Chercheur – Adaptation au changement climatique

Mis à jour le 11 septembre 2026

Publié le 11 septembre 2026

Temps de lecture : 8 – 9 min

Qu’est-ce que c’est ?

À mesure que le climat se réchauffe, les logements deviennent progressivement moins vivables, moins habitables. Face à ces situations, le premier réflexe : installer la climatisation. Les chaleurs exceptionnelles, par leur précocité, leur intensité et leur durée de l’été 2026, ont conduit de nombreuses formations politiques à s’exprimer sur la question de la climatisation. Bien que l’on constate une évolution dans les discours et les prises de position, jusqu’alors souvent limités à « pour ou contre », le cadrage et les types de propositions peuvent aller un cran plus loin pour bâtir une vraie réponse face à la surchauffe des logements.

Pourquoi c’est important ?

L’été 2026 a marqué un tournant dans la perception des fortes chaleurs en France. Les situations vécues dans les logements ont conduit à d’importantes conséquences sanitaires – troubles du sommeil, passages aux urgences, décès – que personne ne souhaite revivre.  Cette expérience collective doit désormais se traduire en action. De la même manière que la France profite de chaque été pour remplir ses stocks de gaz et éviter la crise énergétique en cas d’hiver trop froid, nous devons aujourd’hui nous engager dans des préparatifs d’ampleur, afin d’aider les ménages à bien vivre chez eux hiver comme été, dès les prochaines chaleurs exceptionnelles.   

Comment se positionner ?

Le débat public pointant le besoin d’adaptation structurel du parc de logements aux fortes chaleurs a trop souvent été réduit à une opposition entre pro et anti-climatisation. L’enjeu, en réalité plus structurel. Plutôt que de se focaliser sur la climatisation ou même sur les solutions individuelles à mettre en place, souvent dans l’urgence, il est nécessaire de débattre collectivement de ce que devraient être les conditions minimales acceptables en été, chez soi (mais aussi plus largement dans l’espace public ou au travail). Ce cadrage permet notamment de sortir des « logiques de culpabilisation individuelle » et de conduire une réflexion permettant d’articuler réponse de court terme mais aussi transformation plus structurelle au niveau institutionnel, collectif, et individuel.  

Pour les logements, des outils existent pour bâtir des indicateurs sur les conditions d’habitabilité des logements en été  :

  • Le diagnostic de performance énergétique (DPE), dont l’objectif était historiquement de renseigner les performances énergétiques et les émissions de GES d’un logement. Il intègre aujourd’hui un premier indicateur du confort d’été dans le logement. De nombreux experts techniques jugent cet indicateur insuffisant. Celui-ci pourrait (et devrait) aller plus loin, par exemple, en faisant peu à peu évoluer l’indicateur vers une obligation de résultat plutôt que de moyen. 
  • Les critères de salubrité, dont l’objectif est de garantir la décence des logements. L’évaluation des logements par le biais de ces critères relève des Agences régionales de santé (ARS) ou des services communaux d’hygiène et de santé. Aux côtés de critères tels que la présence d’un chauffage, le taux d’humidité dans le logement, ou l’absence de risque pour la santé de l’occupant, un critère – à bâtir – relatif à la température ou au confort en été pourrait être intégré.

L’habitabilité des logements en été ne passe pas nécessairement par des solutions individuelles. Des leviers collectifs existent pour permettre aux ménages de mieux vivre les fortes chaleurs. Parfois alternatifs aux solutions individuelles, ils sont, le plus souvent, complémentaires. Leur déploiement doit être encouragé et accéléré : 

  • Déployer des mesures de rafraîchissement de l’espace public (végétalisation, présence d’eau en ville, désimperméabilisation des sols), qui abaissent la température ressentie à l’échelle du quartier et bénéficient à l’ensemble des habitants ;:  
  • Explorer les opportunités de développement des réseaux de froid urbain dans les zones suffisamment denses et à potentiel : mutualisés, plus efficaces énergétiquement que des équipements individuels dispersés, ils permettent en outre de s’appuyer sur des sources de froid renouvelables ;  
  • Proposer des espaces refuges climatisés, publics, accueillants et adaptés à différents publics (personnes âgées, familles, travailleurs extérieurs), pour que chacun puisse accéder à de la fraîcheur même sans climatisation dans son logement. 

