Stress tests climat : quels co-bénéfices pour le financement de la transition

30 mars 2023 - Étude Climat - Par : Clara CALIPEL / Louis FIDEL

Depuis leur mise en place, les stress-tests climatiques ont pris une place importante dans le débat public. Mis en avant par les superviseurs et le NGFS, leur premier objectif est principalement d’inciter les banques à intégrer les risques liés au climat dans leurs activités, et de réaliser une première évaluation de la capacité des banques à faire face à ces risques.

 

Le débat public autour des stress-tests climatiques s’est rapidement centré autour des difficultés méthodologiques à développer un cadre d’analyse des risques climatiques ou autour de l’élaboration de scénarios de transition appropriés. Cette étude a souhaité s’éloigner de ces débats traditionnels en étudiant un autre aspect que les stress-tests climatiques pouvaient apporter. Au-delà de leur apport en termes d’évaluation de l’exposition des institutions financières aux risques liés au climat, et bien que ce ne soient pas leurs objectifs initiaux, les stress-tests climatiques pourraient en effet avoir des impacts indirects sur le financement de la transition.

 

Dans ce rapport, I4CE cherche à identifier les potentiels co-bénéfices qu’ont pu avoir les stress-tests climatiques sur le financement de la transition, ainsi que leurs limites à cet égard. Elle s’est appuyée pour cela sur une analyse ex-post des premiers enseignements tirés par les banques française et les superviseurs de la réalisation de ces exercices.

 

L’étude analyse l’impact des stress-tests climatiques tout au long de leur processus, de leur mise en œuvre aux conséquences qu’ils peuvent avoir en termes de réflexions stratégiques et de prises de décisions sur le financement de la transition.

 

Le bénéfice majeur du stress-test climatique : un processus mobilisant les équipes internes des banques et les superviseurs autour des enjeux liés au climat

Les réalisations successives des stress tests climatiques mis en place par les superviseurs sur les banques françaises ont été d’une grande utilité pour permettre l’intégration de ces enjeux dans les processus organisationnels des banques. En effet, ces exercices ont conduit à la mise en place d’un certain nombre de formations sur les enjeux climatiques au sein des équipes bancaires, ils ont renforcé la coordination entre les équipes et ont généré une mobilisation importante de ressources financières et humaines sur ces sujets. Ces exercices ont également permis aux superviseurs du système financier d’accroître leur expertise sur les enjeux climat.

 

Or, plus les équipes bancaires sont formées et coordonnées sur le sujet, et ce du comité exécutif de la banque aux équipes opérationnelles, plus elles pourraient potentiellement être à même de prendre des décisions en faveur du financement de la transition.

 

Il convient cependant de noter que si ces conditions sont nécessaires à l’élaboration de stratégies pertinentes pour les banques, elles ne sont pas forcément suffisantes pour réellement déclencher une réorientation de leurs flux d’investissements en faveur de la transition. Cela dépendra suite à cela de leur volonté à effectivement adapter leurs stratégies de financement en faveur de la transition.

 

Les stress-tests climatiques ont en revanche permis une analyse parcellaire des enjeux liés au climat, modérant ou limitant les co-bénéfices de ces exercices sur le financement de la transition

Ces exercices ont tout d’abord obligé les banques à collecter un certain nombre de données climat sur leurs contreparties. Ces processus de collecte se sont révélés d’une utilité partielle selon les types de données demandées. La collecte demandée des Diagnostics de Performance Energétiques (DPE) des bâtiments des contreparties des banques, par exemple, est essentielle si les banques souhaitent participer au financement de la transition dans le secteur immobilier. En revanche, la collecte de données sur les émissions de gaz à effet de serre des principales contreparties des banques devrait avoir un impact limité sur le financement de la transition. Ces données ne donnent en effet pas d’aperçu sur le potentiel de transition des contreparties et ne permettent pas d’estimer les besoins de financement associés.

 

Les analyses découlant des exercices de modélisation ont également eu un impact limité sur la capacité des banques à financer la transition. Ils ont effet présenté de nombreuses difficultés à évaluer l’impact de la transition dans l’économie réelle et ne sont pas suffisamment parvenus à appréhender les dynamiques de transition et les différentes chaines de transmission des risques. La compréhension de ces spécificités est pourtant primordiale pour permettre aux banques de prendre des décisions en faveur de la transition en conséquence.

 

 

Les stress-tests climatiques ont ainsi joué un rôle limité dans le développement des stratégies climat et dans les processus de décision des banques.

Bien que les stress-tests climatiques aient engendré quelques réflexions stratégiques chez les banques, notamment sur leur positionnement, ils n’ont pour l’instant pas abouti des changements majeurs dans leurs processus décisionnels sur les questions de financement de la transition. Les banques n’ont en effet pas adapté leurs critères de financement ou d’investissements à la suite de ces exercices.

 

Cela s’explique principalement par le fait que les banques ne considèrent pas les résultats des stress tests climatiques comme suffisamment fiables pour être intégrés dans leurs processus décisionnels. La difficulté des exercices à démontrer la matérialité financière des risques liés au climat, notamment à cause des incertitudes liées à la modélisation des scénarios de transition adverses et de leurs impacts, entrave pour l’instant l’utilisation directe de ces résultats dans les décisions d’investissement et de financement des banques.

 

Les stress tests climatiques peinent également à démontrer la matérialité environnementale des contreparties des banques, notamment parce qu’ils ne permettent pas de différentier les entreprises qui possèdent un plan de transition crédible de celles qui n’en ont pas. Ce phénomène ralentit de même la volonté et la capacité des banques à financer la transition.

 

Par conséquent, même s’il est encore trop tôt pour estimer l’ensemble des impacts indirects que les stress tests climatiques pourraient avoir au fil du temps, il semble peu probable qu’ils parviennent à eux seuls à déclencher une réelle réorientation des flux d’investissements en faveur de la transition. Pour atteindre cet objectif, ces derniers devraient être accompagnés d’autres instruments réglementaires plus à même de permettre aux banques de comprendre les dynamiques de transition de leurs contreparties. Les plans de transition bancaires pourraient être une solution efficace à cet égard. En s’appuyant sur les plans de transition de leurs contreparties, ils pourraient permettre aux banques de mieux comprendre où se situent leurs contreparties dans les trajectoires de décarbonation et les besoins d’investissements associés. Ils permettraient ainsi de lever les freins au financement de la transition, freins que les stress-tests ne parviennent aujourd’hui pas suffisamment à lever.

 

 

Ce projet a été financé par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne, sous la convention de subvention N°101003884.

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