Conflit en Iran : quel impact de la hausse des prix de l’énergie sur l’adoption des solutions d’électrification par les ménages ?

23 juin 2026 - Billet d'analyse - Par : Charlotte VAILLES

La flambée actuelle des prix de l’énergie pèse sur le budget des ménages, et met en évidence leur vulnérabilité face à la fluctuation des prix des énergies fossiles.

 

I4CE a récemment évalué l’impact de l’évolution du contexte en 2026 sur la capacité des ménages à investir dans une voiture électrique, dans la rénovation de leur logement, ou dans une pompe à chaleur. Nous avons notamment mis en évidence que dans les conditions actuelles, acheter une voiture électrique d’occasion était devenu plus avantageux que de continuer de rouler avec une vieille voiture thermique, et que l’installation d’une pompe à chaleur était devenue encore plus intéressante pour les ménages en 2026, grâce à l’augmentation des aides et la hausse du prix des énergies fossiles.

 

Toutefois, ces conditions économiques favorables ne lèvent pas tous les freins que peuvent rencontrer les ménages pour investir dans une voiture électrique ou une pompe à chaleur dans leur logement. Un récent sondage réalisé par l’institut Verian vient éclairer les difficultés rencontrées par les Français et les politiques publiques qui permettraient de les lever.

 

 

Résultat #1 : Les ménages sont majoritairement en faveur des politiques publiques qui soutiennent le développement des pompes à chaleur et des véhicules électriques. Le coût d’investissement étant perçu comme un frein majeur, les politiques qui permettent de réduire le reste à charge sont particulièrement soutenues.

 

Globalement, les ménages interrogés sont en faveur des politiques publiques qui permettent de soutenir le déploiement des véhicules électriques et des pompes à chaleur (cf. figure 1 et figure 2).

 

En particulier, les ménages soutiennent les politiques qui permettent de réduire le reste à charge des investissements :

  • côté pompes à chaleur, 64% des ménages interrogés sont en faveur d’aides financières, 63% en faveur d’une réduction de la TVA ;
  • côté voitures électriques, 57% sont en faveur de subventions à l’achat.

 

Ce résultat est cohérent avec le fait que le coût d’investissement des voitures électriques et des pompes à chaleur reste le frein principal exprimé par les ménages. Le sondage réalisé par l’institut Verian a explicitement posé cette question pour les pompes à chaleur, et le coût d’investissement est le premier frein cité par les ménages (30%), devançant largement les autres difficultés, comme les contraintes liées au logement (18%) ou encore la complexité des démarches (12%).

 

Concernant les véhicules électriques, une récente publication de l’Institut des mobilités en transition (IMT), basée sur les résultats de focus groups autour de la voiture électrique, le « prix inabordable » d’achat des véhicules électriques est un des freins majeurs mis en avant par les ménages.

 

 

Figure 1: Positions à l’égard des politiques publiques pour le déploiement des véhicules électriques exprimées dans le sondage réalisé par Verian

 

 

Source : Institut Verian, sondage réalisé auprès de 1 000 répondants représentatifs de la population française. Les résultats détaillés sont disponibles dans le document annexé à ce billet.

 

 

Figure 2: Positions à l’égard des politiques publiques pour le déploiement des pompes à chaleur exprimées dans le sondage réalisé par Verian

 

 

Source : Institut Verian, sondage réalisé auprès de 1 000 répondants représentatifs de la population française. Les résultats détaillés sont disponibles dans le document annexé à ce billet.

 

 

Ainsi que nous l’avons montré dans les précédentes éditions de l’Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique pour les ménages, les subventions, que ce soit pour les pompes à chaleur ou les voitures électriques, sont utiles pour rendre les investissements plus accessibles aux ménages, notamment aux ménages modestes et à ceux des classes moyennes. Dans un contexte de contrainte budgétaire, les subventions devraient au maximum être fléchées vers les ménages qui en ont le plus besoin (qui ont des faibles revenus, des difficultés à accéder au crédit, qui dépendent de leur voiture au quotidien, etc.) Le dispositif de leasing social, qui permet de louer une voiture électrique pour un loyer modéré sous conditions de ressources et donc de lever le frein de l’investissement, est particulièrement pertinent. Les deux premières éditions ont d’ailleurs rencontré un franc succès, et les ménages interrogés par Verian confirment en majorité leur intérêt pour ce dispositif (59%). Il serait intéressant d’augmenter le nombre de bénéficiaires pour les éditions à venir, quitte à ce que ce soit aux dépens du bonus, qui bénéficie pour sa part à des ménages aisés, avec un fort risque d’effet d’aubaine : une récente étude de l’Institut des Politiques Publiques estime qu’en 2022, 80% des acheteurs d’un véhicule électrique l’auraient fait sans bonus.

