La France a un plan de réindustrialisation verte. Mais a-t-elle les moyens de ses ambitions ?
La transition vers une économie décarbonée ne se décrète pas : elle se construit sur le terrain. Avec France 2030, la France s’est dotée d’une feuille de route ambitieuse que beaucoup lui envient en Europe. Mais, comme tout architecte le sait : les meilleurs plans ne valent que si le chantier suit. Et sur le terrain, les obstacles financiers et techniques peuvent stopper net les projets les plus ambitieux.
Le chantier de la réindustrialisation verte est certainement ambitieux. Il s’agit à la fois de transformer les filières historiques de l’industrie française pour les rendre compétitives dans une économie qui se décarbone, et de bâtir les infrastructures industrielles et énergétiques qui permettront à cette transformation d’être véritablement “Made in Europe”.
Comme sur tout grand chantier, les matériaux doivent arriver à temps et les raccordements doivent être garantis. Un retard de livraison, un blocage dans la chaîne d’approvisionnement, une connexion au réseau qui tarde, et c’est tout le calendrier qui est bouleversé, avec les surcoûts et les risques d’abandon que cela implique. Transformer des filières entières obéit à la même logique, mais à l’échelle nationale. Dans cette nouvelle publication, I4CE fait le point sur trois filières essentielles à la base industrielle verte de la France : les batteries, l’acier vert et les carburants de synthèse pour l’aviation (eSAF).
Il y a aussi de bonnes raisons d’être optimiste. Dans le nord, la “Vallée de la Batterie” prend forme ; à Dunkerque, l’investissement majeur d’ArcelorMittal marque une étape importante ; et plus au sud, Fos-sur-Mer s’affirme comme l’autre pôle de la réindustrialisation verte. Le mouvement est bien lancé, mais ces dynamiques restent fragiles. Dans les trois filières étudiées, plusieurs projets restent bloqués avant la décision finale d’investissement. Les investisseurs, eux, hésitent à s’engager pleinement dans des projets innovants et risqués, alors que les coûts restent élevés et que la concurrence internationale, en particulier chinoise, s’intensifie.
Pour ne pas que le chantier s’enlise, les pouvoirs publics doivent agir au plus vite : mieux cibler les financements publics pour accompagner les projets jusqu’à la mise en service, et soutenir leurs premières années d’exploitation, souvent les plus fragiles. L’urgence est là. Les plans sont dessinés, les fondations coulées – mais si les financements ne sont pas au rendez-vous, les industries vertes de demain se construiront ailleurs.

