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Les banquiers centraux se mobilisent face aux risques climatiques, en plaidant pour plus de transparence, des stress-tests carbone et une régulation du système financier qui intègre ces risques.

Vendredi 6 avril étaient réunis près de 200 collaborateurs de banques centrales et autorités de supervision financière, à l’initiative de la Banque centrale néerlandaise (DNB), la Banque d’Angleterre, la Banque de France et l’ACPR, sous l’égide du Réseau des superviseurs et des banques centrales pour le verdissement du système financier (Central Banks and Supervisors Network for Greening the Financial System). 

Après divers travaux précurseurs menés à l’échelle nationale par la Banque centrale néerlandaise[1], la Banque d’Angleterre[2] et la Banque de France[3] sur l’exposition de leurs secteurs bancaire et assurantiel aux risques climatiques, les banques centrales et superviseurs financiers ont constitué un Réseau d’échange sur les méthodes et bonnes pratiques pour appréhender les risques climatiques. Cette initiative, née lors du One Planet Summit[4] de décembre dernier, devrait donner lieu à un premier rapport en 2019.

L’intégrité du système financier menacée par le changement climatique selon le gouverneur néérlandais

Le lien entre la mission des banques centrales et les enjeux liés au changement climatique n’était pas évident jusqu’à récemment. Pourtant, comme l’expliqué Klaas Knot, gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas (DNB), les banquiers centraux se doivent de garantir les conditions d’une économie prospère et durable et « la prospérité générée aujourd’hui entraine des dommages environnementaux graves qui vont empêcher les générations futures d’atteindre ces mêmes niveaux de prospérité. Le rôle du superviseur est donc de garantir la prospérité aux sociétés d’aujourd’hui et de demain, ce qui implique la prise en compte du long terme et des risques climatiques. » Dans ce contexte, la DNB s’inquiète de « la solidité et de l’intégrité des institutions financières et du système financier tout entier » face au changement climatique.

François Villeroy de Galhau, favorable à une régulation accrue du système financier

A l’instar de son homologue néerlandais, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, considère également que « la stabilité climatique est, sur le long terme, un des déterminants de la stabilité financière ». C’est pourquoi le changement climatique constitue une « nouvelle frontière », et un défi comparable à celui du financement de la croissance et des infrastructures au XIXe ou à la gestion des crises financières au XXe.
Il définit deux axes de priorité pour les années à venir : mesurer les risques de long terme associés au changement climatique et développer les opportunités liées au financement de la transition.
« Les risques physiques sont la source la plus visible et immédiate de risque pour le secteur financier. Les assureurs sont en première ligne, mais les banques peuvent également être atteintes si elles ne sont pas couvertes. » Pour François Villeroy de Galhau, les risques physiques devraient être a minima attentivement surveillés.

Quant aux risques de transition, qui concernent environ 13 % des actifs dans les exercices conduits par les banques centrales française et néerlandaise, ils sont moins visibles et ne se matérialisent pas encore. Cependant « il faut s’y préparer car tout le monde ne pourra pas se ‘délester ‘ de ses expositions au même moment et sur le même mode ».

L’objectif pour la Banque de France et les superviseurs du Réseau est donc de mieux mesurer et réduire les risques de long terme associés au changement climatique.
En matière de régulation, le gouverneur de la Banque de France a plaidé pour une pénalisation des actifs bruns, « car les risques climatiques de transition vont se matérialiser ».

Pour Mark Carney, il est urgent de passer de l’esprit à l’action pour éviter une déstabilisation de l’ensemble du système financier

Près de trois ans après son discours historique sur les risques climatiques, Mark Carney a réalisé un état des lieux des progrès réalisés depuis l’Accord de Paris, distinguant les transitions en réflexion et en action. Depuis 2015, s’est opérée selon le gouverneur de la Bank of England une transition dans les esprits. Il a par exemple rappelé l’importance de l’engagement pris durant le One Planet Summit par des institutions financières gérant collectivement 80 trillions de dollars d’actifs, de soutenir les recommandations de la TCFD en analysant leur exposition aux risques climatiques et rendant publique cette analyse. « L’accès à ces informations sur les risques climatiques est crucial pour permettre aux marchés financiers une réallocation effective et dynamique des capitaux. »
Reconnaissant l’Accord de Paris comme « une action politique majeure » Mark Carney a néanmoins exprimé ses craintes quant à la trajectoire d’un réchauffement de 2.7°C minimum sur laquelle nous placent les contributions déterminées au niveau nationale (NDCs) actuelles et a rappelé l’urgence d’agir dès maintenant.

Maintenant, il n’y a « plus qu’à » !

I4CE salue les messages portés par ces gouverneurs de banques centrales, qui témoignent d’une volonté des autorités de régulation et de supervision de se mobiliser pour mieux analyser et prendre en compte les risques climatiques. Nous partageons l’analyse d’un besoin crucial pour le secteur financier de mieux comprendre ses expositions aux risques climatiques, et d’ensuite limiter et gérer ces risques.
Nous attendons donc avec impatience les résultats des travaux issus des échanges du Réseau. Et nous nous tenons bien entendu disponibles pour apporter notre expertise aux banquiers centraux et superviseurs.

[1] https://www.dnb.nl/en/binaries/tt_tcm47-338545.pdf

[2] https://www.bankofengland.co.uk/climate-change

[3] https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/File/433386

[4] Conférence internationale visant à mobiliser la finance publique et privée pour la lutte contre le changement climatique




Contact


Julie EVAIN

Chargée de recherche - Finance, investissement et climat

Julie travaille en tant que chargée de recherche du pôle Finance, Investissement, Climat, sur les sujets d’analyse des risques climatiques pour les acteurs financiers. Elle suit également plus largement les enjeux liés à la finance verte et durable et à la réglementation financière.

Diplômée d’un Master en affaires internationales et politiques environnementales à Sciences Po, elle a précédemment travaillé à l’Assemblée Nationale, au sein d’un cabinet de conseil et au Ministère de l’Environnement, où elle a été co-rapporteure du rapport ‘Pour une stratégie française de la finance verte.

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