Par Claudine FOUCHEROT et Valentin BELLASSEN

Au niveau mondial, les émissions du secteur agricole représentent 14 % des émissions anthropiques globales de gaz à effet de serre. Lorsque l’on considère également les émissions en amont Ŕ fabrication d’engrais, déforestation, … - et en aval du champ Ŕ bioénergies, … - leur part passe à 30 %. De nombreuses pratiques et innovations permettent de réduire l’impact de l’agriculture sur le réchauffement climatique. D’après plusieurs estimations synthétisées dans cette étude, le potentiel d’atténuation du secteur agricole est du même ordre de grandeur que ses émissions sur un horizon de 30 ans. Modifier les pratiques agricoles a cependant un coût et ces changements ne sont pas mis en oeuvre, la plupart du temps, sans incitation économique.

En rémunérant les émissions évitées, les projets de compensation carbone sont l’un des outils économiques disponibles pour réduire les émissions agricoles. Le bilan des réductions d’émissions permises jusqu’à présent par les projets agricoles est présenté dans cette étude. Elle couvre l’essentiel des projets certifiés par des labels de qualité, aussi bien ceux établis par le protocole de Kyoto (Mécanisme pour un Développement Propre et Mise en OEuvre Conjointe) que ceux du marché volontaire (Verified Carbon Standard, Climate Action Reserve, Gold Standard, Chicago Climate Exchange et American Carbon Registry). Le bilan ainsi réalisé montre que les réductions d’émissions permises par le biais de la compensation carbone sont plus de mille fois inférieures aux émissions et au potentiel d’atténuation. Les projets agricoles ont permis d’éviter l’émission de 14 millions de tonnes d’équivalent-CO2 (tCO2e) en 2010, soit 7 % des réductions engendrées par l’ensemble des projets de compensation carbone, tous secteurs confondus cette même année.

Les projets sont concentrés sur trois technologies : les bioénergies, issues essentiellement de résidus de récolte ; la méthanisation des effluents d’élevage ; et la séquestration dans le sol par le non-labour. C’est bien peu en comparaison des multiples techniques d’atténuation pouvant être mises en place dans ce secteur. Le caractère diffus des émissions agricoles et le coût des mesures sont les principaux freins au développement de projets agricoles. Cependant, la mise en place d’agrégateurs regroupant plusieurs exploitations agricoles et permettant donc de mutualiser les coûts, ainsi que la recherche sur de nouvelles techniques de mesure des émissions plus efficaces et moins coûteuses sont autant de moyens de lever ces freins et de libérer le potentiel.