Mobiliser des financements pour l’adaptation au changement climatique : comment les coûts de financement amplifient les besoins et les moyens pour y répondre dans les pays en développement
Analyse comparative et principaux enseignements issus d’études de cas de projets d’adaptation
Rapport uniquement disponible en anglais
Les besoins de financement pour l’adaptation au changement climatique dans les économies émergentes et en développement (EMDEs) augmentent rapidement, mais les estimations actuelles sous-estiment systématiquement l’ampleur du défi. Le coût du capital constitue un facteur déterminant – mais largement invisible – des réalisations en matière d’adaptation dans les EMDEs. Il influence quels projets sont mis en œuvre, à quel rythme et à quel coût final, en particulier pour les projets d’infrastructure très capitalistiques. Les estimations à l’échelle internationale se concentrent principalement sur les besoins d’investissement et tiennent rarement compte des coûts de financement, alors même que des coûts élevés de la dette et des fonds propres peuvent plus que doubler le coût total des projets et empêcher des projets d’adaptation techniquement pertinents et socialement essentiels d’aboutir à un bouclage financier.
Les subventions, les prêts concessionnels et les instruments de réduction des risques permettent de diminuer considérablement les coûts de financement, en abaissant les taux d’intérêt, en limitant le recours à des fonds propres coûteux et en réduisant les risques pour les investisseurs privés. Sur la base d’une analyse de 12 projets d’adaptation dans six pays en développement, ce rapport met en évidence dans quelle mesure ces projets dépendent fortement des financements concessionnels pour assurer leur viabilité financière. En moyenne, les ressources publiques et concessionnelles représentent près de 90 % du financement des projets, un niveau supérieur à celui observé pour les projets d’atténuation du changement climatique. En pratique, les financements concessionnels peuvent réduire les coûts de financement sur la durée de vie des projets de plusieurs centaines de millions de dollars pour les grands projets d’infrastructure. Toutefois, ce modèle se heurte à des limites structurelles : les ressources concessionnelles internationales diminuent, tandis que les budgets publics nationaux des EMDEs sont de plus en plus contraints par des niveaux d’endettement élevés et des pressions budgétaires.
Dans ce contexte, l’augmentation des financements pour l’adaptation ne peut reposer uniquement sur les ressources concessionnelles. Il est nécessaire d’améliorer les fondamentaux des projets en renforçant et en diversifiant les modèles de revenus, ce qui, dans la pratique, soulève plusieurs enjeux. Les mesures d’adaptation génèrent des bénéfices socio-économiques considérables, souvent largement supérieure à leurs coûts, mais ces bénéfices se traduisent rarement par des flux de revenus prévisibles. Ce rapport met en avant plusieurs modèles de recouvrement des coûts – les financements publics, les revenus issus des usagers, et la captation publique de la valeur privée – comme des leviers essentiels pour mieux aligner les contributions financières avec les bénéficiaires, améliorer la viabilité financière des projets, réduire le coût du capital et mobiliser des financements privés lorsque cela est pertinent. Néanmoins, la capacité des ménages et des entreprises à absorber des charges plus élevées, lesquelles sont encore mal quantifiées, soulève également d’importantes questions en matière d’accessibilité et d’acceptabilité sociale, d’autant plus dans les pays les moins avancés.
Dans l’ensemble, ce rapport appelle à un changement d’approche, passant de chiffres globaux de besoins d’investissement à des stratégies financières intégrant pleinement les enjeux liés au coût du capital. Il plaide pour une combinaison cohérente de financements concessionnels, de mobilisation des revenus et de réformes structurelles afin de mobiliser des financements durables et croissants pour l’adaptation au changement climatique dans les EMDEs.

