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En septembre 2019, à New York, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a convoqué un Sommet des Nations Unies pour l’Action Climat afin d’accroître l’ambition et la dynamique de l’action climatique mondiale. Si les résultats du Sommet lui-même – en particulier les annonces des pays – sont considérés comme profondément décevants, il y a néanmoins un certain nombre de points positifs à garder à l’esprit sur le chemin de Santiago. Alice Pauthier et Ian Cochran partagent quatre idées clés.

Les pays doivent faire davantage pour fournir des « visions nationales » de la transition ou « trajectoires » de leur économie vers un développement à faibles émissions de GES et résilient par le biais de contributions déterminées au niveau national (CDN) et de stratégies de long terme.

La force de l’Accord de Paris réside dans le fait qu’il laisse la possibilité à chaque pays de définir sa contribution nationale aux trois objectifs communs de long terme en matière d’atténuation, d’adaptation et de financement. Toutefois, cela exige également qu’ils fournissent une vision ou une trajectoire d’évolution à long terme de leur économie nationale vers un développement durable à faibles émissions de GES et résilient. Il s’agit là d’un changement majeur dans la définition des objectifs et des efforts nationaux en matière de climat – d’une approche descendante à une approche ascendante et dynamique – dans le but de favoriser l’acceptabilité et l’appropriation des objectifs par les gouvernements nationaux. L’Accord de Paris prévoit deux outils pour formaliser cette vision : à court terme des contributions déterminées au niveau national (CDN), qui seront révisées tous les cinq ans, et des stratégies de long terme pour le développement de stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre à moyen et à long terme.

D’une part, le Sommet de New York a été considéré par beaucoup comme une étape clé – et finalement décevante – du premier processus de révision des CDN. En amont du Sommet, Antonio António Guterres avait demandé aux pays « de présenter des plans concrets et réalistes, compatibles avec le dernier rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat sur le réchauffement de la planète de 1,5ºC, pour renforcer leurs contributions déterminées au niveau national d’ici 2020, réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 45 pour cent au cours de la prochaine décennie et atteindre un niveau de production net nul d’ici 2050 ». Toutefois, les résultats d’ensemble ont été décevants car seuls 75 pays – couvrant une part relativement faible des émissions mondiales – ont annoncé leur intention de réviser et d’accroître l’ambition de leurs CDN ; et un certain nombre de pays ne réviseront peut-être pas à la hausse l’ambition de leurs CDN (cf. figure 1). Les débats du Sommet ont fait ressortir la nécessité croissante pour les pays non seulement de prendre des mesures pour accroître leur ambition, mais aussi d’avancer dans la mise en œuvre des CDN – en particulier via l’intégration des considérations climatiques dans les politiques nationales et l’élaboration des plans d’investissement nécessaires.

Figure 1 : Bilan mondial des intentions à l’horizon 2020 réalisé par le PNUD et la CCNUCC pour le Sommet

Source: NDC Global Outlook Report 2019, PNUD et CCNUCC, 2019

D’autre part, la progression des stratégies de long terme est positive et doit être poursuivie et intensifiée afin que tous les pays en aient une avant la fin de 2020. Les stratégies de long terme peuvent être un outil clé dans la transformation des économies et des sociétés et peuvent éviter les risques de blocage des émissions ou de maladaptation. La recherche et les pratiques émergentes ont effectivement mis en lumière que l’adoption d’objectifs successifs de court terme pouvaient empêcher l’économie d’atteindre ses objectifs de long terme du fait l’inertie de l’économie. Ces outils semblent donc nécessaires pour définir des plans d’action à court terme conformes aux objectifs à long terme. Avant le Sommet, le Rapport sur les perspectives mondiales 2019 des NDC indiquait que 12 pays ont soumis des stratégies de long-terme à la CCNUCC depuis 2016, 53 pays en préparent actuellement, et 44 autres prévoient d’en faire, couvrant 86 pour cent des émissions mondiales de GES. C’est prometteur, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour que tous les pays respectent l’échéance de 2020.

