Les Certificats d’économies d’énergie : quelle place leur donner dans le financement de la transition énergétique ?

Mis à jour le 8 octobre 2026

Publié le 8 octobre 2026

Temps de lecture : 8 – 9 min

Chercheur – Panorama des financements climat, Bâtiments

Directeur de programme – Investissements climat, transition énergétique et prospective

Qu’est-ce que c’est ?

Le dispositif des Certificats d’économies d’énergie (CEE) oblige les fournisseurs de gaz, d’électricité ainsi que les distributeurs de fioul et de carburants pétroliers à financer des actions d’économies d’énergie.  

  • L’Etat fixe le niveau d’obligation et le répartit entre les fournisseurs en fonction de leurs ventes d’énergie aux ménages et aux entreprises du secteur tertiaire.  
  • Les fournisseurs d’énergie s’acquittent de cette obligation en finançant des travaux ou équipements permettant de réaliser des économies d’énergie : la rénovation énergétique de bâtiments, l’achat de véhicules électriques ou encore l’amélioration énergétique de l’industrie. 
  • Les CEE peuvent être achetés ou vendus sur un marché qui leur confère un prix. Ce prix varie selon le niveau de la demande des énergéticiens et de l’offre de projets d’efficacité énergétique.
  • A l’issue de chaque période, les fournisseurs doivent justifier auprès des services de l’Etat qu’ils disposent du nombre de CEE correspondant à leur obligation, sous peine de pénalités. 

Pourquoi c’est important ?

Dans un contexte budgétaire contraint, les CEE ont progressivement pris le relais des aides portées jusque-là par le budget de l’Etat. Actuellement, ils financent une part importante des aides à la rénovation énergétique ainsi que toutes les primes à l’achat des véhicules électriques. A titre de comparaison, alors que les dépenses de l’Etat favorables à l’environnement représentent 38 milliards d’euros en 2025 (Ministère de l’action et des comptes publics), le montant des CEE s’élève à 7 milliards d’euros. 

Le coût des CEE est répercuté sur les factures énergétiques des ménages et des entreprises du secteur tertiaire. Nous estimons qu’en 2025, les CEE coûtaient environ 150 euros par ménage, mais le montant varie d’un ménage à l’autre selon la consommation d’énergie du logement et des véhicules. Le coût des CEE ne correspond pas uniquement au montant des primes versées : il comprend également les frais des intermédiaires et la TVA de 20 % supplémentaire acquittée par les ménages.   

Les ménages modestes consacrent une part plus importante de leur revenu aux dépenses énergétiques, et cela vaut aussi pour les CEE. Cependant, lorsque ces ménages entreprennent une rénovation ou un achat de véhicule, ils bénéficient de primes supérieures (via des CEE dits « précarité »), et de programmes ciblés, notamment le leasing social de véhicules électriques.  

La concurrence entre énergéticiens incite à trouver les économies d’énergie les plus rentables dans chaque secteur. Mais la volatilité du cours des certificats, la complexité de certains montages financiers et le recours à des intermédiaires spécialisés génèrent des coûts propres au dispositif (Cour des Comptes, 2024). 

Comment se positionner ?

Les Certificats d’économies d’énergie étant un dispositif aux multiples paramètres, les responsables politiques et économiques avancent de nombreuses pistes de réformes, que nous regroupons ci-dessous autour de quatre questions. 

  • Depuis sa création, les Certificats d’économies d’énergie représentent un marché de plus en plus important. Et cela correspond à des choix des gouvernements qui se sont succédé : le volume d’obligation de CEE imposé aux fournisseurs d’énergie a augmenté au fil du temps. Et le prix unitaire du CEE a également progressé.  
  • Si le Gouvernement décide une hausse du recours aux Certificats d’économies d’énergie, cela augmenterait les moyens pour la transition énergétique – sous réserve que cela ne remplace pas des crédits du budget de l’Etat. Mais cela impactera mécaniquement les factures énergétiques des ménages et des entreprises du secteur tertiaire. 
  • Les Certificats d’économies d’énergie constituant un moyen, et non une fin, leur utilisation doit s’inscrire dans un cadre plus global de l’atteinte des objectifs de décarbonation de notre économie. Ainsi, le choix politique d’un éventuel affaiblissement voire de leur suppression doit être compensé par d’autres politiques publiques, en premier lieu des crédits budgétaires qui permettent de réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles.
  • Les CEE présentent deux atouts dans le financement de la transition énergétique : 
    • Ils alignent l’intérêt des fournisseurs d’énergie avec la maîtrise de la consommation d’énergie et l’électrification. 
    • Ils sont de facto budgétairement équilibrés, ce qui présente un grand intérêt en période de recherche d’équilibres budgétaires.

A l’automne 2026, en pleine crise énergétique, avec des prix des carburants élevés, plusieurs acteurs ont demandé à les suspendre ou supprimer les CEE.  

  • Faute d’une alternative budgétaire, le financement des équipements favorisant les économies d’énergie et l’électrification des usages disparaitrait en grande partie.  
  • Une alternative budgétaire déplacerait la charge du financement des aides vers le budget de l’État, dans un contexte dégradé pour les finances publiques. 

Quoi qu’il en soit, une révision du dispositif en cours de route engendrait des répercussions négatives sur les filières qui vont chercher les économies d’énergie sur le terrain à moindre coût.  

Et pour lutter contre les prix élevés des carburants, il vaut mieux programmer des aides ciblées (cf. I4CE, Comment abriter définitivement les automobilistes de la hausse des carburants ?). 

