Climat & Présidentielle
Les questions qui font le débat
Collectivités – école
Canicule à l’école : comment agir ?
Sommaire du brief
Auteur

Chercheuse – Collectivités, Finances locales, Budget vert
Mis à jour le 11 septembre 2026
Publié le 11 septembre 2026
Temps de lecture : 6 – 7 min
Qu’est-ce que c’est ?
Cette année encore, des milliers d’écoles, collèges et lycées ont dû fermer leurs portes ou adapter leur mode de fonctionnement pendant les épisodes de fortes chaleurs de mai et de juin 2026. Ce n’est pas étonnant puisqu’à ce jour, peu de bâtiments scolaires sont adaptés aux fortes chaleurs. En effet, la majorité de ces bâtiments ont été construits sans prendre en compte l’évolution du climat futur. De plus, le parc scolaire est vieillissant : 80% des écoles primaires ont plus de 50 ans, et plus des trois quarts des collèges/lycées ont plus de 25 ans (La Banque des territoires, 2025).
Les établissements scolaires représentent 157 millions de m², soit la moitié du parc immobilier des collectivités. L’adaptation aux chaleurs et la rénovation des bâtiments seront donc des enjeux pour les Maires venant d’être élus en mars 2026 et pour le prochain gouvernement dans la construction de ses relations avec les collectivités.
Pourquoi c’est important ?
Les épisodes de fortes chaleurs sont, d’une part, de plus en plus précoces (l’alerte canicule a été déclenchée en mai pour la première fois en France) et plus tardifs, impactant aussi les rentrées des classes. D’autre part, ils vont être de plus en plus fréquents, plus longs et touchant l’ensemble du territoire métropolitain dans les années à venir. Pour 2027 et le futur, il s’agit de sortir de l’urgence de la gestion de ces épisodes pour intégrer cette nouvelle normalité et ainsi, garantir une scolarité optimale aux élèves.
La question de la surchauffe ne doit pas éluder les autres défis auxquels doivent faire face nos écoles et collèges/lycées. Le parc scolaire, vieillissant, surconsomme de l’énergie en hiver pour chauffer les salles de classe. Cela fait des écoles le premier poste de consommation énergétique pour les communes (ADEME, 2019) alourdissant la facture énergétique des collectivités, et ce dans un contexte de prix des énergies fossiles élevé. Réaliser de tels travaux énergétiques permet à la fois de diminuer les consommations énergétiques des collectivités et l’importation d’énergies fossiles. Ainsi, cela favoriserait l’indépendance énergétique de la France. Enfin, pour atteindre la décarbonation du secteur du bâtiment visé par la stratégie de la France, rénover énergétiquement le parc scolaire est nécessaire de par sa taille et ses consommations.
Il est donc impératif d’agir sur ces bâtiments, à la fois pour réduire les factures de chauffage en hiver, atteindre nos objectifs de neutralité carbone, et pour continuer à pouvoir donner cours en cas de températures élevées. Restent à déterminer comment, à quel rythme et avec quels moyens ?
Quelles sont les dernières décisions prises par le Gouvernement sur le sujet ?
Fin juin 2026, le Gouvernement a annoncé un plan urgence canicule pour l’adaptation des écoles. Ce plan présentait 2 volets portés par ACTEE et la Banque des territoires :
- Un volet urgence de 20 M€ pour traiter les 2 500 établissements les plus en difficulté afin de réaliser un diagnostic et des petits travaux (pouvant aller jusqu’à 10 000€ par établissement), avec la participation d’ACTEE, la Banque des territoires,
- Un volet prévention de 40 M€ afin de réaliser des diagnostics dans 10 000 établissements.
Un troisième volet financé par EDF de 80M€ propose des aides pour l’achat d’équipements et pour des projets de végétalisation (jusqu’à 10 000€ par établissement).
Cependant, ce plan est aujourd’hui recentré sur le volet urgence et uniquement sur la partie diagnostic. Ainsi, 16 M€ restants sont fléchés sur les 2 500 écoles les plus en souffrance.
