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Crise énergétique, évolution des aides : les ménages peuvent-ils passer à l’électrique et rénover leur logement en 2026 ?

7 mai 2026 - Billet d'analyse - Par : Sirine OUSACI

Prix des énergies, coût des équipements bas-carbone et aides publiques : comment l’évolution de ces facteurs en 2026 impacte-t-elle la capacité des classes moyennes à investir dans la transition ? Voici les mises à jour des analyses de l’Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique.

 

Ce début d’année 2026 s’est avéré mouvementé sur le plan économique. L’augmentation du prix des énergies fossiles causée par la guerre au Moyen-Orient a fait flamber les factures énergétiques des ménages. Dans ce contexte, les investissements permettant d’affranchir les ménages de leur dépendance aux énergies fossiles - voiture électrique, pompe à chaleur, isolation de leur logement – suscitent un intérêt accru et le gouvernement a récemment présenté son plan d’électrification des usages pour accélérer la transition vers l’électrique.

 

En parallèle, les programmes d’aides à la rénovation énergétique et à la mobilité électrique ont été remaniés, avec parfois des coupes sévères à la clé. Enfin, alors que le coût des rénovations énergétiques continue d’augmenter, la tendance commence à s’inverser pour le prix des voitures électriques.

 

Ces évolutions ont un impact sur la capacité des ménages à investir dans les solutions de transition. Ce billet présente les analyses actualisées de notre Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique. Nous avons mis à jour les indicateurs clefs qui permettent d’évaluer la capacité de deux ménages types à investir dans la transition : la famille Deschamps et la famille Villeneuve, qui appartiennent toutes deux à la classe moyenne, et qui sont propriétaires de leur logement et dépendantes de la voiture au quotidien.

 

 

Résultat #1 : Dans les conditions actuelles, acheter une voiture électrique d’occasion devient plus avantageux que de continuer de rouler avec une vieille voiture thermique

Début 2025, l’achat d’une voiture électrique d’occasion à crédit pour remplacer sa vieille voiture thermique aurait pesé sur le budget du ménage Deschamps, un ménage type utilisé dans notre dernière étude, vivant en milieu rural et faisant partie de la classe moyenne inférieure. En effet, les économies de carburant, que nous estimions alors à 120 euros par mois, n’étaient pas suffisantes pour couvrir les mensualités du prêt, même en prenant en compte l’apport obtenu par la revente de son vieux véhicule. Passer à un véhicule électrique aurait ainsi coûté près de 60 euros de plus par mois à ce ménage, en prenant en compte les frais de carburant, d’entretien, d’assurance, et le remboursement du crédit (Figure 1).

 

Les récentes évolutions du prix des énergies et du prix des voitures électriques d’occasion changent la donne : le ménage Deschamps a désormais les moyens d’acheter une voiture électrique d’occasion, en réalisant une dizaine d’euros d’économies mensuelles dans les conditions actuelles. En effet, avec un prix de l’essence de 2 euros par litre, niveau atteint depuis le mois de mars dernier, les économies d’énergie réalisées grâce au passage à l’électrique s’élèveraient désormais à plus de 140 euros par mois. En parallèle, le prix d’une citadine électrique d’occasion a diminué depuis l’année dernière, tout comme les taux d’intérêt, réduisant ainsi les mensualités de prêt.

 

FIGURE 1 – COMPARAISON DU BUDGET MOBILITE MENSUEL POUR UNE VIEILLE VOITURE THERMIQUE ET L’ACHAT D’UNE VOITURE ELECTRIQUE D’OCCASION EN 2025 ET 2026

 
 

Hypothèses : Le ménage roule 16 000 km par an. L’investissement dans une voiture électrique prend en compte l’achat d’une prise de recharge rapide. Le crédit est contracté sur une période de 6 ans. Le prix de l’essence utilisé est de 1,77 €/L en 2025 et de 2€/L en 2026. En 2026, le ménage recourt à une nouvelle offre de crédit à 1% mis en place par une banque pour l’achat d’une voiture électrique. Par rapport aux valeurs publiées dans l’Observatoire de 2025, nous avons pris en compte la revente de la vieille voiture thermique pour 2 500 euros dans le scénario d’achat d’une voiture électrique..  

 
 

Résultat #2 : Le reste à charge pour la rénovation performante d’une maison augmente de 20 000 euros en 2026, mais cet investissement permet encore aux ménages de réaliser des économies

 

Longtemps restées marginales face aux rénovations par geste, les rénovations globales ont fini par décoller ces dernières années, atteignant 120 000 logements rénovés en 2025. Et pour cause : la mise en place en 2024 du dispositif MaPrimeRénov’ « Parcours accompagné » à destination des rénovations performantes était particulièrement avantageuse pour les ménages. En 2025, on estimait notamment à plus de 40 000 euros les aides que le ménage Deschamps, un ménage de la classe moyenne inférieure, pouvait recevoir pour la rénovation performante de sa maison rurale chauffée au fioul. Il lui restait ainsi 21 000 euros à débourser pour cet investissement, un reste à charge historiquement bas (Figure 2). Toutefois, le dispositif a fini par être victime de son succès, si bien qu’à la mi-2025, la quasi-totalité des crédits alloués avaient été épuisés, conduisant à la fermeture du guichet d’aides. Après une réouverture en demi-teinte en fin d’année 2025, l’Anah a finalement acté une baisse des plafonds de travaux et une suppression du bonus « sortie de passoire énergétique » pour l’année 2026. Résultat des courses pour le ménage Deschamps : une hausse de plus de 20 000 euros du reste à charge pour rénover sa maison, la diminution des aides de 2026 ayant plus qu’annulé leur augmentation de 2024. La capacité d’endettement théorique du ménage Deschamps est suffisante pour financer ce reste à charge par un prêt, mais sa marge de manœuvre a réduit, et de nombreux autres propriétaires accédants n’ont pas une capacité de financement suffisante.