Ces politiques sont également là pour encadrer et accélérer l’adaptation des logements. Parfois trop permissives, parfois trop restrictives, les règles actuelles doivent évoluer pour mieux répondre à l’enjeu des fortes chaleurs, longtemps resté en angle mort : 

  • Encourager l’évolution des règles d’urbanisme, par exemple pour privilégier le rejet d’air chaud en toiture plutôt qu’en façade (et limiter l’inconfort à l’extérieur dans les zones denses) ; 
  • Assouplir les conditions dans lesquelles les logements collectifs peuvent installer des protections solaires, notamment en lien avec les Architectes des Bâtiments de France (ABF) ; 
  • Faire évoluer la réglementation thermique pour systématiquement intégrer l’évolution du climat dans la construction de logements neufs. 

La France est historiquement un pays peu équipé en climatisation, mais son déploiement est désormais rapide. Avec 1,3 million d’unités vendues chaque année en moyenne dans les logements, le taux d’équipement en climatisation est en forte hausse. Pour les logements, il est passé de 18 % en 2023 à 24 % en 2025 (ADEME 2025) et devrait continuer d’augmenter dans les années à venir.

Certains contextes, certaines situations amènent légitimement vers la climatisation. Ces dernières années, une nouvelle forme de précarité liée aux chaleurs estivales a été révélée : celle de ménages contraints de vivre dans des logements souvent anciens, mal isolés. Les options sont particulièrement limitées pour les ménages locataires qui ne sont pas décisionnaires sur les travaux, et pour les copropriétaires confrontés à des décisions de travaux longues et difficiles. Leurs situations sont d’autant plus critiques qu’elles vont se détériorer en raison du changement climatique. Pour ces cas-là, la solution la plus immédiate est – lorsqu’ils le peuvent – de s’équiper en appareil de climatisation, souvent mobile car moins cher et plus facile à mettre en place. Comprendre les situations qui peuvent conduire les ménages précaires à s’équiper en climatisation ne doit pas conduire à considérer que l’acquisition d’un appareil (souvent bas de gamme) règle pour autant les problèmes de fond : mal-logement, précarité énergétique etc. Le climatiseur, dans ce cas, soulage la situation, il ne la résout pas, voire contribue à renforcer le problème de fond et à rendre les ménages précaires prisonniers d’une nouvelle facture énergétique.  

Paradoxalement, le profil des ménages équipés en climatisation ne correspond pas directement aux situations sanitaires les plus urgentes. En effet, ce sont plutôt les ménages plus aisés, propriétaires de maison, dans le sud de la France, qui sont les plus souvent équipés en climatisation. C’est le profil inverse des personnes majoritairement impactées par les canicules qui sont plutôt recensées en zones urbaines denses et parmi les catégories sociales ayant un revenu faible. Ces populations sont également plus souvent confrontées à des problématiques de surpeuplement ou de mal logement.  

Les critiques envers la climatisation sont nombreuses, fondées, parfois exagérées. Outre les consommations électriques et les émissions de GES associées (cf. FAQ), les systèmes de climatisation rejettent, par leur fonctionnement, de l’air chaud à l’extérieur. En milieu urbain, cela peut conduire à exacerber des situations déjà inégalitaires : ce sont les ménages (souvent plus modestes) qui n’ont pas d’équipement qui subissent les effets des climatiseurs installés. Cette augmentation de température est loin d’être anodine : à Paris, l’augmentation de température pourrait atteindre de 2 à 3,6 °C en 2030 en cas de diffusion massive et d’utilisation intensive des équipements 

La climatisation, souvent vue comme un objet politique, n’est en réalité qu’une solution technique disponible parmi de nombreuses autres. Ainsi, réduire la question de l’adaptation des logements à la seule climatisation conduit à invisibiliser un ensemble de solutions techniques et organisationnelles qui peuvent être tout aussi – voire plus – efficaces en fonction des contextes propres à chaque situation. Les experts techniques s’accordent sur l’ordre dans lequel elle doit être envisagée. Certains parlent de « hiérarchie des réponses » : « d’abord protéger le bâtiment du rayonnement solaire, le ventiler et l’aérer la nuit ». Ainsi, ces premières réponses, mises en œuvre via des gestes simples -comme la mise en place de protections solaires, de brasseurs d’air- permettent dans de très nombreux cas de réduire drastiquement la température intérieure dans les logements et de suffire au confort des occupants.  Enfin, si ces solutions ne suffisent pas ou ne sont pas mobilisables à court terme, le recours à la climatisation peut être envisagé.

