Mis à jour le 29 septembre 2026

Publié le 29 septembre 2026

Temps de lecture : 9 – 10min

Responsable thématique – Adaptation au changement climatique

Chercheur – Adaptation au changement climatique

Qu’est-ce que c’est ?

Le 3ème Plan national d‘adaptation au changement climatique (PNACC3) publié en 2025 invite à considérer l’hypothèse d’un réchauffement de +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100 en France hexagonale. En revanche il ne définit pas de chemin unique d’adaptation qui déterminerait complètement comment on choisit de se préparer à ces niveaux de réchauffement : quel risque on accepte, ce que l’on veut à tout prix préserver, ce que l’on accepte de transformer et quelles options d’adaptation on privilégie. Il ouvre les questions et initie les premières étapes concrètes pour y répondre.

Au moment de la publication de ce plan il n’était donc pas possible de chiffrer les besoins d’investissement pour l’adaptation en France, tout au plus d’évaluer des ordres de grandeur pour certains secteurs.

Depuis, le sujet a mûri et on commence à voir de nombreux acteurs (comme l’Union Sociale pour l’Habitat, la Fédération Hospitalière de France ou certains gestionnaires d’infrastructures) publier des estimations des besoins d’adaptation dans leur secteur ainsi que de premiers programmes d’actions associés à des plans d’investissement.    

Le débat peut donc enfin s’ouvrir sur le niveau des investissements à programmer pour mieux se préparer aux impacts du changement climatique, sur qui doit porter ces investissements et sur les meilleures façons de les financer. Si certains besoins paraissent incontournables, d’autres impliquent des choix politiques forts qui ne se feront pas sans délibérations démocratiques. 

Pourquoi c’est important ?

Au sortir de l’été 2026 – particulièrement éprouvant sur le front de la chaleur, des feux de forêt et de la sécheresse – plus de 9 Français sur 10 considèrent l’adaptation comme un enjeu important ou prioritaire pour l’avenir du pays. Ce constat, partagé quelle que soit la sensibilité politique, se heurte (pour 8 habitants sur 10) à la crainte de voir la question de l’adaptation passer au second plan des préoccupations politiques une fois l’été passé.  

Comment se positionner ?

I4CE invite donc les responsables politiques à se positionner à partir des données mises à disposition en affichant leurs priorités et en expliquant comment ils comptent répondre à chaque enjeu : 

Pour les logements, des outils existent pour bâtir des indicateurs sur les conditions d’habitabilité des logements en été  :

  • Quelles priorités d’intervention ?
    Ex.  Cherche-t-on à adapter toutes les écoles ? Uniquement celles qui ont dû fermer cet été ? Celles qui sont identifiées comme vulnérables à terme ?
  • Quel niveau d’ambition pour l’adaptation ?
    Ex. Souhaite-t-on garantir un accueil des élèves normal quelles que soient les conditions climatiques (et donc accepter les investissements associés) ? Se limite-t-on à un accueil minimal en cas d’évènements extrêmes ? 
  • Quelles modalités d’adaptation privilégier lorsque plusieurs options se présentent ?  
    Ex. Quels gestes simples généraliser (ex. brasseurs d’air, protections solaires) ? Dans quelles conditions particulières envisager de recourir à la climatisation ?
  • Quel modèle de prise en charge ? 
    Ex. Quelles situations justifient une intervention publique ? Comment la cibler ? Quel soutien de l’État aux collectivités ? Quelles modalités de financement privilégier ? 

Disposer d’une vision consolidée des besoins est essentiel pour sortir des réponses partielles et d’une logique au coup par coup dans laquelle les priorités d’une saison sont oubliées quand les premiers problèmes de la suivante arrivent. Une vue d’ensemble est nécessaire pour prioriser et faire des choix cohérents et à l’échelle des enjeux. Cela est d’autant plus important qu’un projet d’adaptation est nécessairement plus que la somme d’actions sectorielles. C’est bien d’une vision d’aménagement, de développement économique et de sécurité des populations qu’il s’agit de débattre. Des efforts réalisés dans un domaine peuvent renforcer ceux réalisés dans un autre, par exemple des peuplements et des paysages forestiers mieux adaptés permettront de réduire la pression sur les moyens des pompiers. 

