Qui va financer le carbon farming en Europe ? État du marché et implications pour les politiques publiques

Ce rapport évalue si et comment les mécanismes de financement privés peuvent contribuer au déploiement à grande échelle du carbon farming en Europe. Il dresse un panorama du marché du carbon farming à travers une analyse approfondie de ses fondamentaux, à l’échelle européenne et internationale. Il examine également les principaux facteurs qui déterminent le développement du marché, les principaux acteurs concernés, ainsi que les référentiels, règles et politiques qui encadrent le carbon farming et les allégations qui y sont associées. Sur la base de cette analyse, le rapport établit un socle commun de connaissances factuelles et identifie les principales questions de recherche à approfondir dans le cadre du projet CAFAMORE.

 

Le rapport s’articule autour de deux principaux canaux de financement privés : d’une part, le marché volontaire du carbone (Voluntary Carbon Market, VCM) et l’évolution de la demande de carbon farming sur ce marché ; d’autre part, les dispositifs de financement au sein des chaînes de valeur agricoles, notamment les primes filières liées aux engagements climatiques des entreprises. Il examine ensuite comment les politiques publiques peuvent soutenir, réglementer ou renforcer ces canaux de financement et générer une demande supplémentaire pour le carbon farming.

 

Le VCM représente une opportunité, mais il est peu probable qu’il puisse, à lui seul, financer le carbon farming en Europe à grande échelle. Du côté de l’offre, les projets carbone agricoles sont restés relativement peu nombreux jusqu’au début des années 2020. Leur activité s’est toutefois développée ces dernières années, avec l’émergence de nouvelles méthodologies et de nouveaux projets, notamment en Europe. Beaucoup de ces projets sont encore en cours de développement et la plupart n’ont pas encore émis de crédits carbone, ce qui soulève des questions quant à leur capacité à obtenir des financements à l’avenir. L’analyse de la demande passée met également en évidence les liens étroits entre le VCM et les marchés de conformité. Le VCM n’a cependant jamais atteint une échelle significative, car la demande volontaire reste structurellement limitée. Cette demande se tourne de plus en plus vers les absorptions de carbone et les crédits présentant de meilleures garanties d’intégrité. Parallèlement, l’incertitude persistante quant à l’articulation entre les crédits du VCM et les initiatives menées au sein des chaînes de valeur a freiné l’émergence d’une source de demande plus importante et plus prévisible.

 

Les dispositifs de financement au sein des chaînes de valeur constituent une source de financement prometteuse, mais incertaine. Les engagements relatifs aux émissions du Scope 3, encouragés par l’initiative Science Based Targets (SBTi), ont incité les entreprises agroalimentaires à mettre en place des primes filières pour récompenser les pratiques de carbon farming. Parmi les principaux déterminants de cette demande figurent les engagements des grandes entreprises et des investisseurs en faveur de trajectoires de transition alignées SBTi. La nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de renforcer leur résilience semble également constituer un une motivation émergente. Toutefois, ces dispositifs restent hétérogènes et manquent de transparence, et leur impact à l’échelle européenne n’a pas encore été quantifié. La faible disposition des acteurs en aval des chaînes de valeur à absorber des coûts supplémentaires, le caractère volontaire des engagements des entreprises, les coûts plus élevés du carbon farming en Europe et les incertitudes entourant les revendications carbone peuvent entraver l’articulation effective du financement par les chaînes de valeur avec les mécanismes des marchés carbone.

 

Le carbon farming est intégré à plusieurs politiques européennes, mais le cadre actuel présente encore plusieurs lacunes. Le règlement relatif à la certification des absorptions de carbone et du carbon farming (Carbon Removal and Carbon Farming, CRCF) établit un cadre commun de certification, mais ne garantit pas le financement des activités concernées. Le lancement récent du « club d’acheteurs européens du CRCF » (EU CRCF Buyers Club) constitue une initiative prometteuse pour stimuler le développement de la demande, mais devra être suivi de mesures plus structurelles afin de combler le déficit de demande à plus long terme. En particulier, puisqu’aucun mécanisme de financement privé ne semble actuellement capable, à lui seul, de mobiliser les financements nécessaires à grande échelle, les politiques de l’Union Européenne (UE) devraient apporter davantage de clarté et de prévisibilité concernant les allégations climatiques des entreprises. Cela leur permettrait de mieux anticiper les évolutions du cadre et faciliterait la combinaison de différents mécanismes de financement et la double revendication.

 

L’UE et les États membres devraient également examiner le rôle que les activités certifiées au titre du CRCF pourraient jouer dans l’atteinte des objectifs relatifs à l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie (UTCAF), et évaluer si une demande réglementaire plus forte ou d’autres modèles de financement sont nécessaires. La combinaison de financements publics, de financements issus des chaînes de valeur, des marchés volontaires et d’éventuels futurs mécanismes de conformité semble constituer la voie la plus prometteuse, à condition d’éviter les revendications concurrentes et une allocation inefficace des ressources.

 

Qui va financer le carbon farming en Europe ? État du marché et implications pour les politiques publiques Télécharger
Contacts I4CE
Simon MARTEL
Simon MARTEL
Chercheur – Certification carbone, Forêt, Carbon farming Email
Corentin KHOSROVANINEJAD
Corentin KHOSROVANINEJAD
Chargé de recherche – Agriculture et Forêt Email
Clothilde TRONQUET
Clothilde TRONQUET
Chercheuse – Certification carbone, Marchés carbone, Agriculture Email
Pour aller plus loin Voir toutes les publications
Contact Presse Amélie FRITZ Responsable communication et relations presse Email
Inscrivez-vous à notre liste de diffusion :
Je m'inscris !
Inscrivez-vous à notre newsletter
Une fois par semaine, recevez toute l’information de l’économie pour le climat.
Je m'inscris !
Fermer