Développement et perspectives de l’agriculture dans les négociations climatiques internationales

25 février 2015 - Etude Climat

Par Clothilde TRONQUET, Claudine FOUCHEROT

L’agriculture tient une place particulière dans les mutations climatiques en cours et à venir : produisant environ 12 % des émissions de gaz à effet de serre globales, ce secteur très émetteur est également très impacté par les changements climatiques, souffrant entre autres d’une baisse tendancielle des rendements et d’une variabilité croissante. Grâce à sa capacité d’adaptation et à son potentiel d’atténuation, l’agriculture est aussi une partie de la solution aux changements climatiques.

Le secteur agricole est souvent désigné comme un parent pauvre des négociations climatiques internationales, il ne recevrait pas un traitement à la hauteur de ses spécificités et de son rôle fondamental. L’objet de cette étude est d’estimer quelle est la participation effective de l’agriculture aux négociations de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et d’identifier les grands enjeux pour ce secteur dans les années à venir.

L’analyse de l’historique des négociations et leur situation actuelle démentent l’idée d’une agriculture inexistante dans le processus de la CCNUCC, sans pour autant qu’elle jouisse d’un traitement sectoriel spécifique. Les obstacles à la mise en place de mécanismes d’atténuation et d’adaptation dans le secteur agricole, allant de l’ingénierie au financement, sont en effet nombreux et difficiles à contourner.

Les avancées réduites de l’agriculture dans les négociations reflètent également la complexité et la sensibilité des problématiques qui lui sont liées tant sur le commerce que le développement économique. Il s’agit de repenser les trajectoires de développement agricole, modifiant l’organisation des filières agricoles de la production d’intrant aux modes de consommation et considérant les impacts effectifs sur les parties prenantes y compris en matière de développement. Ainsi, la dite « lenteur » des négociations internationales sur le sujet agricole n’est en réalité que le reflet de l’envergure des enjeux à considérer : de la sensibilité politique du thème agricole et de l’ampleur du défi scientifique et technique que représentent la réduction et le suivi des émissions agricoles.

L’agriculture n’est qu’à la première étape d’un processus de négociation long et complexe dont l’issue ne doit pas être attendue lors de la COP21. Si on peut espérer de la COP21 des avancées dans le dialogue sur les mesures de suivi, notification et vérification (MRV) ou encore sur l’appréhension d’une approche paysagère, les développements du SBSTA sur l’agriculture perdureront quant à eux au-delà de 2015, constituant une étape indispensable avant d’envisager de quelconques outils opérationnels. Enfin des initiatives multilatérales comme l’Alliance Globale pour Climate-Smart Agriculture contribuent à mobiliser la communauté internationale sur les sujets agricoles, parallèlement aux négociations internationales, mais restent en marge du carde onusien.

Développement et perspectives de l’agriculture dans les négociations climatiques internationales Télécharger
Pour aller plus loin
  • 24/02/2023
    Transition de l’élevage : Planifier plutôt que subir

    Le Salon International de l’Agriculture s’ouvre demain à Paris après une année 2022 qui aura particulièrement ébranlé les filières de l’élevage en France. Sécheresse, augmentation du prix des intrants, crise sanitaire, le secteur est en difficulté et on comprend aisément que la gestion de ces crises soit au cœur des préoccupations. Mais cela ne doit pas empêcher de parler de l’avenir de l’élevage. Or, on voit bien que ce n’est pas si simple. Entre ceux qui aspirent à une redynamisation du secteur et ceux qui, moins vocaux et assurément plus cyniques, se disent que ces crises et la réduction des cheptels qui en résulte auront le mérite de faciliter l’atteindre les objectifs climatiques, il reste peu de place pour discuter des vrais problèmes.

  • 21/02/2023
    Réduction de la consommation de viande : des politiques publiques bien loin des objectifs de durabilité

    Le nombre d’animaux d’élevage diminue depuis plusieurs décennies en France (- 20 % pour le cheptel laitier et - 33 % pour le cheptel de truies depuis 2000) sans forcément une diminution des quantités produites, mais les gains de productivité ne pourront pas maintenir éternellement les niveaux de production (voir Transition de l’élevage : gérer les investissements passés et repenser ceux à venir). Pour que la baisse des activités d’élevage ait un impact sur le climat, elle doit être accompagnée d’une baisse de la consommation de viande, mais celle-ci a-t-elle vraiment lieu ?

  • 21/02/2023
    Transition de l’élevage : gérer les investissements passés et repenser ceux à venir

    Si le nombre d’animaux d’élevage diminue depuis plusieurs décennies en France, la consommation de viande ne fait qu’augmenter. C’est ce que documente cette nouvelle étude d’I4CE. Au rythme actuel, aucune des cibles de consommation durable de viande évoquées dans les scénarios de neutralité carbone n’a de chances d’être atteinte d’ici 2050. D’où la nécessité d’explorer de nouvelles pistes de politiques publiques et d’implications d’acteurs privés pour mettre la consommation de viande sur un rythme compatible avec les enjeux de durabilité et l’évolution des volumes de production nationaux.

Voir toutes les publications
Contact Presse Amélie FRITZ Responsable communication et relations presse Email
Inscrivez-vous à notre liste de diffusion :
Je m'inscris !
Inscrivez-vous à notre newsletter
Une fois par semaine, recevez toute l’information de l’économie pour le climat.
Je m'inscris !
Fermer