 

Côté voitures électriques, des politiques publiques pour inciter les constructeurs à produire des véhicules de plus petite taille et moins chers  – comme le malus masse par exemple – sont également pertinentes, d’autant plus que la hausse du prix moyen des voitures neuves sur les dernières années est en partie liée aux stratégies des constructeurs (montée en gamme, hausse des prix catalogues) d’après le dernier Baromètre de l’évolution des prix des véhicules neufs en France publié par l’IMT.

 

 

 

Résultat #2 : Le signal-prix donné par la crise énergétique actuelle est incitatif, mais pas suffisant pour massifier les investissements des ménages. Une plus forte visibilité sur les prix de l’électricité est nécessaire pour assurer aux ménages des économies d’énergie dans la durée.

La hausse des prix des énergies accroit l’intérêt des ménages pour une voiture électrique ou une pompe à chaleur (1/3 des ménages interrogés disent que la hausse des prix les rend plus susceptibles d’acheter une voiture électrique ou une pompe à chaleur).

Cependant, une part significative des ménages interrogés ne pensent pas qu’investir les protégera véritablement de la hausse des prix : 47% en ce qui concerne l’achat d’un véhicule électrique, 37% en ce qui concerne l’installation d’une pompe à chaleur.

Nos dernières analyses montraient pourtant que dans les conditions actuelles, l’investissement dans une voiture électrique d’occasion ou dans une pompe à chaleur permettait de faire des économies d’énergie très significatives, au point de couvrir le remboursement de l’investissement financé par un emprunt (cf. figure 3). Mais ces résultats dépendent de l’évolution des prix de l’énergie, sujette à de fortes incertitudes.

 

Figure 3 : Comparaison du budget énergie pour la mobilité et le logement avant et après investissement dans une voiture électrique et une pompe à chaleur

Hypothèses : Ces résultats sont estimés pour des ménages types des classes moyennes issus de notre dernier Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique, le ménage Deschamps pour la mobilité et le ménage Villeneuve pour le logement.  L’Observatoire et les annexes associées détaillent l’ensemble des hypothèses.
Voiture électrique : Le ménage roule 16 000 km par an. L’investissement dans une voiture électrique prend en compte l’achat d’une prise de recharge rapide. Le crédit est contracté sur une période de 6 ans, avec un taux de 1% correspondant à une nouvelle offre bancaire. Le prix de l’essence utilisé est de 2€/L en 2026.
Pompe à chaleur : le ménage remplace sa chaudière à gaz par une pompe à chaleur, il finance l’investissement avec 5 500 euros de son épargne et un éco-prêt à taux zéro sur 20 ans pour financer le reste. Les analyses sont faites avec le prix repère de vente du gaz de mai pour 2026.

Source : Crise énergétique, évolution des aides : les ménages peuvent-ils passer à l’électrique et rénover leur logement en 2026 ?, I4CE, 2026

 

Des politiques publiques sont donc nécessaires pour garantir les économies dans la durée, et pour rassurer les ménages sur ce point. Les ménages interrogés se disent d’ailleurs en faveur des politiques publiques qui permettent de baisser les coûts d’usage, notamment via les tarifs de l’électricité : 65% des ménages interrogés sont en faveur d’une réduction des taxes sur l’électricité pour baisser le coût de charge des voitures électriques, 54 % en faveur de prix plus bas de l’électricité pour les foyers équipés d’une pompe à chaleur.

 

Ce constat est partagé dans la publication de l’IMT précédemment citée, qui recommande l’élaboration de  « garanties crédibles sur la stabilité des prix (et de la fiscalité) dans la durée », via des dispositifs comme des prix plafonds ou des taxes flottantes.

 

 

 

Résultat #3 : Alors qu’une part significative des ménages ont des doutes sur les bénéfices attendus par le passage à la mobilité électrique ou l’installation d’une pompe à chaleur, ces technologies sont approuvées par leurs utilisateurs. Les politiques publiques qui permettent l’expérimentation par les ménages sont donc particulièrement pertinentes.

 

Les opinions sur la voiture électrique et sur les pompes à chaleur sont globalement assez floues. Sur différentes questions posées sur les pompes à chaleur, le sondage effectué par Verian montre une part importante de ménages qui n’ont pas d’avis tranché ou qui répondent ne pas savoir, notamment sur le fait que les pompes à chaleur permettent de faire des économies (par exemple 47% des personnes interrogées n’ont pas d’opinion, ou ne savent pas si les pompes à chaleur les aideront à réduire leurs factures à court terme),  ou encore sur le fait que le déploiement des pompes à chaleur permet de réduire la dépendance de la France aux importations de combustibles fossiles (38%), a une contribution positive à la lutte contre le changement climatique (45%), ou a un impact positif sur l’économie et l’emploi (51%).

