G20 : 151 Mds $ pour les énergies fossiles depuis le début de la crise

15 juillet 2020 - Billet d'analyse

 

Les pays du G20 ont accordé depuis le début de la crise de nombreuses aides publiques qui auront un impact sur le climat. Afin de vous aider à vous y retrouver, un consortium international de 14 think tanks dont I4CE lancent aujourd’hui le site « Energy Policy Tracker ». Résultat : à l’heure actuelle, les pays du G20 se sont engagés à dépenser 151 milliards $ pour soutenir des industries et des technologies fortement consommatrices d’énergie fossile, dont seulement 20% avec des éco-conditionnalités, et 89 milliards pour aider les filières clés de la transition bas carbone. Ce site sera régulièrement mis à jour au fur et à mesure que de nouvelles aides publiques sont adoptées. 

 

Depuis le début de la crise sanitaire, les gouvernements à travers le monde ont beaucoup dépensé pour sauvegarder les entreprises puis relancer l’économie. Et ce n’est pas fini. Au-delà des aides publiques attribuées à l’ensemble des entreprises – comme le chômage partiel en France – des aides spécifiques ont été données à des industries fortement consommatrices d’énergies fossiles à l’image de l’aéronautique, avec des « éco-conditionnalités » plus ou moins strictes. Des secteurs clés pour la transition bas carbone ont aussi bénéficié de financements publics, comme la filière des véhicules électriques ou des énergies renouvelables.

 

Afin de vous aider à suivre les mesures adoptées par les gouvernements à travers le monde depuis le début de la crise, un consortium de 14 Think Tanks dont I4CE ont lancé le site internet « Energy Policy Tracker ». Ce site couvre à l’heure actuelle les pays du G20, responsables de 80% des émissions mondiales, ainsi que les différents instruments financiers utilisés par les pouvoirs publics : prêts garantis, avances de trésorerie, investissement et subvention publics, avantages fiscaux. Le site sera progressivement élargi à d’autres pays et mis à jour régulièrement.

 

 

151 milliards $ en faveur des énergies fossiles, 89 pour les énergies propres

Depuis le début de la pandémie, les engagements financiers des pays du G20 ont favorisé beaucoup plus les énergies fossiles que les énergies propres. 151 milliards $ ont été actés en faveur de la production et de la consommation d’énergies fossiles, dans l’aéronautique, l’automobile, la production d’énergies fossiles ou d’électricité à partir de sources fossiles. Les aides adoptées en faveur d’énergies propres, comme les économies d’énergie, les énergies renouvelables ou encore le développement du vélo, atteignent atteint 89 milliards $.

 

La prédominance des aides favorables aux énergies fossiles est certes le reflet du fait que l’économie, en général, dépend encore trop des énergies carbonées. Mais cela est néanmoins préoccupant pour la transition bas carbone. Si, jusqu’à aujourd’hui, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Chine ont dépensé plus pour les énergies propres que pour les énergies fossiles, c’est l’inverse pour des pays comme l’Australie, le Canada ou encore l’Arabie Saoudite. La France faisait partie des pays qui ont plus dépensé pour les énergies fossiles que pour les énergies propres jusqu’à l’annonce du Premier Ministre le 15 juillet 2020 d’un plan de relance « accélérateur puissant de la transition écologique » de 20 milliards d’euros.

 

 

Et la France dans tout ça ?

Lisez le billet dédié aux aides publiques accordées en France.

 

 

Entre énergies fossiles et énergies propres, toute une nuance d’aides et de technologies

Une partie des aides favorables aux énergies fossiles ont été conditionnées à des engagements de réduction des émissions par les secteurs concernés, en particulier dans l’aéronautique. Ces conditions et leur ambition sont vivement débattues à travers le monde. Le consortium estime que 20% des aides aux énergies fossiles ont ainsi été « conditionnées ».

 

De même, 80% des aides identifiées comme favorables au climat concernent des technologies clés pour la transition bas carbone mais dont le bilan environnemental dépend de la source d’énergie qu’elles utilisent, comme le véhicule électrique ou le transport ferroviaire.