Choisir des systèmes de climatisation efficaces, retarder et organiser sa diffusion puis, là où elle est installée, limiter son usage. L’évolution des technologies des pompes à chaleur constatée et à venir sur la performance énergétique et les émissions de GES – grâce à une recherche poussée et des normes européennes de plus en plus restrictives sur les fluides frigorigènes – invite à retarder le plus possible leur installation : plus elle sera tardive, moins la climatisation aura d’effets négatifs. Au stade de l’installation, le choix du système (et ses modalités d’installation) importe : une pompe à chaleur de dernière génération n’a pas les mêmes impacts qu’un appareil mobile bas de gamme. Il s’agit donc d’éviter le développement non organisé, dans l’urgence déployant la plupart du temps des climatiseurs peu performants. Enfin, l’enjeu des usages (température de consigne, durée d’utilisation) reste également le levier le plus puissant pour limiter les effets négatifs de la climatisation.  

Jusqu’à récemment, les aides publiques à la rénovation comme ma Prime Rénov’ se sont concentrées sur la réduction des consommations énergétiques et des émissions des gaz à effet de serre. L’adaptation doit, aujourd’hui, être embarquée dans ces politiques publiques conçues dans une logique d’atténuation. Dans la plupart des cas ces deux objectifs sont conciliables. Néanmoins cela ne résoudra pas les situations d’urgences sanitaires réapparues cet été et il est impératif de bâtir une réponse spécifique pour tous ces logements qui ne peuvent pas attendre une prise en charge dans le « flux » de rénovation. Dans ce cadre, la climatisation fait partie des solutions techniques sur la table avec ses avantages et ses inconvénients. 

La rénovation énergétique reste la solution structurelle pour l’amélioration des conditions de vie dans les logements. Isoler son logement, remplacer les menuiseries ou encore améliorer la ventilation contribuent en effet à réduire les consommations énergétiques (et donc les émissions de GES), à abaisser bien souvent les températures en été et, plus largement, à maintenir le logement dans de bonnes conditions de décence et de salubrité, tout en luttant contre la précarité énergétique. Ces opérations d’ampleur sont aussi la meilleure opportunité pour engager des travaux additionnels dédiés au confort d’été : il est plus simple, plus efficace, et souvent moins cher de mettre en place des protections solaires lors du remplacement des menuiseries ou d’installer un système réversible qui permet de produire du froid lors du remplacement du système de chauffage.

Pour ne manquer aucune opportunité, les rénovations d’ampleur devraient systématiquement répondre aux enjeux de réductions des consommations énergétiques, des émissions de GES et à l’adaptation aux fortes chaleurs. Cela implique de faire, peu à peu, évoluer les dispositifs d’aide, au premier rang desquels MaPrimeRénov’, pour faire du confort d’été un critère de conditionnalité. Pour cela, on pourrait s’inspirer des conditionnalités déjà existantes, telles que celles du Fonds Vert (à destination des collectivités pour la rénovation des bâtiments publics locaux) qui exige la présence ou l’installation « de dispositifs extérieurs protégeant les baies du rayonnement solaire » pour pouvoir bénéficier des aides.

  • Présence ou installation impérative de dispositifs de protections solaires extérieurs
  • Incitation (bonification, fléchage des aides) à l’installation d’un système réversible lors du changement du système de chauffage. 

Les dispositifs « par geste » doivent aussi permettre d’adapter les logements. Lorsque la rénovation d’ampleur n’est pas possible – financièrement, techniquement ou dans le temps qu’est celui de l’urgence face aux fortes chaleurs – les dispositifs d’accompagnement financiers « par geste » doivent permettre aux ménages d’engager des travaux dédiés à rendre leurs logements vivables en été. 