Historiquement, les obligations imposées par l’Etat sont répercutées aux fournisseurs d’énergie selon le poids de chaque énergie dans la consommation énergétique des ménages et des entreprises du secteur tertiaire en France. Ainsi, les énergies bas-carbone (électricité, chaleur renouvelable) sont assujetties au dispositif tout comme les énergies fossiles, et les entreprises agricoles et industrielles sont exclues du dispositif. 

Le coût des CEE n’est qu’une des composantes du prix de l’énergie. Une réforme des CEE doit donc être pensée avec les autres coûts et taxes qui pèsent sur les différentes énergies : le coût de la fourniture d’électricité, les coûts des réseaux d’électricité et de gaz, les accises sur les différentes énergies, la TVA, et le second marché carbone européen. 

En tout cas, la hausse du prix de l’énergie ne constitue pas, à elle seule, un signal suffisant pour déclencher les investissements nécessaires dans l’efficacité énergétique. Les ménages semblent notamment davantage réagir aux aides directes qu’aux économies futures attendues sur leur facture. Les entreprises sont plus à même de baser leurs choix d’investissement sur une anticipation des prix, mais elles sont aussi plus exposées à la concurrence internationale.  

Pour s’assurer que les primes CEE soient les plus efficaces, il faut également tenir compte des éventuels effets d’aubaine, certains investissements étant déjà rentables sans subventions.  

Pour garantir la robustesse du dispositif, il est essentiel de conserver une politique de lutte contre les fraudes, mais aussi d’évaluer l’efficacité du dispositif, comme cela est prévu à travers le programme PRODICEE. 

Parce que les CEE ne sont ni une taxe, ni une dépense publique, ils ne sont pas inscrits en loi de finances, vote du Parlement, or, les CEE sont devenus un instrument central de la politique de financement de la transition énergétique, alors qu’ils restent largement invisibles dans le débat budgétaire. Le Gouvernement assure leur pilotage en concertation avec les énergéticiens et les représentants des bénéficiaires.

Une piste serait de permettre au Parlement de voter certaines modalités du dispositif des CEE : niveau d’obligation, actions soutenues, etc. Un tel choix présenterait le mérite d’inclure la représentation nationale dans le fléchage de l’Etat des ressources pour qu’elle puisse en débattre, même si celles-ci ne transitent pas par les comptes budgétaires. Et de le rendre ainsi plus acceptable. 

Mais si le vote s’inscrit dans les débats budgétaires annuels, le risque est que cela perturbe le marché des CEE, les acteurs du marché subissant des à-coups qui perturbent leur activité. En particulier, si le volume d’obligation venait à changer chaque année, le cours des certificats serait probablement plus volatil, et cela abaisserait la visibilité nécessaire des acteurs pour structurer des projets qui représentent souvent des investissements importants à leur échelle. 

Chiffres clés

de CEE

Un coût moyen de

Environ

ayant donné lieu à une délivrance de CEE

Données pour l’année 2025

FAQ

Les fournisseurs d’énergie répercutent le coût de l’obligation sur les factures énergétiques des ménages et des entreprises. Sur la base du volume d’obligation annuelle pour la 6ème période (2026-2030) et des prix des CEE consultés début octobre 2026, l’impact sur les prix à la consommation des principales énergies, en incluant l’impact sur la TVA, s’élève à :

Sur la base de la lettre d’information sur les CEE de septembre 2026, les primes (hors programmes CEE) se répartissent depuis 2022 à hauteur de :  

  • 60 % pour la rénovation énergétique des logements (rénovation globale, pompes à chaleur, isolations de toitures, etc.) 
  • 16 % pour la rénovation énergétique des bâtiments tertiaires (isolations de réseaux hydrauliques de chauffage, raccordements aux réseaux de chaleur, etc.) 
  • 13 % pour les équipements d’efficacité énergétique dans l’industrie (systèmes de récupération de chaleur sur un groupe de production de froid, etc.) 
  • 11 % pour les transports (véhicules électriques, unité de transport intermodal rail-route, etc.), les réseaux (rénovation d’éclairage extérieur, etc.) et l’agriculture 

Les programmes CEE financent des actions qui contribuent effectivement aux économies d’énergie mais qui ne peuvent être aisément quantifiées et/ou qui nécessitent un suivi et un accompagnement spécifique, au regard de leur maturité. Ainsi, les programmes sont de nature variée.
Certains programmes :  

  • Favorisent directement le déploiement d’équipements favorables à la transition (comme Advenir pour les bornes de recharge électrique, ou le leasing social pour les véhicules électriques) 
  • Ou bien favorisent la formation de professionnels (FEEBAT pour les artisans), l’accompagnement de projets (MAR’ pour les ménages dans leur projet de rénovation), et la sobriété (Watt Watchers) 

Les programmes CEE présentent la particularité de déterminer le volume et les prix des CEE à l’avance. La liste complète des programmes CEE valides en août 2026 est disponible dans ce document. 

En avril dernier, le Gouvernement a présenté un plan visant à accélérer l’électrification des bâtiments, des véhicules et de l’industrie. Le financement du plan repose en grande majorité sur le dispositif des Certificats d’économies d’énergie. Le Gouvernement estime à 9,5 milliards d’euros la contribution des CEE pour le plan électrification, répartis à hauteur de : 

  • 6,6 milliards d’euros pour les bâtiments,  
  • 2,1 milliards d’euros pour les transports,  
  • 200 millions d’euros pour l’industrie.  
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