Risques climat : le superviseur envoie un signal fort aux acteurs financiers

24 avril 2019 - Billet d'analyse - Par : Julie EVAIN

Les acteurs financiers doivent dès aujourd’hui prendre en compte les risques que fait peser sur eux le changement climatique.
L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) a publié récemment deux rapports analysant comment les banques et les assureurs français gèrent ces nouveaux risques. Que faut-il en retenir ?
Le point de vue de Julie Evain d’I4CE.

 

 

Un signal fort envoyé aux acteurs financiers

L’ACPR avait déjà réalisé un rapport sur l’exposition des banques aux risques climatiques, en 2017, avec Bercy et la Banque de France. C’était un rapport issu d’une obligation de la loi de transition énergétique. Les deux rapports rendus publics la semaine dernière sont à l’initiative propre de l’ACPR, ce qui témoigne de son intérêt pour le sujet et de l’importance qu’elle y accorde.

 

Pour réaliser ces rapports, l’ACPR a soumis les banques et les assurances françaises à un questionnaire précis et a réalisé des entretiens. Ce processus a eu un fort effet de signal auprès des acteurs financiers : ils savent désormais que le superviseur se préoccupe de ces sujets et donc qu’ils doivent eux aussi les prendre au sérieux et les analyser.

 

 

Des progrès sur la gouvernance et l’analyse des risques de transition

Et sur le fond : les banques et assureurs analysent-ils correctement leurs risques climatiques ? L’ACPR est prudente. Elle rappelle que les données qu’elle a pu collecter proviennent de déclarations, et sont à des niveaux trop agrégés pour permettre de réellement analyser les expositions.

 

La bonne nouvelle est que l’ACPR voit les choses évoluer au niveau de la gouvernance avec la mise en place de bonnes pratiques telles que la définition de stratégies internes, de procédures d’information des instances dirigeantes et une plus grande intégration dans les départements des risques.  Cela veut dire que les acteurs financiers comprennent que ces risques sont importants et qu’ils devraient à l’avenir développer leur capacité interne pour les analyser et les gérer.

 

L’autre bonne nouvelle est que, selon le superviseur, les banques et assureurs progressent dans l’analyse de leur exposition au risque de transition, c’est-à-dire le risque que fait peser sur eux une transformation rapide de l’économie vers la neutralité carbone. Cette progression se fait de façon hétérogène, mais le sujet remonte dans les priorités des acteurs financiers.  L’ACPR estime par ailleurs que l’expositions des banques à ce risque de transition reste stable. Malheureusement, pour en arriver à cette conclusion elle considère que seuls les secteurs les plus carbonés sont risqués. Cette approche à des limites car bien d’autres secteurs, importants économiquement pour la France et peu carbonés seront aussi fortement impactés par la transition comme le tourisme ou la grande distribution.

 

 

Un risque toujours sous-estimé : le risque physique

L’ACPR se montre rassurante sur les risques liés aux impacts du changement climatique les « risques physiques », pour les acteurs financiers : elle indique que les expositions des banques et assurances françaises sont situées dans des zones jugées peu vulnérables.  Ce jugement est effectué sur la base d’une étude très peu granulaire (analyse au niveau des pays et sans prendre en compte les secteurs d’activité). Par ailleurs, l’ACPR ne remet pas en cause l’approche majoritairement retenue par les assureurs qui voient les risques physiques sur leurs engagements de passif uniquement comme les impacts directs des catastrophes naturelles, sans prendre en compte ni les effets chroniques du changement climatique ni l’impact de ce dernier sur la fréquence et l’intensité futures de ces catastrophes. Ceci étant, le superviseur ne relativise pas l’efficacité à terme du  dispositif CatNat  destiné à protéger les assureurs et indirectement les banques.

 

Cette tendance à sous-estimer les risques physiques se retrouve aussi chez les acteurs financiers comme I4CE l’a montré. La majorité des acteurs financiers ne déclarent pas analyser l’exposition de leur portefeuille à ces risques, et les premières tentatives affichées sont encore largement perfectibles.

 

Enfin, l’ACPR pointe du doigt un nouveau risque lié au climat : le risque en responsabilité. C’est-à-dire le risque qu’un acteur soit attaqué en justice pour sa contribution au changement climatique Le sujet est très peu traité par les banques et assurances, mais le régulateur appelle à s’en préoccuper : c’est une bonne chose car on assiste depuis quelques années à la multiplication de tels procès.

Contacts I4CE
Julie EVAIN
Julie EVAIN
Chercheuse – Règlementation financière, Plans de transition prudentiels Email
Pour aller plus loin
  • 25/04/2024
    Recommandations d’I4CE à l’Autorité bancaire européenne sur les plans de transition prudentiels

    L’Autorité bancaire européenne (EBA) clarifie la manière dont les banques doivent élaborer et mettre en œuvre leur « plan de transition », comme l’exige la réglementation prudentielle de l’Union Européenne (UE). Le plan de transition est la feuille de route stratégique de la banque, pour préparer une transition vers une économie durable telle que définie par les juridictions dans lesquelles elle opère, y compris une économie européenne neutre sur le plan climatique. Il a été introduit dans plusieurs cadres réglementaires de l’UE, notamment en tant qu’obligation de reporting découlant de la directive européenne CSRD. Le cadre prudentiel et l’EBA se concentrent sur un aspect spécifique : la manière dont les banques prévoient de gérer leurs risques financiers liés à la transition. L’encadrement de ces plans par l’EBA sera essentiel pour déterminer si les banques gèrent leurs risques financiers de manière cohérente avec le besoin plus large de financer la transition vers une économie bas carbone.

  • 11/04/2024
    Recommandations d’I4CE au Comité de Bâle sur la divulgation des risques liés au climat

    Après une première étape en 2022, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire s’oriente enfin vers une réglementation des risques liés au climat. Fondé en 1974, ce forum réunit les superviseurs financiers des pays du G20 et établit des normes communes pour la stabilité financière. Il y a deux ans, le comité a publié un document consultatif sur les principes de gestion et de surveillance des risques climatiques. Il prend maintenant des mesures supplémentaires en s’orientant vers la réglementation.
    Ce document de consultation publique, publié en novembre 2023, vise à intégrer les risques financiers liés au climat dans le cadre de la divulgation d’informations (pilier 3). Dans le cadre de cette consultation, les experts finance d’I4CE ont adressé leurs recommandations au Comité en mars 2024.

  • 22/03/2024
    5 ans de politique climatique européenne : Quel bilan ? Quelles perspectives ?

    Les élections européennes approchent, et avec elles la crainte d’un retour en arrière sur les politiques climatiques. Quelle que soit l’issue de ces élections, à I4CE nous continuerons à produire de l’expertise pour faire avancer les politiques climatiques en Europe. C’est ce que nous avons fait ce lundi, lors d’une conférence organisée avec l’Institut Jacques Delors et Strategic Perspectives. Autour de trois tables rondes disponibles en replay, nous avons cherché à tirer le bilan du Pacte vert et à tracer des perspectives pour la suite, avec trois questions phares : Comment faire émerger un nouveau mode de gouvernance ? Comment rendre la transition accessible à tous ? Quels besoins d’investissements et quel rôle pour le financement privé ?

Voir toutes les publications
Contact Presse Amélie FRITZ Responsable communication et relations presse Email
Inscrivez-vous à notre liste de diffusion :
Je m'inscris !
Inscrivez-vous à notre newsletter
Une fois par semaine, recevez toute l’information de l’économie pour le climat.
Je m'inscris !
Fermer