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Cap vers 2030 et au-delà : la nécessaire budgétisation de la transition climatique européenne

5 septembre 2025 - Édito de la semaine - Par : Dorthe NIELSEN

Le prochain budget à long terme de l’UE nous mènera jusqu’aux objectifs de 2030, date à laquelle ses émissions de gaz à effet de serre devront avoir diminué de 55 % par rapport à 1990. Il définira également le cadre d’investissement nécessaire à la neutralité climatique du continent, en vue des objectifs pour 2040 en cours de négociation. Ainsi, il y avait de bonnes raisons d’examiner de près la proposition de la Commission européenne pour le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de 2 000 milliards d’euros, dévoilée juste avant la pause estivale. Il s’agissait notamment d’évaluer sa capacité à répondre aux enjeux liés au déficit d’investissement climat européen.  

 

Atteindre les objectifs climatiques de l’UE pour 2030 nécessite un investissement annuel de 842 milliards d’euros dans l’ensemble de l’économie européenne. Le rapport de référence d’I4CE sur l’ « État des lieux des investissements climat en Europe », constate que nous sommes loin du compte, avec un déficit d’investissement actuel de 344 milliards d’euros. De même, l’Observatoire européen de la neutralité climat (ECNO) conclut, dans son rapport de 2025, qu’un effort supplémentaire est nécessaire pour mettre en place les conditions indispensables à la transition climatique, en particulier en matière de financement.

 

Avec une architecture repensée du CFP, la Commission envoie un message clair : il faut dépasser le statu quo. Les Plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR) proposés exigeront des États membres qu’ils élaborent des plans de réforme et d’investissement, en cohérence avec les Plans nationaux énergie-climat (PNEC). Cela indique une volonté accrue de faire converger l’ambition politique avec l’évaluation des besoins d’investissement et les plans correspondants.

 

Le très attendu nouveau Fonds pour la compétitivité offre une simplification nécessaire du paysage des financements européens. Toutefois, au-delà de la recherche et de quelques instruments prometteurs, la taille du Fonds reste limitée au regard de ses ambitions. Le recul de l’Europe dans la production de technologies propres et la nécessité d’accélérer la décarbonation de son industrie exigent davantage d’efforts.

 

Alors que les États membres et les institutions de l’UE s’engagent dans de longues négociations sur le CFP, les besoins d’investissements climats de l’Europe continueront probablement à croître. Si le budget de l’UE ne peut pas constituer à lui seul un choc d’investissement, il peut néanmoins jouer le rôle de fer de lance, en orientant les investissements nationaux et privés vers les secteurs clés de la transition écologique. La capacité à concrétiser ce potentiel dépend désormais des États membres. 

 

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