « réémises » par le transport international de ces produits-bois.

La relocalisation de la filière bois, associée à une bonne valorisation énergétique des résidus de transformation du bois, permettrait de disposer de plus de biomasse en France. Combien ? On estime dans cette étude que cela représenterait jusqu’à 16 % de l’objectif de mobilisation de la biomasse associé au prélèvement supplémentaire 12 Mm3 /an prévu en 2026 par le Plan National Forêt-Bois, ce qui permettrait de réduire le recours aux importations de produits énergétiques.

 

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