C’est la raison d’être du tableau ci-dessous. Celui-ci n’est pas une estimation exhaustive du coût de l’adaptation pour la France mais une carte des plats pour composer le menu d’adaptation du prochain quinquennat. Il reprend un certain nombre de propositions, assume des hypothèses sur ce qu’il est possible de faire pour mieux s’adapter en plus de l’effort déjà consenti (détaillé ici). Ces propositions sont formulées comme base de discussion sans prétendre être les seules manières possibles de répondre aux enjeux.

Chiffres clés

Tableau 1 – Actions à engager pour constituer un plan d’investissement pour l’adaptation dont les priorités, modalités et montants doivent désormais être au centre de choix politiques

320

?

En prenant en compte un surcoût de 10 % pour l’adaptation dans les 2,7md€/an d’investissements annuels dans la rénovation énergétique des écoles (soit +270M€/an) ;
En dédiant 50M€/an pour un plan d’urgence pour les écoles les plus vulnérables (en considérant 13 500 écoles à enjeu prioritaire et 20 000€ par école sur 5 ans).

Investissement des collectivités dépendant de leur épargne disponible, de leur capacité d’endettement (facilitée par les offres de prêts à long terme) et soutenu par des dispositifs ciblés (Fonds Vert, DSIL, DETR).  

+ soutien en aide directe nationale aux phases de diagnostic et aux actions d’urgence spécifiquement dédiées à l’adaptation. 

1 000

2 500

L’IGAS estime les besoins de rénovation énergétique des établissements de santé entre 1 et 2,5 mds€/an entre 2025 et 2050. Compte tenu du flux actuel très faible de rénovation énergétique, nous considérons qu’un fort amorçage de cette politique est nécessaire pour répondre aussi aux enjeux d’adaptation – en plus des actions dédiées aux situations urgentes. En suivant cette approche la FHF propose la création d’un « fonds vert » à hauteur d’1 md€/an à destination de ces établissements pour répondre à ce besoin.  

Investissements des établissements publics de santé soutenus par des dispositifs nationaux (ex. plan d’investissement post Ségur de la Santé). Ils dépendent aussi de la capacité d’endettement (facilitée par les offres de prêts à long terme). 

3200

3 200

Nous retenons le chiffre de la Fondation pour le logement (2025) qui estime à 48,2 mds€ d’ici 2040 (3,2 mds€/an) le besoin pour un plan d’adaptation autonome (brasseurs d’air et protections solaires) de l’ensemble du parc de logements. Ce chiffrage reste cohérent avec l’évaluation récente (sept. 2026) de l’USH du besoin pour l’adaptation du parc social estimé à 8,6 mds€ au total. 

À noter qu’une partie des besoins identifiés spécifiquement pour l’adaptation par la Fondation pour le logement pourrait être intégrée directement dans les projets de rénovation, le montant total restant alors inchangé. 

Pour le logement privé : investissement des ménages soutenus par des dispositifs d’aides (TVA 5.5 ; MaPrimeRénov ; CEE ; éco-PTZ).  Adaptation à intégrer dans les dispositifs existants, d’une part en conditionnalisant les aides et d’autre part en créant des aides dédiées. 

Pour le logement social : investissements des bailleurs soutenus par des dispositifs nationaux (FNAP), les collectivités territoriales et des capacités d’endettement de long terme.

50

?

La logique retenue est celle de l’extension de l’enveloppe d’expérimentation de 30 m€ en 2026 : la CCR propose de la fixer à 50M€/an.  

À noter que ce premier besoin de prévention est loin d’épuiser la totalité du sujet. Néanmoins, compte tenu de la maturité des solutions et des initiatives de recherche en cours, il apparait difficile de proactivement soutenir un grand plan d’investissement pour 2027.  
Le sujet du stock de maisons déjà sinistrées mais jamais indemnisées doit aussi être abordé :  le coût total d’un rattrapage d’indemnisation représenterait entre 2,6 et 5,4 mds€.