Par ailleurs, concernant la rénovation énergétique des établissements scolaires, le Fonds vert propose des subventions mais a été largement raboté ces dernières années (80 M€ ont été dédiés à la rénovation énergétique des établissements scolaires en 2025 contre 378 M€ en 2024 et 389 M€ en 2023).
Chiffres clés
11,3 millions
d’élèves concernés
~50 000
établissements
1er
poste de consommation énergétique pour les communes
816 €/m²
les coûts des travaux énergétiques avec confort d’été
Comment se positionner ?
D’abord, sortir de l’urgence : préparer les établissements scolaires aux fortes chaleurs
Hiérarchiser les solutions à mettre en place
En premier lieu, il faut privilégier des solutions pour « protéger, aérer, ventiler » les bâtiments. Ces solutions comme les protections solaires sur les fenêtres, la ventilation nocturne ou les brasseurs d’air au plafond, sont simples et ne demandent pas de gros travaux.
L’école Concorde à Barberaz (Savoie) a organisé à la fin de l’année scolaire 2026 l’aération des locaux le soir entre élus et parents d’élèves. Par ailleurs, pour 13 000 €, en installant notamment des protections solaires (brises soleil en bois à l’extérieur) et des ventilateurs, cette école a moins souffert de la canicule que l’an passé : 27°C au lieu des 31,5°C un an plus tôt.
Depuis 2021, la Ville de Lyon met en œuvre un « plan canicule », spécifiquement dédié à l’adaptation des écoles aux fortes chaleurs. Les actions engagées reposent sur des mesures simples — telles que l’installation de protections solaires ou de brasseurs d’air — pour un montant total de 3,3 M€ pour 90 écoles élémentaires et maternelles sur la période 2021-2026, soit un coût moyen d’environ 40 000 € par établissement.
Installer ces solutions nécessite néanmoins pour les collectivités de mobiliser des agents pour installer ces équipements, ce qui peut être limitant. Certaines de ces solutions présupposent aussi d’instituer de nouvelles habitudes dans le quotidien de la vie scolaire, par exemple en organisant la fermeture des volets au moment adéquat pour éviter la surchauffe des salles de classe. La formation des équipes pédagogiques à ces gestes est donc nécessaire (Sonia Vermeulen Steyaert, The Conversation, 2026).
Équiper les écoles en climatisation ne peut être l’unique réponse
Une proposition souvent entendue est de vouloir équiper l’ensemble des écoles en climatisation. Si cette solution peut paraitre simple et rapide à mettre en œuvre, et pourrait devenir incontournable dans certaines zones climatiques du Sud de la France (I4CE, 2024), il convient néanmoins de l’interroger au regard des effets négatifs qu’elle génère : des dépenses énergétiques nouvelles pour la collectivité, un rejet de chaleur qui contribue à réchauffer l’air extérieur en ville, consommation électrique additionnelle pour le réseau, émissions additionnelles de gaz à effet de serre et dépendance à une solution unique. Lire le brief climatisation pour plus de détails.
Au niveau national, des décisions à prendre sur l’organisation scolaire lors des épisodes de fortes chaleurs
Des mesures d’ordre organisationnel doivent également être prises au niveau national pour la gestion des chaleurs à l’école. Cela a été le cas par exemple en Conseil des Ministres le 31 août sur le choix de la date des examens de 2027 : les épreuves se tiendront uniquement le matin afin d’éviter les températures élevées de l’après-midi. D’autres décisions comme le choix d’un critère de température maximal impliquant la fermeture des établissements pourraient être prises au niveau national.
Mais aussi, penser l’avenir : intégrer la rénovation énergétique pour les écoles
Embarquer systématiquement les travaux énergétiques dans tout projet de rénovation
Dans les prochaines années, bon nombre de bâtiments scolaires devront être rénovés en raison de leur vétusté : toitures à étanchéifier, façades fissurées à ravaler ou systèmes de chauffage en fin de vie à remplacer. Une erreur serait de rénover sans intégrer les travaux de performance énergétique, comme l’isolation des murs et des toitures, ou encore le choix d’un système de chauffage bas-carbone performant. C’est pourquoi il ne faut pas comparer les économies sur les factures énergétiques aux investissements totaux engagés dans le projet de rénovation, mais aux investissements spécifiques à la performance énergétique du bâtiment (DRIEAT Ile-de-France, 2018).
