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Cet article est coécrit par Alexandre K. Magnan et Ariadna Anisimov de Iddri et Vivian Dépoues, d’I4CE, et est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les rapports spéciaux du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) parus en 2018 et 2019 portent trois messages qui ne laissent aucune ambiguïté.

D’abord, chaque degré de réchauffement supplémentaire va contribuer, à l’échelle planétaire, à accroître les impacts du changement climatique.

Ensuite, une partie d’entre eux est d’ores et déjà inévitable, selon les rapports spéciaux sur l’océan et la cryosphère et sur les terres. Le changement climatique a commencé à affecter la composition de l’océan en oxygène, à faire fondre de manière partiellement irréversible à l’échelle humaine les glaces continentales et polaires, à modifier les équilibres terrestres comme dans les forêts, à accroître les risques d’incendie comme en Californie, en Australie ou en Russie.

Combinées aux effets des pressions non climatiques sur les milieux (pollution des eaux côtières, surexploitation des ressources, pression urbaine), ces conséquences expliquent que nombre d’espèces et d’écosystèmes devront faire face à de hauts niveaux d’impacts, même dans le cas d’un réchauffement atmosphérique global limité à +2 °C d’ici à 2100. En bout de chaîne, tous les systèmes humains seront concernés au cours de ce siècle, tout simplement car il n’existe pas de société ni d’économie qui ne dépende plus ou moins directement des conditions environnementales terrestres ou marines.

Enfin, il en résulte que l’adaptation au changement climatique est à la fois une urgence du présent, et une exigence pour le long terme.

Diminuer les risques pour les générations futures

S’adapter consiste avant tout à réduire les risques liés au changement climatique. Or, d’une part, les impacts climatiques sont déjà détectables, par exemple sur les comportements d’espèces qui sont pour nous des ressources (les poissons, par exemple). D’autre part, comme le montre l’exemple de l’élévation du niveau de la mer, les changements climatiques tendent à s’accélérer et, par effet d’inertie, se poursuivront au-delà de la fin du siècle. Si bien que les efforts d’adaptation du XXIe siècle poseront aussi les fondations de l’adaptation de nos arrières-arrières-petits-enfants.

S’adapter en appelle à la manière dont nos sociétés contemporaines vont revoir leur rapport aux risques environnementaux, à la finitude des ressources naturelles et à la consommation, et par conséquent à nos modèles de développement dans leur ensemble. Comme en matière d’atténuation, il y a urgence à repenser nos fondations économiques, politiques et citoyennes, et des initiatives commencent à voir le jour, comme la Convention citoyenne sur le climat l’a montré en France.

Pousser plus loin l’expérience de la « transformation » risque cependant de prendre du temps et la double question est désormais de savoir si nous y arriverons et, si oui, avant que le problème climatique ne devienne insurmontable. Question lancinante et généralement empreinte de pessimisme…

La pandémie et notre potentiel de transformation

Pourtant, la crise du coronavirus a montré, entre autres, que les temporalités que l’on pensait indépassables il y a peu, par exemple en matière de décisions politiques radicales ou de contraintes imposées aux modes de vie, ne le sont peut-être pas tant que cela et que, selon l’urgence que l’on attribue à un problème, engager maintenant une transformation profonde est à notre portée.

Certes, les contraintes liées au confinement ou à l’arrêt de la circulation aérienne ont été acceptées parce que momentanées, mais n’indiquent-elles pas qu’une transformation en profondeur est possible ? Oui, selon nous, et c’est une lueur d’espoir à ne pas négliger. Bien sûr, cela s’accompagne de difficultés, mais celles-ci ont aussi leur utilité puisqu’elles disent quelque chose des décisions à prendre, des actions à engager et des écueils à éviter (par exemple les effets collatéraux en matière d’équité sociale).

Schématiquement, ces difficultés renvoient, tant face au coronavirus qu’au climat, à deux enjeux forts : jongler avec les échelles de temps pour accepter l’idée que court et long termes peuvent être compatibles, et décider malgré l’incertitude sur le futur.

Combiner les solutions à travers le temps

Face à cela, le monde académique a développé depuis une décennie environ et en collaboration avec des acteurs locaux – par exemple en charge de la gestion de l’eau dans la partie néerlandaise du delta du Rhin, ou à New York après l’ouragan Sandy en 2012 –, l’approche par les « trajectoires d’adaptation ».

Schématiquement, ce sont des plans de lignes de métro ou de bus constitués de trajets alternatifs pour aller d’un point A à un point B : dans notre cas, pour s’acheminer vers un monde à risque climatique faible. L’idée centrale est la suivante : si des « solutions » existent pour faire face aux évènements climatiques, c’est avant tout dans leurs combinaisons à travers le temps que réside la robustesse de toute stratégie d’adaptation.

Certaines « solutions » comme celles fondées sur la nature en milieu tropical (replanter des mangroves, protéger les récifs coralliens, etc.), sont utiles dès aujourd’hui pour réduire les risques, généralement peu coûteuses et technologiquement disponibles.