Investissements portés par les ménages soutenus par des subventions publiques nationales.   

Pour l’indemnisation d’un éventuel rattrapage, différentes répartitions ont été proposées dans les débats sans consensus à ce stade (entre État, assureurs, assurés etc.)

460



?

En se basant sur le mécanisme liant historiquement le Fonds Barnier et le niveau de surprime CatNat (rehaussé en 2025), parlementaires et experts de l’assurance préconisent de rehausser le Fonds Barnier à hauteur de 450 M€ puis 520 M€ par rapport aux 300 M€ actés en 2025 (soit +220 M€). En considérant l’effet de levier de ce fonds (1,10 € investi pour chaque euro du fonds Barnier), le besoin minimal additionnel est estimé à 460M€.

Investissements portés par les collectivités et leurs établissements publics, contractualisés au niveau national (PAPI) dont la maquette financière repose sur de nombreux acteurs (commune, EPCI, département, Région, Agences de l’eau, État, FEDER, CDC, etc.).  

Le soutien de l’État est principalement engagé via le Fonds Barnier (programme budgétaire 181).

500

?

On ne dispose pas à date de trajectoires de besoins d’investissement communiquées par les gestionnaires d’infrastructures.  À défaut, estimation minimale approximative à dire d’experts à partir des besoins de renouvellement et de modernisation connus pour les réseaux nationaux seulement (probable sous-estimation). À noter que le besoin final dépendra avant tout des niveaux de service cibles que l’on décide de fixer en tenant compte des conditions climatiques. 

Investissement des gestionnaires d’infrastructures (DIR, concessionnaires, SNCF, VNF) Identique au modèle de financement classique de chaque infrastructure. 

200

Ensemble RTE et ENEDIS estiment les besoins d’investissements additionnels pour le renouvellement et l’adaptation au changement climatique du réseau à 200 M€/an pour atteindre 2,3 mds€/an en moyenne contre 2,1 mds€/an actuellement.   

Les investissements sur le réseau électrique portés par RTE et ENEDIS sont principalement financés via le tarif d’utilisation du réseau public d’électricité (TURPE) fixé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et le recours à des emprunts à long terme. 

450

Pour adapter son outil de production au réchauffement climatique, EDF va investir 8,7 mds€ d’ici à 2040. Soit environ 600 M€ par an, contre 150 M€ actuellement. Ce plan concerne le nucléaire, le parc hydroélectrique et les territoires insulaires, particulièrement vulnérables. 

Les investissements pour l’adaptation sont portés directement par EDF par le modèle de financement classique du système de production reposant notamment sur des emprunts garantis.

?

700 – 1700

InfraNum et la Banque des Territoires (2023) avaient chiffré entre 7 et 17 mds€ le scénario maximaliste d’enfouissement de tous les réseaux de fibre optique. Ce scénario lissé sur 10 ans constitue ici l’hypothèse maximaliste retenue. L’enfouissement généralisé est cependant jugé non pertinent par une partie des acteurs du secteur qui privilégieraient des interventions plus ciblées et des capacités de réponses rapides en cas d’évènements (CNSP 2026). 

Investissements des opérateurs télécom avec une forme de péréquation et des soutiens publics pour les zones les moins denses. Une partie des besoins d’adaptation pourrait être financée via des prêts à long terme.

1000

3000

L’UIE (2022) estime le déficit d’investissement annuel dans le patrimoine lié à l’eau et en particulier dans la rénovation des réseaux entre 1 et 3 mds€. La pression sur la ressource en eau renforcée par le changement climatique devient une des principales motivations pour combler ce déficit. 

Investissements des collectivités locales pouvant être financés par des offres de prêts à long terme (ex. CDC – Aquaprêt). Enjeu néanmoins sur le reste à charge. 

250

?

