Comment expliquer la hausse des prix des rénovations énergétiques au cours des dernières années ?
Les conflits qui ont débuté au Moyen-Orient en mars 2026 ont fait flamber le prix des énergies fossiles et les factures énergétiques des ménages. Dans ce contexte, les investissements permettant d’affranchir les ménages de leur dépendance aux énergies fossiles, notamment la rénovation énergétique des logements, incluant l’isolation thermique et le remplacement du mode de chauffage, représentent un enjeu d’autant plus prioritaire pour les politiques publiques.
Pour que les ménages puissent investir dans la rénovation de leur logement, encore faut-il qu’ils en aient la capacité financière. Chaque année, dans notre Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique, nous évaluons dans quelle mesure les ménages sont en capacité de financer une rénovation énergétique d’ampleur de leur logement ou le remplacement du système de chauffage. Une analyse rétrospective incluse dans la dernière édition a mis en lumière une forte hausse du prix des travaux, l’isolation et l’installation d’une pompe à chaleur, sur la période 2019-2024, estimée à partir d’indicateurs agrégés. Nous avons voulu mieux comprendre cette hausse majeure : d’une part, évaluer l’augmentation de prix spécifiquement pour les rénovations énergétiques, d’autre part, identifier les différents facteurs explicatifs de ces augmentations.
Nous nous sommes heurtées à un manque de données publiques disponibles sur l’évolution des prix des travaux de rénovation énergétique. En particulier, les données publiques de l’Anah sur les prix moyens des travaux subventionnés ne sont disponibles que depuis 2022. Nous avons donc utilisé des données provenant de Dorémi – entreprise spécialisée dans les projets de rénovation globale et performante – et d’un Observatoire des coûts de la rénovation développé par la région Grand Est, basées seulement sur quelques centaines de chantiers par an. Afin de mieux comprendre ce que les enveloppes conséquentes d’aides publiques subventionnent, il nous semble essentiel que l’administration mette à disposition des données plus précises sur les prix des rénovations aidées, par exemple à travers un baromètre national qui pourrait être porté par l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE). Il serait en particulier utile que ces données précisent la répartition des prix entre la main d’œuvre, les matériaux et les équipements.
Le présent travail nous a toutefois permis d’aboutir à un premier ordre de grandeur de la hausse des prix des rénovations énergétiques :
+ 60 % pour la rénovation globale et performante, et entre + 35 % et + 75 % pour chaque poste de travaux entre 2019 et 2024, alors que l’inflation s’est élevée à 17 % sur la période.
Nous avons également identifié les principales causes de la hausse des prix, mais le manque de données ne nous a malheureusement pas permis d’estimer le poids de ces différents facteurs dans l’augmentation totale.
D’une part, le prix moyen des rénovations a augmenté car les politiques publiques ont incité les ménages à réaliser des travaux plus performants et donc plus coûteux. Par exemple, les dispositifs d’aides ont orienté les ménages vers des pompes à chaleur plutôt que vers des chaudières à gaz très performantes, ou encore, jusqu’en 2025, vers des rénovations d’ampleur plutôt que des rénovations par gestes. Cette part de la hausse de prix est donc le signe d’une certaine efficacité des politiques publiques pour la rénovation des logements.
D’autre part, à performance égale, le prix des travaux a également augmenté. Cette hausse de prix s’explique par l’augmentation du prix des matériaux causée par les crises économiques et énergétiques des dernières années (Covid, conflits en Ukraine et au Moyen-Orient). Le coût de la main d’œuvre a également légèrement augmenté, dans un contexte de tensions croissantes sur l’offre d’artisans. L’augmentation totale du prix des travaux — 60 % pour la rénovation globale, et entre 35 % et 75 % pour les différents postes entre 2019 et 2024 — ne peut pas s’expliquer entièrement par la hausse du coût des matériaux (d’environ 30 %) ou de la main d’œuvre (d’environ 13 %). Cette part inexpliquée de la hausse pourrait être liée en partie à l’augmentation des marges des entreprises, avec un possible effet inflationniste des aides sur le prix des travaux. Des travaux académiques sont en cours pour étudier cet effet.
Ces premiers résultats pourront servir de base à de futurs travaux sur la hausse de prix des rénovations énergétiques et sur les politiques publiques qui permettraient de la contenir. De précédents travaux publiés par I4CE avaient notamment identifié la possibilité pour les collectivités locales de réaliser des achats groupés de pompes à chaleur à des prix avantageux en s’appuyant sur les espaces conseils FranceRénov’. D’autres dispositifs sont certainement à imaginer.


