Par Clothilde TRONQUET, Claudine FOUCHEROT

L’agriculture tient une place particulière dans les mutations climatiques en cours et à venir : produisant environ 12 % des émissions de gaz à effet de serre globales, ce secteur très émetteur est également très impacté par les changements climatiques, souffrant entre autres d’une baisse tendancielle des rendements et d’une variabilité croissante. Grâce à sa capacité d’adaptation et à son potentiel d’atténuation, l’agriculture est aussi une partie de la solution aux changements climatiques.

Le secteur agricole est souvent désigné comme un parent pauvre des négociations climatiques internationales, il ne recevrait pas un traitement à la hauteur de ses spécificités et de son rôle fondamental. L’objet de cette étude est d’estimer quelle est la participation effective de l’agriculture aux négociations de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et d’identifier les grands enjeux pour ce secteur dans les années à venir.

L’analyse de l’historique des négociations et leur situation actuelle démentent l’idée d’une agriculture inexistante dans le processus de la CCNUCC, sans pour autant qu’elle jouisse d’un traitement sectoriel spécifique. Les obstacles à la mise en place de mécanismes d’atténuation et d’adaptation dans le secteur agricole, allant de l’ingénierie au financement, sont en effet nombreux et difficiles à contourner.

Les avancées réduites de l’agriculture dans les négociations reflètent également la complexité et la sensibilité des problématiques qui lui sont liées tant sur le commerce que le développement économique. Il s’agit de repenser les trajectoires de développement agricole, modifiant l’organisation des filières agricoles de la production d’intrant aux modes de consommation et considérant les impacts effectifs sur les parties prenantes y compris en matière de développement. Ainsi, la dite « lenteur » des négociations internationales sur le sujet agricole n’est en réalité que le reflet de l’envergure des enjeux à considérer : de la sensibilité politique du thème agricole et de l’ampleur du défi scientifique et technique que représentent la réduction et le suivi des émissions agricoles.

L’agriculture n’est qu’à la première étape d’un processus de négociation long et complexe dont l’issue ne doit pas être attendue lors de la COP21. Si on peut espérer de la COP21 des avancées dans le dialogue sur les mesures de suivi, notification et vérification (MRV) ou encore sur l’appréhension d’une approche paysagère, les développements du SBSTA sur l’agriculture perdureront quant à eux au-delà de 2015, constituant une étape indispensable avant d’envisager de quelconques outils opérationnels. Enfin des initiatives multilatérales comme l’Alliance Globale pour Climate-Smart Agriculture contribuent à mobiliser la communauté internationale sur les sujets agricoles, parallèlement aux négociations internationales, mais restent en marge du carde onusien.