  • Ouvrir les aides aux gestes dédiés à la protection contre les fortes chaleurs (notamment les brasseurs d’air et les protections solaires) ; 
  • Ouvrir les aides aux pompes à chaleur air-air réversibles (en remplacement ou complément d’un système de chauffage au gaz ou au fioul) dès lors qu’elles permettent aussi de réduire les consommations énergétiques en hiver. 

Les options présentées ci-dessus proposent, entre autres, d’ouvrir à la climatisation les dispositifs d’accompagnement financiers pour la rénovation des logements sous certaines conditions. Alors que les dispositifs d’accompagnement actuels reposent essentiellement sur le critère de revenu, les pouvoirs publics pourraient intégrer d’autres critères pour cibler les aides sur les situations qui le justifient le plus.

  • En fonction des zones géographiques : en se basant -par exemple- sur les zones climatiques pour viser les zones les plus exposées et/ou les cartes permettant de différencier les logements en fonction de la densité urbaine des quartiers auxquels ils appartiennent. Afin d’éviter le financement de climatisation exacerbant les effets d’ilot de chaleur urbain (ou alors en tout dernier recours).  
  • En fonction des caractéristiques du logement : afin de respecter la hiérarchie des réponses : logement traversant, dernier étage, présence de protections solaires, de brasseurs d’air etc.  
  • En fonction des caractéristiques des ménages : niveau de revenu, statut d’occupation, âge, état de santé, inscription sur le registre des personnes vulnérables 
  • En fonction de la performance des systèmes : afin d’encourager à l’installation des systèmes les plus performants.

Au-delà de la conditionnalité à l’installation, les actions de communication, de sensibilisation à l’utilisation sont également essentielles pour contenir les effets négatifs de la climatisation.  

FAQ

Pour RTE, les consommations électriques relatives à la climatisation représentent une composante « non essentielle » de la consommation électrique des ménages à horizon 2050 et une pointe électrique estivale peu significative comparée à la pointe hivernale.

La consommation électrique générée par la climatisation dans le logement se situe autour de 5,1 TWh pour le logement. RTE estime que celle-ci devrait plus que doubler pour le logement pour atteindre 14 TWh à l’horizon 2050. Néanmoins, celle-ci reste relativement faible par rapport à la consommation énergétique (toutes énergies confondues) des bâtiments résidentiels actuellement de l’ordre de 500 TWh avec pour objectif d’atteindre 300 TWh en 2050. Dans son exercice prospectif RTE conclut que « cette trajectoire haussière ne conduit pas à faire de la climatisation une composante essentielle de la consommation des ménages en 2050 ».

Pour la pointe électrique estivale, c’est-à-dire le pic de consommation électrique en période de fortes chaleurs tirée par l’utilisation de la climatisation, le gestionnaire anticipe une pointe -dont la probabilité serait d’un pour dix à horizon 2050- de l’ordre de 35 GW sur des épisodes de très fortes chaleurs, contre 20 GW aujourd’hui. Cela reste très inférieur à la pointe électrique hivernale – de l’ordre de 80 à 100 GW actuellement – qui dimensionne le système électrique français. Néanmoins, la période estivale est historiquement celle des maintenances courantes et certaines sources d’approvisionnement sont également moins disponibles du fait de la chaleur ou du manque d’eau (nucléaire, hydroélectricité). Ainsi, des arbitrages pourraient donc s’avérer nécessaires à mesure de l’augmentation des consommations électriques à cette période.

Des émissions de gaz à effet de serre qui devraient rester contenues dans les décennies à venir. En 2020, les fluides frigorigènes présents dans les systèmes de climatisation ont été responsables d’émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 3,5 MteqCO2 (Coda Strategies 2021). À l’avenir, la nouvelle règlementation européenne F‑Gaz III adoptée en février 2024 devrait permettre de contenir les émissions associées aux nouveaux équipements. En 2050, 70 % des fluides frigorigènes utilisés auront un pouvoir de réchauffement réduit à 3 (contre 2 038 aujourd’hui). Ainsi, les émissions associées aux équipements de climatisation pourraient baisser (malgré la diffusion des systèmes) pour atteindre de 0,2 à 0,4 MteqCO2 par an d’ici à 2050.   

Fermer