Il n’est plus question de réductions incrémentales des émissions de GES, mais de la transformation du système et de la décarbonisation à long terme de nos économies et de nos sociétés.

Le Sommet a fourni un signal clair et nécessaire selon lequel l’atténuation du changement climatique va maintenant au-delà de l’atténuation « à moindre coût » et qu’une transformation de l’économie mondiale et de la société vers une décarbonisation à long terme est nécessaire.  Cela a été renforcé par bon nombre d’engagements pris au cours du Sommet ou en marge de celui-ci, qui ont souligné l’importance de mettre l’accent sur la contribution des mesures à court terme à la réalisation des objectifs climatiques à long terme :

En outre, cette considération émerge dans la réflexion des gouvernements via la définition des stratégies de long terme.

A l’issue du Sommet, il est de plus en plus clair qu’une trajectoire vers la neutralité carbone d’ici 2050 sera la référence sur laquelle ces stratégies seront jugées.

Des progrès ont été réalisés, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour intégrer systématiquement l’adaptation et la résilience dans les processus de planification stratégique et de prise de décisions.

Le mois de septembre a débuté par un appel de la Commission mondiale pour l’adaptation à « prendre des mesures urgentes pour faire progresser les solutions d’adaptation climatique » et à impulser « trois révolutions pour un avenir meilleur » :

  • Une révolution dans la compréhension pour que « la nature et l’ampleur des risques auxquels les sociétés et les économies sont confrontées soit reflétée efficacement dans les décisions ».
  • Une révolution dans la planification afin que les évolutions des conditions climatiques soient systématiquement intégrées dans les décisions structurantes (par exemple d’aménagement) et ce malgré les incertitudes restantes sur leur ampleur, leurs caractéristiques ou leur rythme.
  • Une révolution dans le financement rendue possible par la démonstration qui est faite qu’investir dans l’adaptation est économiquement avantageux. Il est nécessaire de mobiliser des ressources suffisantes pour une action à l’échelle de l’enjeu et d’intégrer le paramètre climatique le plus en amont possible des décisions d’investissement.

Lors du Sommet, un certain nombre de nouveaux engagements ont été pris en matière d’adaptation et une série d’acteurs ont manifesté un vif intérêt pour une intensification de l’action. Dans le secteur financier, on note notamment le lancement des « Climate Resilience Principles » par la Climate Bonds Initiative (CBI), de la publication pour consultation d’un nouveau « Cadre de mesure de la résilience aux changements climatiques dans les interventions financières » conjoint entre les banques multilatérales de développement et l’International Development Finance Club (IDFC).et le lancement de la « Coalition for Climate Resilience Investing », qui rassemble plus de 30 acteurs. Toutefois, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour placer l’adaptation au centre du processus décisionnel.

Les acteurs économiques et financiers qui se sont engagés à aligner leurs activités avec les objectifs de l’Accord de Paris doivent maintenant mettre en œuvre cet engagement et rapidement.

Le terme « alignement » avec les objectifs de l’Accord de Paris a été entendu dans de nombreuses discussions qui ont eu lieu tant au Sommet qu’en marge de celui-ci. Au sein du secteur financier, l’attention portée à l’alignement s’appuie sur l’engagement pris par les institutions financières de développement lors du Sommet One Planet en 2017 et par un groupe d’institutions financières commerciales lancé à la COP24 qui s’est élargi lors du Sommet. A New York, l’alignement a été au cœur d’un nombre croissant d’initiatives, telles que la Net Zero Asset Owner Alliance, récemment lancée, les « Principles for Responsible Banking » de UNEP FI et le « Partnership for Carbon Accounting Financials » (PCAF), ainsi que des nouveaux engagements des banques multilatérales de développement et du réseau IDFC.