Pour permettre aux Agences de l’eau d’atteindre les objectifs à 2030 du Plan Eau, les moyens financiers additionnels ont été évalués à +475 M€/an par rapport à 2022 (Gouvernement 2023). Une première hausse a été actée en 2024, mais la seconde de +175 M€ prévue en 2025 a été repoussée et le besoin reste d’actualité. En considérant un co-financement de 70 %, nous retenons un besoin additionnel minimal à 250 M€/an. Les investissements soutenus par les Agences de l’eau ne représentent qu’une part minoritaire des investissements dans le secteur de l’eau (même hors service public de l’eau), d’autres étant portés pour compte propre par les agriculteurs ou les industriels. La hausse de leur budget ne devrait donc représenter qu’une fraction de l’effort d’ensemble. 

Des investissements portés par les collectivités (au titre de la compétence GEMAPI) mais aussi par les agriculteurs, les industriels, des acteurs comme VNF ou EDF et les particuliers. Les aides des Agences de l’eau sont issues d’un budget public national alimenté par une évolution des redevances et des plafonds. La part complémentaire du financement est apportée par les maîtres d’ouvrage selon différentes modalités de financement (dont le recours à l’emprunt). 

600

3000+

Des besoins estimés dans une fourchette allant de 0,6 à près de 3 mds€/an, selon les actions envisagées : accompagnement des agriculteurs, besoins supplémentaires en eau, couverture assurantielle des risques (3  mds€/an, CGAAER 2022) ; déploiement ciblé de solutions technologiques sans modification des assolements (1,5 md€/an, FINRES 2024) ; déploiement de leviers agronomiques dont évolution des assolements, technologiques et économiques (16 et 29 mds€ sur la période 2025-2050 pour réduire la vulnérabilité des exploitations, Étude Résilience 2050, Crédit Agricole, In Vivo et al. 2026). Des mesures plus structurantes ou plus transformationnelles (par exemple de recomposition des paysages agricoles, de restructuration des filières) impliqueraient des coûts supplémentaires, notamment à l’amont et à l’aval des exploitations. Les options à privilégier sont alors loin de faire consensus comme l’illustrent les débats sur le stockage de l’eau et l’irrigation.

Outre le recours aux crédits budgétaires nationaux, la principale piste de financement de l’adaptation consiste à réformer la PAC pour une meilleure intégration des enjeux climatiques et un meilleur fléchage des financements associés (Cour des Comptes Européenne 2024). D’autres pistes (comme le recours aux financements bancaires ou le développement de paiements pour services environnementaux) ont été évoquées pour le financement de certaines actions spécifiques. À noter que le financement de l’adaptation de l’agriculture est une question qui doit se poser à l’échelle de toute la chaine de valeur de l’alimentation et inclure l’aval. 

800

1000

Le rapport « Objectif forêt » (CSFB 2023) a évalué les besoins associés au renouvellement de près de 2 Mha concernés par les risques climatiques (principalement incendies et dépérissements liés à la sécheresse). Constatant que le renouvellement habituel n’y suffira pas, c’est un triplement des moyens d’actions qui est, selon les auteurs, nécessaire pour installer des essences adaptées aux climats futurs, en diversifiant les interventions et les modes de sylviculture. Ce vaste programme d’intervention sur plus d’un million d’hectares (hors boisement et hors gestion habituelle) implique un investissement de 8 à 10 mds€. Lissé sur 10 ans, cela représente un besoin d’investissement total pour l’adaptation de 800 M€ à 1 md€/an (à noter que ces dernières années des soutiens à l’investissement nationaux de l’ordre de 100 M€/an étaient disponibles)

Actions mises en œuvre par les gestionnaires forestiers publics (ONF) et privés, financées par des budgets publics nationaux complétés par les investissements des propriétaires forestiers publics (État et communes) et privés (3,5 millions de propriétaires privés). Différents modèles « innovants » mobilisant des fonds privés ont pu être proposés (ex. Label Bas Carbone). 

700

800

Le renouvellement et le renforcement de la flotte nationale aérienne de la sécurité civile peuvent être estimés entre 1,5 et 2 mds€ (soit entre 300 et 400 m€/an). L’IGA (2022) estime des besoins matériels pour les SDIS de l’ordre de 400M€/an. À noter qu’un autre enjeu important concerne les dépenses de fonctionnement (notamment pour les moyens humains des SDIS) avec un besoin de l’ordre d’1 md€/an. 