 

 

Nous avons besoin d’une seconde phase pour la relance

La première vague de mesures de sauvegarde et de relance a été lancée dans l’urgence pour soutenir les secteurs les plus durement frappés par la crise et l’économie « telle qu’elle est ». Nous avons désormais besoin d’une seconde vague qui permette de combiner relance de l’économie et protection du climat.

 

Afin de voir si les prochaines mesures adoptées par les pays du G20 mettront l’économie sur la voie de la neutralité carbone, le consortium continuera à suivre leurs engagements financiers et mettre régulièrement à jour le site « Energy Policy Tracker ».

 

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Source: EnergyPolicyTracker.org au 15 juillet 2020

 

* Le consortium international qui a réalisé ces estimations regroupe 14 organisations de recherche : International Institute for Sustainable Development (IISD), Institute for Global Environmental Strategies (IGES), Oil Change International (OCI), Overseas Development Institute (ODI), Stockholm Environment Institute (SEI), Columbia University de New York, Forum Ökologisch-Soziale Marktwirtschaft (FÖS), Fundación Ambiente y Recursos Naturales (FARN), Instituto de Estudos Socioeconômicos (INESC), Institute for Climate Economics (I4CE), Instituto Tecnológico Autónomo de México (ITAM), LegambienteREN21, The Australia Institute (TAI). 

Pour aller plus loin
  • 09/02/2024 Tribune
    Climat : les institutions financières publiques, en première ligne de la transformation du système financier

    2 400 milliards de dollars par an. Ce montant qui fait tourner la tête est celui que nous devons collectivement réussir à mobiliser jusqu’en 2030 pour financer la transition climatique dans les pays du Sud, hors Chine. Une part importante de ce financement devra provenir de ressources domestiques : environ la moitié pourrait ainsi être mobilisée par l’amélioration des recettes fiscales nationales ou le recours aux marchés nationaux de capitaux. Le reste proviendrait de sources internationales, publiques et privées.

  • 09/02/2024
    Money, money, money : Stratégies de financement de la transition climatique

    La France devrait publier en milieu d’année sa première stratégie pluriannuelle de financement annuel de la transition écologique. Que de chemin parcouru depuis la première Stratégie nationale bas-carbone en 2015 qui n’abordait que très peu les aspects de financement ! Et c’est une bonne nouvelle. À I4CE, nous pensons que de tels plans sont essentiels pour soutenir la transition climatique. Des objectifs de dépenses publiques crédibles et pluriannuels permettent d’embarquer le secteur privé et les financeurs de l’action publique (détenteurs de la dette, bailleurs internationaux, contribuables) dans la transition, et de réorienter les flux financiers comme l’exige l’Accord de Paris. Les plans de financement globaux évitent également les approches simplistes fondées exclusivement sur l’évaluation de projets au cas par cas sur la base d’approches coûts-bénéfices utiles mais limitées, qui peuvent in fine entraîner des coûts supplémentaires importants.

  • 12/01/2024
    Pour 2024, moins de voeux et plus de plans de financement de la transition écologique, en France, en Europe et dans le monde

    2023 a été, en France, l’année de la planification écologique. Avec le travail réalisé par le Secrétariat général à la planification écologique, il y a désormais un plan. Avec pour 2024 une augmentation de 10 milliards d’euros des autorisations d’engagement en faveur de la transition. En 2024, il va falloir parachever ce travail dans deux directions. D’abord, territorialiser la planification pour transformer le plan en actions concrètes dans les territoires. Ensuite, doter le plan… d’un plan de financement, d’une stratégie pluriannuelle de financement de la transition écologique, comme s’y est engagé l’exécutif. Et dans cette stratégie pluriannuelle, pour rester sur le seul climat, traiter les moyens dédiés à l’atténuation mais aussi à l’adaptation au changement climatique ; et s’assurer que les collectivités locales, fers de lance de la transition territorialisée, auront les moyens de financer leur ambition.

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