 

FIGURE 2 – EVOLUTION DU RESTE A CHARGE POUR LA RENOVATION PERFORMANTE D’UNE MAISON RURALE AU FIOUL ENTRE 2023 ET 2026 POUR UN MENAGE DE LA CLASSE MOYENNE INFERIEURE

Hypothèses : Les coûts sont estimés à partir de l’exemple de la « maison rurale au fioul » d’une étude du Ministère de la transition écologique et solidaire (2020), leur évolution est estimée à partir de l’indice des prix de l’entretien – amélioration des bâtiments – résidentiel de l’INSEE. Les aides sont calculées pour un ménage de la classe moyenne inférieure. A noter que ses revenus le font appartenir à la catégorie des ménages aux revenus modestes de l’Anah.

En parallèle, la flambée du prix du fioul depuis janvier dernier augmente les factures de chauffage du ménage Deschamps dans le cas où il ne rénove pas sa maison. La rénovation performante permet donc toujours au ménage de réaliser des économies nettes conséquentes sur son budget mensuel logement, de l’ordre de 120 euros, soit quelques euros de moins qu’en 2025.

 

 

 

Résultat #3 : L’installation d’une pompe à chaleur devient encore plus intéressante pour les ménages en 2026, grâce à l’augmentation des aides et la hausse du prix des énergies fossiles

Si les montants d’aides à la rénovation performante ont globalement diminué en 2026, ce n’est pas le cas pour les aides à l’installation d’une pompe à chaleur. Le montant du « Coup de pouce chauffage » dont le ménage Villeneuve – un ménage appartenant à la classe moyenne supérieure – pourrait bénéficier pour son pavillon périurbain chauffé au gaz a plus que doublé depuis l’année dernière. En cumulant cette aide avec MaPrimeRénov’ par geste, le reste à charge pour l’installation d’une pompe à chaleur est passé de 12 000 euros à 9 000 euros entre début 2025 et 2026.

 

Côté facture énergétique, les conséquences de la guerre au Moyen-Orient se font également ressentir sur le prix du gaz en France. La Commission de régulation de l’énergie a ainsi annoncé pour le mois de mai une hausse du prix repère du gaz, qui avait jusque-là été épargné. Les économies potentielles sur la facture énergétique du ménage Villeneuve augmenteront donc s’il remplace sa chaudière à gaz par une pompe à chaleur.

 

Dans ce nouveau contexte économique, l’installation d’une pompe à chaleur permettrait finalement au ménage Villeneuve d’économiser environ 100 euros par mois en prenant en compte le remboursement d’un éco-PTZ pour financer l’achat de la pompe à chaleur, soit trente euros de plus qu’en 2025, tout en le protégeant de potentielles futures augmentations du prix du gaz.

 

FIGURE 3 – BUDGET MENSUEL AVANT ET APRES L’INSTALLATION D’UNE POMPE A CHALEUR EN 2025 ET 2026 POUR UN MENAGE DE LA CLASSE MOYENNE SUPERIEURE

 

Hypothèses : le ménage Villeneuve finance l’investissement avec 5 500 euros de son épargne et un éco-prêt à taux zéro sur 20 ans pour financer le reste. Les analyses sont faites avec le prix repère de vente du gaz de janvier pour 2025 et de mai pour 2026. Les valeurs pour 2025 sont légèrement différentes de celles de l’Observatoire 2025 à cause de la modification du facteur de conversion en énergie primaire de l’électricité de juillet 2025. A noter qu’il serait préférable d’isoler le pavillon avant d’y installer une pompe à chaleur.

 

La crise énergétique que nous traversons actuellement pourrait bien s’installer dans la durée. Le plan d’électrification du gouvernement devrait contribuer à protéger les ménages les plus exposés aux futures augmentations du prix des énergies fossiles. Parmi les mesures présentées, on retrouve notamment la reconduction du leasing social et le renforcement des aides pour certaines professions côté mobilité, ou la mise en place d’un leasing de pompes à chaleur côté rénovation. Nous en documenterons les impacts, ainsi que d’autres évolutions, sur différents ménages-types et sur leur capacité d’investissement dans la transition dans notre édition 2026 de l’Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique, qui paraîtra en septembre prochain.

 

 

Pour aller plus loin
  • 07/05/2026 Tribune
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  • 20/06/2025 Billet d'analyse
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    Dans ce billet, nous revenons sur les politiques mises en place au cours des dernières années pour favoriser le déploiement des véhicules électriques, et sur les limites qu’elles rencontrent. Nous identifions quatre leviers à actionner pour éviter l’impasse : poursuivre l’électrification des flottes professionnelles, maintenir la réglementation sur les constructeurs, stabiliser le bonus écologique et ne pas le débudgétiser, et enfin augmenter l’ambition d’un leasing social réformé pour les ménages modestes et les classes moyennes.

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