Moyens nationaux (Budget public national (P151)) et départementaux. Différentes propositions pour augmenter les moyens disponibles ont été formulées dans le cadre du Beauvau de la sécurité civile (ex. hausse de la part de TSCA affectée aux départements). 


— 

(maintien du flux existant) 

?

Les investissements totaux dans des projets soutenus par l’axe renaturation du Fonds Vert atteignent déjà 784 M€ en 2025. Cela semblerait correspondre voire dépasser les besoins documentés par différentes sources (ex. Cour des Comptes 2024, FNTP 2022). Nous retenons donc le besoin de maintenir l’existant pour la fourchette basse. En revanche, les besoins remontés par les acteurs locaux montrent que les investissements nécessaires pourraient être en réalité beaucoup plus importants.

Investissements des collectivités dépendant de leur épargne disponible, de leur capacité d’endettement et soutenus par des dispositifs ciblés (Fonds Vert, DSIL, DETR). À noter que souvent la hausse des dépenses de fonctionnement (entretien) inhérente à ces investissements remonte comme un facteur limitant.

50

?

Le CEREMA a évalué la valeur vénale des bâtiments exposés à l’érosion (1000 bâtiments pour 240 M€ à 5 ans, 6600 bâtiments pour 1,1 md€ à 2050). Le rachat de ces bâtiments (lissé en M€/an) pourrait constituer une première brique d’adaptation qui devra nécessairement être complétée par les coûts de déconstruction et de renaturation. Outre les bâtiments menacés, le coût des opérations de recomposition spatiale – comme celles contractualisées dans le cadre des projets partenariaux d’aménagement – ne fait l’objet d’aucune estimation à l’échelle nationale mais pourrait conduire à des besoins bien supérieurs (ex. sur la seule commune de Seignosse, le montant du PPA en cours est de 15,4 M€). 

La question du rachat éventuel des bâtiments à risque (et le cas échéant à quel prix) fait aujourd’hui débat. Plusieurs options ont été proposées (IGF, CNTC) avec différentes possibilités de mutualisation.  

Le modèle de la recomposition spatiale implique quant à lui (dans la maîtrise d’ouvrage et le financement) les collectivités locales et des promoteurs privés mais ne semble pas pouvoir tenir sans également une intervention de l’État.

Ce tableau est loin d’épuiser l’ensemble des options d’adaptation envisageables. Des investissements de développement économique dans l’adaptation de filières ou le développement de nouvelles filières adaptées (ex. tourisme, agriculture, industrie) ; une accélération du développement des réseaux de froid ; des investissements dans le système de santé ou encore des programmes dédiés à d’autres types de bâtiments prioritaires (ex. les commissariats ou les bâtiments pénitentiaires) pourraient par exemple être considérés, bien qu’ils n’aient pas aujourd’hui fait l’objet de communications ou d’évaluations spécifiques.  

Des dépenses à envisager – mais à cibler au mieux – même dans un contexte budgétaire tendu. L’été 2026 a une nouvelle fois montré que lorsqu’on n’anticipe pas, les coûts deviennent très vite importants pour l’économie française dans son ensemble (l’INSEE estime que les épisodes caniculaires de l’été coûteraient 0,1 point de croissance annuelle en 2026) et pour les finances publiques en particulier. Cela résulte d’un double effet : les pertes de recettes pour l’État automatiquement liées à une baisse de l’activité d’une part, et la tendance à « socialiser » les pertes privées d’autre part via des programmes d’aide attribués dans l’urgence aux secteurs sinistrés (pensons par exemple au plan d’un milliard d’euros annoncé pour l’agriculture à la rentrée). 

Ce qui est décrit ici représente un effort collectif qui ne concerne pas que les acteurs publics. Ces propositions ciblent les domaines où l’investissement pour l’adaptation s’avère bénéfique d’un point de vue socio-économique. Une partie de cet effort sera nécessairement portée ou accompagnée par des fonds publics, émanant de l’État mais aussi des collectivités territoriales, qui ont un rôle clé à jouer. Toutefois, le financement ne reposera pas uniquement sur l’argent public. L’adaptation des bâtiments – même si elle doit dans certains cas pouvoir être accompagnée et soutenue – reposera par exemple aussi sur les propriétaires qui ont tout à y gagner pour maintenir l’habitabilité de leur logement et la valeur de leur patrimoine. De même, les ajustements nécessaires dans l’utilisation et la gestion de l’eau ou la prévention des risques reposent aussi sur les entreprises. 