Les approches d’alignement varieront, car les institutions peuvent être engagées dans différents types de secteurs d’activité qui peuvent avoir des objectifs commerciaux ou axés sur l’impact. Néanmoins :

  • Nombreux sont ceux qui seront appelés à contribuer directement à la réalisation des objectifs climatiques à long terme ;
  • Tous devront gérer les risques et les opportunités associés à la transformation de l’économie et de l’environnement financier ; et
  • Tous devront tenir compte des changements climatiques physiques et y réagir.

Pour tous les acteurs, l’alignement exige qu’ils réduisent et arrêtent les activités incompatibles avec ces objectifs et qu’ils contribuent autant que possible à un développement à faibles émissions de GES et résilient.

Avant le Sommet, I4CE a publié un cadre pour l’Alignement avec l’Accord de Paris, qui spécifie trois dimensions. S’appuyant sur une analyse de la manière dont l’Accord de Paris a recadré l’action climatique en mettant l’accent non plus sur l’augmentation progressive à court terme des mesures d’adaptation et d’atténuation, mais sur la transformation à long terme des économies et des sociétés, le cadre d’alignement de I4CE exige que les institutions alignées cherchent à contribuer aux objectifs de l’Accord à travers toutes leurs activités en prenant en compte les objectifs de long-terme et les trajectoires nationales.

Figure 2 : La cible de l’Alignement : soutenir activement les transformations nationales et internationales à travers toutes ses activités

Sur la route de New York à la COP25 de Santiago, les discussions sur ces quatre sujets se poursuivront et nous pouvons espérer que ce qui a été perçu comme un échec collectif sera rectifié au Chili en faveur d’une ambition réelle. L’espoir est grand qu’à Santiago les pays réviseront à la hausse l’ambition de leurs CDN et présenteront des stratégies de long terme qui mettent l’accent sur la nécessaire transformation de nos économies et sociétés, pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.




Contact


Alice PAUTHIER

Chargée de recherche - Finance, investissement et climat

Les domaines de recherche d’Alice portent sur la prise en compte du climat par les institutions financières. Elle participe aux missions attribuées à I4CE en tant que Secrétariat de l’initiative ‘Climate Action in Financial Institutions’.
Avant de rejoindre l’équipe d’I4CE, Alice a travaillé au sein de l’ONG de développement Electriciens sans frontières et a été un membre actif du bureau de l’association CliMates. Elle est diplomée d’un Master en Energie, Finance, Carbone de l’Université Paris Dauphine et d’un Master en Géoéconomie d’IRIS Sup et de Grenoble Ecole de Management.

Dr. Ian COCHRAN

Conseiller senior Investissement

Ian Cochran est Conseiller senior investissement chez I4CE où il encadre les travaux de ce think tank sur les thèmes de l’investissement, du climat et de la Finance. Depuis presque dix ans, Ian travaille dans le domaine du climat et de la politique environnementale. Son expertise se concentrant sur l’intégration du changement climatique dans la prise de décision et la gouvernance institutionnelle. Il soutient le travail de son équipe sur un large éventail de sujets liés à l’investissement, y compris le rôle des institutions financières publiques dans la transition au bas carbone; l’intégrité environnementale des produits financiers; la perception du risque climatique par les acteurs financiers; les flux financiers nationaux et internationaux liés au climat ; et l’alignement du financement du développement et les objectifs à long terme du changement climatique. Ian est titulaire d’un doctorat en sciences-économiques de l’Université Paris-Dauphine, d’un Master d’Affaires Publiques à  Sciences-Po Paris et d’un Bachelor (BA) d’études politiques de Syracuse University (Etats-Unis). Avant de rejoindre I4CE, il a travaillé à l’Organisation pour la coopération économique et le développement (OCDE). En 2015, Ian a participé en tant que co-rapporteur à l’élaboration du rapport pour la Présidence Française sur la finance climat innovante « Mission Canfin-Grandjean). Ian enseigne également dans plusieurs masters à Sciences Po- Paris et l’Université Paris-Dauphine.

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