Transformer davantage les modèles économiques dans le secteur privé
Rapport uniquement disponible en anglais
Méthodologies de fixation d’objectifs et d’évaluation de l’alignement climatique : état des lieux et perspectives pour mieux prendre en compte la nature et la résilience
Les acteurs économiques sont soumis à des pressions croissantes pour transformer leurs modèles d’affaires — soutenabilité environnementale, leadership technologique, sécurité des ressources naturelles — tout en renforçant leur compétitivité et leur résilience.
Sur les sujets environnementaux, les efforts collectifs se sont jusqu’ici concentrés sur l’atténuation au changement climatique : l’Accord de Paris fixe l’objectif de rendre les flux financiers compatibles avec une trajectoire bas-carbone et résiliente au changement climatique, ce que l’on appelle l’« alignement ». En Europe, l’investissement additionnel nécessaire, pour le seul volet climatique, est estimé à 620 Md€ par an d’ici 2030, dont la majeure part devrait provenir de la finance privée — soit environ 2 % des quelques 33 000 Md€ d’épargne européenne à réorienter chaque année.
De nombreuses méthodologies, privées comme publiques, offrent des perspectives complémentaires d’alignement, tout en étant d’abord restée centrées sur le climat. Ces méthodologies contribuent à orienter l’allocation de capitaux, les décisions de financement et d’investissement au sein de l’économie ainsi qu’à encourager la transition des entreprises et des secteurs. Ce rapport s’appuie sur un état des lieux de ces méthodologies et met en évidence trois limitations :
- Une interopérabilité insuffisante entre les méthodologies climat, nature et adaptation. Climat, nature et adaptation s’appuient chacun sur des méthodologies dédiées, pensées séparément. Or l’Accord de Paris et le Cadre mondial pour la biodiversité ne peuvent être considérés isolément : l’efficacité de l’un dépend du succès de l’autre. Des travaux sont nécessaires pour clarifier comment chaque corpus méthodologique prend en compte les priorités des autres, assurer leur interopérabilité, et développer des méthodologies plus cohérentes voire globales couvrant climat et nature.
- Une réflexion encore insuffisante au niveau sectoriel. La couverture sectorielle des méthodologies varie, et les choix retenus pour un secteur donné — trajectoire de décarbonation, indicateurs, pondérations — peuvent être hétérogènes. Un travail plus approfondi au niveau sectoriel paraît nécessaire afin d’identifier les transformations les plus pertinentes le long des chaînes de valeur, et les indicateurs incitant réellement à la transformation et à la compétitivité de chaque secteur et aux investissements d’innovations face à des défis globaux.
- Une orientation encore marginale vers l’économie circulaire, notamment de fonctionnalité, qui réconcilie climat et nature. Alors que l’extraction et la transformation des ressources concentrent la moitié des émissions mondiales de GES, les méthodologies incitent encore trop peu aux modèles circulaires — en particulier aux modèles de fonctionnalité, où le vendeur conserve la propriété du produit tout au long de son cycle de vie et en assure l’usage via un contrat de long terme. Ces modèles constituent un point de convergence naturel entre climat et nature, ainsi qu’un levier de compétitivité et d’autonomie stratégique, de réorganisation des chaînes de valeur et de sécurité économique.
Les méthodologies d’alignement ont gagné en sophistication, passant d’une mesure de l’empreinte carbone à une évaluation multidimensionnelle des plans de transition. La capacité des différents outils à orienter effectivement l’allocation du capital vers une économie durable, résiliente et compétitivité, dépend désormais de leur aptitude à intégrer nature, adaptation et dimension sectorielle dans un cadre cohérent — un chantier que les deux études de cette collection appellent à ouvrir conjointement.
L’enjeu est de dépasser les approches en silos, de comprendre les dépendances croisées et d’anticiper. La qualité de la décision devient elle-même une capacité stratégique.