FAQ

On ne part pas de zéro en matière d’adaptation. L’état des lieux réalisé en 2025 recensait 1,7 milliard d’euros de dépenses dans des domaines d’intervention publique dédiées à l’adaptation en France – sans compter l’effort spécifique des collectivités locales ni les investissements privés. Les propositions formulées dans le tableau ci-dessus insistent sur ce qu’il serait possible de faire en plus de cet effort existant ou pour le prolonger lorsque la pérennité des moyens engagés ces dernières années ne semble pas garantie.  

Par ailleurs, ces investissements dédiés ne constituent que la partie la plus visible des dépenses d’adaptation. La part la plus importante de l’effort passe en réalité par des investissements réalisés d’abord pour d’autres raisons (par exemple pour la modernisation d’infrastructures critiques ou la rénovation thermique de bâtiments) qui – lorsqu’ils tiennent bien compte du contexte de changement climatique – contribuent à renforcer la résilience de l’économie. En matière d’adaptation, faire plus c’est donc souvent d’abord faire mieux et le faire aux meilleurs moments dans les cycles d’investissements déjà programmés. 

Dans une première étude, I4CE avançait en 2022 le chiffre de 2,3 milliards d’euros pour mettre en œuvre 18 propositions concrètes et prêtes à être déployées pour avancer sur l’adaptation. Ces mesures immédiates ne constituaient toutefois que la première étape d’une stratégie à déployer nécessitant des arbitrages. Depuis une partie a été mise en œuvre et le sujet a progressé vers des phases de déploiement d’actions plus structurantes qui expliquent l’évolution. Par ailleurs les 2,3 milliards se concentraient sur l’effort de l’État quand le tableau ci-dessus adopte une perspective plus large. 

Un grand nombre des besoins évoqués repose sur une action directe des collectivités locales (communes et leurs groupements, départements, régions). Les domaines d’action sur lesquels elles interviennent vont de la gestion de l’eau à l’aménagement des espaces publics, en passant par la gestion des transports collectifs, la rénovation des écoles ou encore la prévention du risque inondation.  

Augmenter les budgets locaux dédiés à l’adaptation est un défi qui se pose dans des termes singuliers. Les collectivités locales sont librement administrées et les élus sont seuls responsables de la décision de conduire – ou non – des projets d’adaptation. Le début de mandat est souvent un moment clef pour prendre ces décisions : pour outiller les élus communaux et intercommunaux issus des élections de mars 2026, I4CE a publié une méthode de programmation des investissements « alignée climat » intégrant l’adaptation sur les principaux enjeux qui les concernent.   

Il n’existe pas de spécificité du financement de l’adaptation au sein des budgets locaux. L’ambition d’une collectivité dépend à la fois des arbitrages rendus entre différents projets, mais aussi d’un contexte budgétaire plus ou moins propice à l’action. Dans ce contexte il est important pour les collectivités de disposer de ressources propres (fiscalité, dotations) stables et prévisibles, et de pouvoir accéder au crédit pour financer leur programme d’investissement.  

Pour autant, l’Etat joue également un rôle clef pour soutenir l’accélération de l’action locale d’adaptation. Premièrement en fixant les normes applicables, par exemple en matière de rénovation des bâtiments, ou de production de plans de gestion de crise. Deuxièmement, en apportant un soutien à l’ingénierie de projets, notamment pour les plus petites collectivités (rôle par exemple de la « Mission Adaptation »). Troisièmement en ciblant les meilleurs projets dans ses enveloppes de soutien à l’investissement local, en particulier via le Fonds Vert ou par la distribution de prêts à taux bonifiés. Et enfin en garantissant un cadre budgétaire et financier compatible avec une des dépenses en hausse, notamment en matière d’investissement.

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