Mais les changements qui opèrent dans l’océan, notamment son réchauffement et son acidification, risquent de surpasser les capacités d’adaptation des écosystèmes et donc de rendre ces solutions obsolètes à plus ou moins court terme. D’autres options doivent donc être envisagées. Or, l’approche par les « trajectoires » permet justement d’identifier des alternatives et d’organiser leur séquençage sur le temps long.

Jongler entre le court et le long terme

Certaines options alternatives, ou complémentaires, sont déjà disponibles, comme la « défense lourde » des rivages (digues pour protéger contre les vagues, enrochements pour prévenir l’érosion côtière, etc.), là où les densités de population sont élevées et les environnements déjà fortement dégradés.

D’autres demandent en revanche plus de temps. C’est le cas par exemple du « retrait stratégique » (ou « recomposition spatiale ») qui vise à relocaliser les personnes, les biens et les activités dans des zones moins à risque, c’est-à-dire plus loin de la mer et/ou plus en altitude. C’est ce qui a été fait par exemple dans les communes de Charron et Aytré, en Charente-Maritime, après la tempête Xynthia de février 2010. C’est, plus largement, l’un des piliers forts de la stratégie de gestion des risques côtiers en Nouvelle-Aquitaine.

Si le retrait stratégique renvoie à cette notion de « transformation », la définition des conditions de sa mise en œuvre ainsi que son acceptation par les populations supposent un profond dialogue social et économique. Bien que la crise du coronavirus suggère que le temps du dialogue et de l’action doit être accéléré, il en faut tout de même pour construire les consensus et mettre en place des outils juridiques, économiques, sociaux et technologiques adéquats.

Dans ce laps de temps, restaurer les écosystèmes qui cassent l’énergie des vagues ou réviser les règles d’urbanisme en zone littorale offrent des solutions concrètes et immédiates. De la même manière, il est souvent difficilement imaginable de créer l’adhésion des élus des communes littorales françaises à des visions de long terme sans d’abord les rassurer sur l’hiver prochain, par exemple en mobilisant du financement pour l’entretien et le renforcement des digues existantes, et sous couvert, c’est bien le point-clé, de s’inscrire dans une stratégie multioptions de plus long terme.

L’enjeu est donc bien de penser en matière de « trajectoires » et non d’actions isolées, comme d’ailleurs le suggèrent les plans « Climat Air Énergie » territoriaux.

Gouverner dans l’incertitude

Jongler avec les options permet donc de jongler avec les échelles de temps, mais aussi avec l’incertitude. Pensez au métro : savoir que plusieurs lignes desservent un même point d’arrivée vous permet, par anticipation (avec votre smartphone, par exemple), de contourner les problèmes liés à un incident sur une ligne ou sur une autre. Votre flexibilité à naviguer sur le plan de métro sera déterminante pour arriver au bon endroit à l’heure (ou à peu près), ce qui est finalement l’essentiel.

C’est un petit peu la même logique avec le changement climatique, en plus complexe bien entendu puisque les trajectoires d’adaptation supposent, entre autres, de s’entendre collectivement sur le point d’arrivée – que signifie, pour notre territoire, d’être « adapté » ? À quels pas de temps ? Et quels risques sont collectivement « acceptables » ? –, sur les seuils censés déclencher le basculement d’une option à une autre, sur les potentielles barrières à lever en amont pour justement permettre ce basculement au bon moment.

Alexandre K. Magnan, Docteur en géographie, chercheur « Vulnérabilité et adaptation au changement climatique », Iddri, Sciences Po – USPC; Ariadna Anisimov, Chercheuse, adaptation au changement climatique, Iddri, Sciences Po – USPC et Vivian Dépoues, Chef de projet, Adaptation au changement climatique – I4CE, Institut de l’Economie pour le Climat., Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Cet article est publié dans le cadre du Forum international de la météo et du climat, qui se tiendra du 15 au 18 octobre 2020 et dont The Conversation est partenaire. Nous vous donnons rendez-vous dès le 30 septembre 2020 au Campus des Cordeliers (Sorbonne Université) pour assister au colloque international qui donnera le coup d’envoi du Forum. Retrouvez toutes les infos sur forumeteoclimat.com.

Contact


Dr. Vivian DEPOUES

Chef de projet Adaptation au changement climatique

Les travaux de Vivian portent sur les démarches des acteurs territoriaux pour s’adapter proactivement aux changements climatiques et accroitre leur résilience. Il travaille pour cela à la fois avec les collectivités locales, les entreprises de services essentiels et les institutions financières publiques.

Vivian est titulaire d’un doctorat de l’Université Paris-Saclay, d’un master en sciences de l’environnement de l’Université Pierre et Marie Curie et d’un master en politiques environnementales de SciencesPo Paris. Il a réalisé sa thèse en partenariat avec l’ADEME, I4CE, SNCF et SNCF Réseau sur l’adaptation du système ferroviaire français, analysant la manière dont les grandes organisations s’approprient les connaissances scientifiques et se transforment face aux évolutions des conditions climatiques.
Il intervient également dans le cadre d’enseignements à SciencesPo.

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