Systématiser l’intégration de travaux énergétiques performants contribue à réduire la facture énergétique des collectivités. D’après la Banque des territoires, les rénovations énergétiques réalisées sur les bâtiments scolaires à ce jour permettraient d’économiser 130 M€ en 2030, soit une économie de 10% des dépenses énergétiques projetées à la même période.
Combien ça coûte ?
Le plan de rénovation des écoles lancé en 2023 par le Gouvernement Macron II vise à rénover 40 000 écoles en 10 ans. Pour atteindre cet objectif, le nombre de rénovation doit donc s’accélérer et passer de 2 600 à 3 700 écoles rénovées chaque année. Rénover tant d’écoles à ce rythme à un niveau « bâtiment basse consommation » (BBC) tout en intégrant le confort d’été reviendrait à investir environ 4 Mds € par an d’argent public. Ce coût est un minima car il n’inclut ni les travaux hors énergie (par exemple, remise aux normes, modification des cloisons, embellissement, etc.), ni la végétalisation des cours d’école. Il n’inclut pas non plus la rénovation des collèges et lycées.
Apporter de la visibilité dans les financements nationaux
Pour toutes ces actions d’adaptation et de rénovation, ce sont aux collectivités de planifier et budgéter les travaux de rénovation à réaliser. Certaines disposent déjà de plans pluriannuels d’investissement, où elles peuvent intégrer ces travaux de rénovation. I4CE, avec des collectivités, a proposé une méthode pour quantifier les investissements requis sur la rénovation énergétique des bâtiments.
Rénover une école en embarquant les travaux énergétiques et le confort d’été coûte en moyenne 2,6 M€ et peut varier fortement d’une école à l’autre. Pour inscrire de tels montants à leur budget, les collectivités ont besoin de visibilité sur les financements qu’elles percevront au cours de leur mandat. Sans cette vision globale de quelle enveloppe budgétaire disponible, il est fort à parier que les élus locaux ralentissent leurs investissements ou diminuent l’ambition de leurs projets, de peur de ne pas trouver les recettes nécessaires. Sans compter que les collectivités font face à de multiples enjeux sur la transition climatique nécessitant d’accélérer leurs investissements pour le climat (I4CE, 2024). Viser des rénovations des écoles ambitieuses et à grande échelle, et plus généralement la transition climatique, demande de s’assurer de financements pérennes et prévisibles pour les collectivités afin d’éviter le « stop-and-go » des offres financières risquant de casser une dynamique encore faible par rapport aux enjeux.
Pour s’assurer de l’efficacité de l’argent public, encore faut-il identifier les écoles à rénover en priorité. Les 2 500 écoles prioritaires identifiées dans le plan canicule ne prennent pas en compte à ce jour les autres enjeux comme les consommations énergétiques. Pour prioriser les chantiers, les pouvoirs publics peuvent adosser l’octroi des aides sur une grille d’analyse composée de trois principaux critères. Le premier correspond à la probabilité de maintenir un service scolaire dans les établissements, selon les évolutions démographiques du territoire. Il est en effet inutile de rénover une école si elle a vocation à fermer en raison du faible nombre d’écoliers. Le deuxième au volume de consommations d’énergies, en particulier d’énergies fossiles, pour que les premières rénovations génèrent à la fois très vite des économies d’énergies et des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Le troisième à l’exposition aux vagues de chaleur et aux nombres de degrés-heures du bâtiment pendant l’accueil scolaire.
FAQ
Que dit le décret tertiaire et comment le faire évoluer ?
