Pour une véritable souveraineté agricole et alimentaire, une planification des investissements est incontournable
Les secteurs agricoles et alimentaires traversent une importante crise de leur balance commerciale. En 2025, les importations nettes ont atteint des niveaux particulièrement élevés, et inédits parfois depuis plusieurs décennies. Pour corriger le tir, des conférences de la souveraineté alimentaire seront organisées en 2026, et des premières annonces sont attendues au Salon international de l’agriculture qui s’ouvre demain à Paris. Si l’intention est largement compréhensible, les réponses apportées risquent d’être les mêmes que ces deux dernières années : lever les contraintes à la production, pour produire plus de tout (productions animales et végétales), afin de récupérer des parts de marché. Est-ce réaliste ?
Pas vraiment, car cette réponse fragiliserait davantage notre indépendance stratégique. Produire plus de tout implique d’importer plus de produits stratégiques tels que les engrais ou les tourteaux, déjà largement importés, et souvent en dehors de l’Union européenne. La transition écologique, largement délaissée ces dernières années (notamment dans le budget de l’État), permet pourtant de réduire ces importations. Les conférences de la souveraineté alimentaire doivent intégrer les impératifs d’indépendance stratégique, d’adaptation au changement climatique, et de transition écologique, sans quoi elles rateraient leur objectif.
Ces impératifs nécessitent des investissements dans les secteurs agricoles et alimentaires. D’après I4CE, environ 100 milliards d’euros d’actifs (bâtiments, matériels, plantations) actuellement dédiés aux productions agricoles et alimentaires sont concernés par des besoins d’investissements ou des risques de perte de capital. Pour réellement mettre en œuvre la transition, et pour limiter les coûts associés, une planification et une coordination des investissements est indispensable. Une feuille de route par filière et par territoire, guidant les investissements agricoles et alimentaires à venir dans une logique de résilience et de préservation de capacités de production : voilà ce à quoi pourraient utilement aboutir les conférences de la souveraineté alimentaire.
