Réussir la transition à l’échelle locale, c’est aussi choisir ce que l’on ne financera plus
Alors que la loi de finances pour 2026, après celle de 2025, souffle le froid sur les finances locales, de nombreuses collectivités abordent le prochain mandat dans un contexte budgétaire particulièrement contraint et incertain. Elles demeurent pourtant en première ligne de la transition bas-carbone et devront continuer à investir massivement pour transformer les mobilités ou rénover les bâtiments publics. Dans ce cadre, la réduction de leurs investissements « bruns » apparaît comme un levier central pour dégager des économies et financer leurs investissements climat.
L’impératif est autant climatique que budgétaire. En 2024, les investissements « bruns » des collectivités, liés notamment à la construction de routes, de bâtiments artificialisants ou à l’acquisition d’équipements fossiles, ont atteint 5,6 milliards d’euros. Ce montant a diminué de 25 % depuis 2014. Pour respecter les objectifs de réduction des émissions, il devra toutefois être encore divisé par quatre d’ici 2035. Un rythme nettement supérieur à celui observé jusqu’ici. La réduction de ces investissements permettrait de dégager en théorie près de 3,6 milliards d’euros d’économies directes par an d’ici 2035… qui pourront être redirigées vers des investissements favorables à la transition. Si ce potentiel reste en deçà des besoins d’investissement pour le climat, il demeure essentiel de le mobiliser pour contribuer à leur financement.
La redirection est cependant un levier difficile à activer : des entretiens menés avec des collectivités de différentes tailles ont fait ressortir de nombreux freins budgétaires, techniques et politiques rencontrés dans la pratique. Collectivités, État et acteurs financiers doivent agir conjointement pour lever ces freins. Les collectivités doivent notamment renforcer l’intégration des objectifs climat dans leurs processus décisionnels et budgétaires. Elles disposent pour cela d’outils et de méthodes, comme le PPI aligné climat, développé par I4CE en collaboration avec plusieurs collectivités. Grâce à l’instauration d’incitations financières et réglementaires stables, cohérentes et prévisibles, l’État et les acteurs financiers jouent également un rôle déterminant pour accompagner la redirection des dépenses locales.
L’année qui s’ouvre sera décisive : avec l’installation des nouveaux exécutifs municipaux, intercommunaux et métropolitains se définiront les projets structurants du prochain mandat. La transition ne se jouera pas seulement dans les investissements à réaliser, mais aussi dans ce que nous choisirons, collectivement, de ne plus financer.
