Auteurs :  Nicolas Berghmans (IDDRI), Antoine Guillou (Terra Nova), Thomas Pellerin-Carlin (Institut Jacques Delors), Emmanuel Tuchscherer (Fondapol), Charlotte Vailles (I4CE) et Ian Cochran (I4CE)

Près de quatre ans après la signature de l’Accord de Paris, l’Union européenne (UE) doit rapidement relever son ambition dans la lutte contre le changement climatique si elle souhaite conserver son rôle de leader sur le climat et inciter les autres pays du monde à faire de même. Pour limiter le réchauffement à 1,5 ou 2°C, beaucoup reste à faire au niveau de l’Union.

En amont des élections européennes du 26 mai 2019, cinq think tanks français et européens se sont unis pour faire des propositions et ainsi nourrir le programme de travail du futur parlement et de la future Commission.

Parmi ces propositions, I4CE, l’Institut de l'Économie pour le Climat, appelle l’Union Européenne à :

  1. Adopter de nouveaux objectifs de réduction d’émissions de long-terme, à l’horizon 2040 et 2050, et réviser ses objectifs pour 2030. Cette révision devrait notamment conduire à augmenter le rythme de réduction du plafond d’émissions du marché carbone européen (EU ETS) à l’occasion de la revue de ce marché prévue en 2023.

  2. Doter l’UE d’un corridor de valeurs sociales du carbone, dans lequel s’inscriraient les valeurs sociales de chaque Etat Membre. L’utilisation systématique d’une valeur sociale du carbone dans les évaluations socio-économiques des instruments de politiques publiques et des investissements publics permettrait une action climatique ambitieuse et efficace.

  3. Neutraliser l’effet contre-productif des interactions entre les différentes politiques énergie-climat de l’UE. De telles interactions existent aujourd’hui entre l’EU ETS d’une part et d’autre part les politiques européennes pour les énergies renouvelables ou les politiques nationales de sortie du charbon. Ces politiques diminuent très significativement les émissions du secteur électrique, ce qui est une bonne chose mais ce qui fait aussi baisser le prix du carbone dans l’EU ETS et donc l’incitation pour les autres secteurs à se décarboner. Des dispositions devraient être introduites pour évaluer ces interactions et annuler suffisamment de quotas sur le marché carbone.

  4. Mettre les institutions financières de l’UE et la réglementation financière au service du climat. L’UE devrait donner à ses institutions financières, au premier rang desquelles la Banque Européenne d’Investissement, un mandat formel d’augmenter la part de leur financement pour le climat et de ne pas financer de projets d’infrastructures qui condamneront l’UE à émettre du carbone pour plusieurs décennies. L’Union devrait également renforcer sa réglementation financière, dans la lignée de son plan d’action pour la finance durable, et en particulier renforcer les exigences de transparence climat pour tous les actifs financiers et pas seulement les actifs ‘verts’.

  5. Mettre en place un organe de pilotage des progrès réalisés pour le financement de la transition. Cela pourrait passer par l’inclusion dans les plans énergie-climat des Etats Membres d’une analyse des besoins d’investissement et de financement pour le climat, et par la mise en place d’un Observatoire de la finance climat. Cet Observatoire, prévu dans le plan d’action européen sur la finance durable, devrait à la fois suivre les volumes d’actifs financiers et les volumes d’investissements favorables et défavorables au climat.