Quelles bases pour la construction de synergies entre la certification de gestion durable et la certification carbone ? Pour quel impact ?

5 juillet 2018 - Etude Climat - Par : Cyril BRULEZ / Valentin BELLASSEN

Qu’est-ce que la certification carbone pour un projet forestier ? Quelle différence avec la certification de gestion durable ? Comment ces différents cadres interagissent-ils et quelles synergies peuvent se construire ?

Issue des travaux du Club Carbone Forêt Bois, animé par I4CE, cette étude répond à ces différentes questions en présentant les caractéristiques et les enjeux liés aux certifications de gestion durable (ex : PEFC et FSC) et certifications carbone (ex : VCS (désormais Verra), Gold Standard, etc.).

Un cadre de certification a pour but de pallier à une asymétrie d’information entre producteurs et consommateurs de services ou de biens, en offrant une information garantie sur la chaîne de production.

Dans le cas d’une entreprise souhaitant compenser une part de ses émissions, les labels de compensation carbone garantissent le service de séquestration rendu par une forêt et attribuable au gestionnaire forestier. Dans le cas de l’achat d’un produit en bois, les labels de gestion sylvicole durable attestent quant à eux du respect de critères sociaux et environnementaux dans la gestion des forêts et la transformation du bois.

Si les deux types de certification visent à promouvoir une meilleure gestion forestière, leurs objectifs et les indicateurs pris en compte diffèrent :

  • La certification carbone estime précisément le gain carbone et surtout son additionnalité, c’est-à-dire l’absence d’effet d’aubaine.
  • La certification de gestion durable ne certifie pas ces deux points mais atteste la mise en œuvre de pratiques respectueuses de l’environnement et une démarche d’amélioration continue de la gestion forestière.

Ces différences impactent les éléments audités pour obtenir la certification. La surface forestière dont la gestion durable est certifiée est modeste à l’échelle mondiale (environ 10 %) mais elle est 15 fois supérieure à la surface forestière engagée dans des projets de compensation carbone certifiés. Ces deux types de certification ont des objectifs différents mais promeuvent des pratiques et itinéraires sylvicoles souvent similaires et les types de parties prenantes gestionnaire forestier, Etat, auditeur, ONG … impliqués dans les deux cas se recoupent assez largement.

L’incitation économique donnée par les deux types de certification est différente : premium sur le prix de vente du bois d’une part et revenus générés par la vente des crédits carbone de l’autre. Les coûts liés à la certification carbone sont par ailleurs plus élevés que ceux liés à la certification de gestion durable, mais elle permet également au propriétaire de générer des revenus bien plus élevés et plus précoces, dès que le début de la vente des crédits carbone.

Il existe actuellement peu de liens entre les deux types de certifications,  même si leurs périmètre tend à s’uniformiser des rapprochements sont en cours : ainsi, Forest Stewardship Council (FSC) a par exemple soumis en 2017 des lignes directrices pour « démontrer l’impact de la gestion forestière sur les services écosystémiques », dont le carbone, tandis que les standards de certification carbone comme le Gold Standard autorisent la double certification avec le FSC pour démontrer le respect de différents critères de gestion durable.

La mise en place d’audits communs est une option de réduction des coûts de certification souvent évoquée, mais limitée à une dizaine de pourcents d’après les expériences de double certification en agriculture.

 

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Pour aller plus loin
  • 02/12/2022
    La certification carbone européenne doit être exigeante… et attractive

    Comment différentier les projets qui permettent vraiment de stocker du carbone, des projets qui prétendent seulement le faire ? Question compliquée quand on s’intéresse à des projets dans l’agriculture et la forêt, pour lesquels la quantification du carbone stocké est complexe et se heurte au risque de non-permanence, et pour lesquels il faut aussi prendre en compte les autres défis environnementaux à commencer par la préservation de la biodiversité. Une question compliquée donc, mais une question qui nécessite une réponse ! Des acteurs privés et des pouvoirs publics veulent s’assurer que les projets agricoles et forestiers qu’ils financent au nom du climat ont un réel bénéfice environnemental.

  • 01/12/2022 Billet d'analyse
    Certification carbone : la Commission propose un cadre exigeant qui devra aussi être incitatif

    On y voit désormais plus clair sur le futur cadre de certification carbone européen, grâce à la proposition que la Commission vient de rendre publique. Cette proposition donne un cadre, de grands principes directeurs, et les détails seront précisés dès 2023 avec l’appui d’un groupe d’experts. Si le diable se cache dans les détails, le cadrage n’en est pas moins important. Claudine Foucherot d’[i4ce] l’a analysé et identifié quatre points sur lesquels il faudra être vigilant. De manière générale, on peut dire que la Commission fait une proposition ambitieuse qui présente cependant un risque : ne pas être suffisamment incitative pour permettre un déploiement massif des projets. 

  • 08/07/2022 Tribune
    Tribune | Rémunération carbone : nous avons besoin d’une certification européenne ambitieuse et pragmatique

    La Commission européenne va proposer d’ici la fin de l’année une « certification carbone », première étape vers la rémunération des agriculteurs et forestiers qui contribuent au stockage de carbone. Ce projet de certification soulève des débats et des inquiétudes. Pour l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), l’Union européenne peut y répondre et développer une certification ambitieuse en s’appuyant sur l’expérience des Etats membres en la matière.

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