Banque européenne du climat : il y a mieux à faire

6 mars 2019 - Billet d'analyse - Par : Alice PAUTHIER

L’idée de créer une banque européenne du climat fait son chemin. Après avoir été mise sur la table par le Pacte Finance Climat et ses nombreux soutiens, elle figure désormais dans la « lettre aux Européens » du Président Emmanuel Macron. C’est une excellente chose à l’heure où les élections européennes se profilent : le financement de la lutte contre le changement climatique est sur l’agenda politique de l’Europe. Mais la solution est-elle une nouvelle institution financière ? Le point de vue de Ian Cochran, conseiller sénior d’I4CE.

 

 

Pour combler le déficit d’investissement climat, il ne suffit pas de « trouver » de l’argent

Le constat est clair : il faut augmenter les flux d’investissement pour l’isolation des bâtiments, la construction d’infrastructures de transport collectif, les véhicules bas carbone, les énergies renouvelables…. En France, ce sont près de 40 milliards d’euros qui sont investis chaque année pour le climat, par les ménages, les entreprises et les pouvoirs publics, et il en faudrait entre 10 et 30 de plus pour se mettre sur la voie de la neutralité carbone.

 

La première chose à faire pour combler ce déficit d’investissement, avant même de parler de comment le financer, c’est aider les entreprises, les ménages, les collectivités à développer ces projets favorables au climat. C’est assister les ménages pour la rénovation de leur logement ou à l’achat d’une voiture électrique ; c’est soutenir les entreprises dans l’adoption de technologies qui consomment moins d’énergie et l’utilisation d’énergies renouvelables ; c’est aider les collectivités à rénover leur parc de bâtiment ou à développer des transports collectifs. Ces acteurs doivent souvent être accompagnés, et leurs projets doivent être rentables. Subventions publiques, fiscalité climat, réglementation, communication et sensibilisation, accompagnement au montage de projet… Nombreux sont les outils à la disposition des pouvoirs publics pour créer un pipe de projets qu’il faudra, ensuite, financer.

 

Financer la lutte contre le changement climatique ne se limite donc pas à « trouver » de l’argent. Il faut aussi créer un pipe de projets et toute institution financière publique, existante ou à venir, ayant pour mission de financer la transition devra aussi contribuer à le créer.

 

 

Attention aux silos

Financer le climat c’est aussi arrêter de financer les projets qui vont à l’encontre de la transition vers une économie neutre en carbone et résiliente aux changements climatiques. Pour dire les choses de manière caricaturale : financer du « vert » est important, arrêter de financer du « marron » l’est tout autant. En France, à côté des 40 milliards d’investissements climat réalisés chaque année, ce ne sont pas moins de 70 milliards qui sont investis dans des équipements gros consommateurs d’énergies fossiles, qu’il s’agisse de véhicules ou encore de chaudières.

 

Et c’est là un des problèmes de cette idée de banque européenne du climat. Elle n’aurait que peu de sens si, à côté, les autres institutions financières publiques continuaient à financer du marron. L’enjeu c’est de « dé-silo-iser », de « mainstream-er » l’action pour le climat, d’aligner tous les flux financiers avec les objectifs de l’Accord de Paris. De faire que tous les institutions financières participent au financement de la transition nécessaire pour le climat et arrêtent de financer les projets qui « verrouillent » l’avenir en nous condamnant à émettre des gaz à effet de serre pour plusieurs décennies. Une banque européenne spécialisée sur le climat, si elle devait être créée, ne devrait pas nous détourner de cet enjeu des financements marrons.

 

 

Mettons du climat dans les institutions existantes

Une alternative à cette banque spécialisée, alternative d’ailleurs évoquée dans la lettre aux Européens d’Emmanuel Macron, serait de demander aux institutions financières publiques existantes d’aligner leurs financements sur l’Accord de Paris. De financer la transition, certes, mais aussi de de rendre transparent et de devoir justifier tout financement qui va à l’encontre la transition climatique. Pour reprendre les mots utilisés par le Président, il s’agirait de mettre le climat au cœur de leur « mandat », qu’il s’agisse de la Banque centrale européenne, du budget européen, du plan d’investissement de l’UE ou de la Banque européenne d’investissement (BEI)… Bref, de mettre le climat au cœur du mandat de l’Union Européenne. Si la BEI finance aujourd’hui des énergies fossiles, c’est parce qu’elle fait ce que lui est demandé par la Commission et les Etats Membres derrière. Plutôt que de créer une nouvelle institution, donnons le bon mandat politique aux institutions existantes.

 

Cette idée fait déjà son chemin au sein des institutions financières, même s’il reste encore beaucoup à faire. La BEI, comme tous les autres Banques multilatérales de développement, a déjà adhéré aux 5 Principes Volontaires pour l’Intégration du climat au sein de toutes ses activités. Lors du One Planet Summit de 2017, les principales banques de développement ont pris l’engagement d’aligner l’ensemble de leurs activités avec les objectifs de l’Accord de Paris.

 

La mobilisation politique de haut niveau en faveur d’une banque européenne du climat est à n’en pas douter une bonne nouvelle. Elle démontre que nombre d’Etats membres et d’acteurs de tous horizons veulent profiter des futures élections européennes pour faire évoluer les institutions de l’UE en faveur du climat. Cette mobilisation constitue un capital politique. Investissons-le là où il sera le plus utile : au sein des institutions qui peuvent agir dès aujourd’hui.

 

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Alice PAUTHIER
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