 

L’étude de l’IMT citée précédemment relève également que la voiture électrique fait face à des incertitudes chez les ménages, notamment quant à son impact écologique par rapport à une voiture thermique, ou au sujet de la fiabilité des batteries, ou des bénéfices économiques attendus.

 

De manière intéressante, les ménages qui possèdent une voiture électrique ou une pompe à chaleur en ont pour le coup une opinion très favorable : alors que 27% des ménages interrogés par Verian envisagent l’électrique pour leur prochain achat automobile, ils sont 85% parmi ceux qui possèdent déjà une voiture électrique. Ils sont également 85% à se considérer mieux protégés que les autres face à la hausse des prix actuelle. Côté pompes à chaleur, 80% des ménages équipés d’une pompe à chaleur envisagent de la remplacer par une autre pompe à chaleur quand il faudra la remplacer (contre 37% qui envisagent d’investir dans une pompe à chaleur parmi l’ensemble des ménages interrogés).

 

Il est donc utile de mettre en place des politiques publiques pour permettre l’expérimentation des ménages, afin qu’ils puissent se faire une idée pratique sur les voitures électriques ou les pompes à chaleur. Un dispositif comme le leasing social, qui permet de rendre accessible et de tester une voiture électrique pendant 3 ans, est donc particulièrement pertinent et il serait intéressant d’augmenter le nombre de bénéficiaires. Des mesures comme les objectifs de verdissement des flottes professionnelles, participent également à l’expérimentation par les ménages. D’autres dispositifs pourraient être soutenus avec cet objectif, comme la mise en place d’un droit à l’essai, à organiser avec des acteurs privés (concessionnaires, loueurs de véhicules, grande distribution) ou encore des dispositifs d’autopartage de véhicules électriques organisés par les collectivités territoriales.

 

 

Ce sondage a été réalisé par l’Institut Verian sur un échantillon de 1 000 répondants, représentatif de la population de la France âgée de 18 ans et plus. La représentativité a été assurée par la méthode des quotas, selon le sexe par âge, la catégorie socioprofessionnelle et la région. L’ensemble des résultats pour la France est disponible à cette adresse.

Ce sondage a été réalisé simultanément dans 6 pays : Royaume-Uni, Pologne, Allemagne, Italie, Espagne et France. I4CE analyse les résultats pour la France, ce qui permet d’alimenter les travaux sur l’accessibilité de la transition avec des informations sur les opinions des ménages.

Pour aller plus loin
  • 20/06/2025
    Les classes moyennes ont-elles (enfin) accès à la transition ?

    « La transition écologique est un luxe réservé aux riches », « elle n’est pas accessible à la majorité des Français ». Qui n’a pas pensé ou entendu cela lors d’une discussion sur les politiques climatiques ?  Acheter un véhicule électrique ?  C’est 10 000€ de plus qu’une voiture thermique. Remplacer son chauffage au gaz par une pompe à chaleur ? 15 000€. Rénover en profondeur son logement ? 50 000 € … Mais la transition écologique est-elle vraiment inaccessible économiquement pour les classes moyennes ?  Pour répondre à ces questions et éclairer le débat sur les aides publiques pour les ménages, I4CE publie sa deuxième édition de l’Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique.

  • 20/06/2025 Billet d'analyse
    Quatre leviers pour relancer l’électrification des véhicules

    Dans ce billet, nous revenons sur les politiques mises en place au cours des dernières années pour favoriser le déploiement des véhicules électriques, et sur les limites qu’elles rencontrent. Nous identifions quatre leviers à actionner pour éviter l’impasse : poursuivre l’électrification des flottes professionnelles, maintenir la réglementation sur les constructeurs, stabiliser le bonus écologique et ne pas le débudgétiser, et enfin augmenter l’ambition d’un leasing social réformé pour les ménages modestes et les classes moyennes.

  • 20/06/2025
    Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique pour les ménages, édition 2025

    L’Accessibilité des ménages est également un des grands enjeux de ce PLF. Dans l’édition de cette année, nous avons évalué les indicateurs de manière rétrospective afin d’identifier les facteurs qui ont amélioré – ou détérioré – l’accessibilité économique des solutions de transition sur les dernières années. Les progrès des dernières années résultent surtout de l’augmentation des aides et ont à l’inverse été freinés par la hausse du coût des rénovations et des véhicules électriques. Alors que certains investissements ne sont toujours pas accessibles aux ménages modestes et aux classes moyennes, il y a un risque que le budget 2026, qui s’annonce de nouveau très contraint, ne détricote les améliorations récentes. 

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