Concernant les réductions de consommations énergétiques, les bâtiments de plus de 1 000 m² sont soumis aux exigences du décret tertiaire. Ce dernier fixe les objectifs suivants de consommation énergétique finale du bâtiment :
| 2030 | 2040 | 2050 | |
| En valeur relative, par rapport à une consommation de référence postérieure à 2010 | -40% | -50% | -60% |
| En valeur absolue | En fonction notamment de la catégorie du bâtiment, de la situation géographique et de l’intensité d’usage du bâtiment | En fonction notamment de la catégorie du bâtiment, de la situation géographique et de l’intensité d’usage du bâtiment | En fonction notamment de la catégorie du bâtiment, de la situation géographique et de l’intensité d’usage du bâtiment |
Si ces objectifs réglementaires permettent de déclencher des investissements dans la rénovation et la réduction des consommations énergétiques (I4CE, 2026), il n’existe aucun objectif en matière de confort d’été sur les bâtiments existants. Par exemple, des exigences de température maximale supportable dans les bâtiments pourrait être indiquées.
Concernant les nouvelles écoles, existe-t-il des exigences pour s’assurer de construire des bâtiments vivables en cas de fortes chaleurs ?
À ce jour, si le sujet progresse, la prise en compte de l’évolution du climat n’est toujours pas systématiquement intégrée dans les objectifs ou les réglementations techniques. Par exemple, pour les constructions neuves, la RE2020 ne prend toujours pas en compte le climat futur (Guillaume Dolques, Construction 21, 2025).
Les économies d’énergie suffisent-elles à amortir les coûts des travaux ?
Les économies d’énergie générées par les travaux de rénovation énergétique permettent d’amortir une partie de leurs coûts. Les résultats sont très variables selon les travaux de rénovation effectués dans les écoles et selon l’évolution supposée des prix des énergies. Si la rénovation consiste uniquement à remplacer une chaudière gaz ou fioul par une pompe à chaleur, alors l’opération peut être rentable rapidement, surtout si le prix de l’électricité stagne tandis que celui des énergies fossiles augmente. Sur des projets de rénovation de grande envergure, les gains énergétiques ne sauraient couvrir le coût total des travaux. En se basant sur les données de l’étude d’Effinergie et du Cerema, les économies sur les factures énergétiques cumulées sur 20 ans permettent de couvrir en ordre de grandeur 15 % du coût total des travaux. Néanmoins, comme évoqué plus haut dans le brief, il ne s’agit pas de comparer les économies d’énergie aux coûts de la rénovation dans son ensemble, mais aux coûts énergétiques uniquement. Ainsi, on pourrait comparer un scénario avec des travaux énergétiques et donc des économies, et un scénario sans ces travaux.
Pourquoi végétaliser les cours d’école ?
Transformer une cour minérale, peu ombragée en un espace végétalisé et désimperméabilisé permet à la fois d’améliorer le cadre de vie scolaire et de rafraichir un espace qui pouvait devenir invivable en cas de fortes chaleurs. Sans oublier les possibilités éducatives qu’une cour végétalisée peut offrir aux élèves.
Le coût dépend fortement de la surface et du type d’actions retenues. Ce guide de la Banque des territoires ou Plus Fraiche Ma Ville donnent des repères de coûts.
Est-ce que les marchés globaux de performance énergétique peuvent payer les travaux à réaliser ?
Les marchés globaux de performance énergétique (MGPE) permettent de fixer dans un contrat des objectifs de performance énergétique à la société titulaire du marché. Des pénalités peuvent être inscrites contractuellement en cas de non-respect des objectifs.
Les marchés à paiement différé présente l’avantage de s’assurer que les objectifs de performance énergétique fixés dans le contrat aient bien été remplis avant de rémunérer le tiers, mais aussi de lisser la charge financière pour la collectivité dans le temps en faisant porter la charge initiale des travaux par le titulaire du marché.
Néanmoins, contracter de cette manière avec un tiers privé reste comptabilisé comme de la dette au niveau budgétaire d’une collectivité pour éviter toute dérive. Par conséquent, les besoins des collectivités pour financer la transition ne peuvent être résolus par ce mécanisme (I4CE, 2023). Par ailleurs, passer par ce type de mécanisme présente des coûts de financement généralement plus élevé que si la collectivité empruntait directement (taux plus avantageux, rémunération du tiers privé).