Au-delà des débats sur le bon niveau de récolte de bois, un autre enjeu est également crucial du point de vue du climat : comment valoriser au mieux le bois récolté ? La Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) prévoit qu’une part croissante de la récolte de bois soit orientée vers des produits à longue durée de vie tels que ceux qui sont utilisés dans la construction, qui permettent de stocker du carbone dans la durée. L’objectif est ainsi de réorienter une partie des ressources aujourd’hui dédiée à des usages plus courts tels que la production de papier et d’énergie vers ces usages longs. Si les objectifs sont très ambitieux, la SNBC ne développe pas les politiques à mener pour y parvenir. I4CE a ainsi analysé la faisabilité technique d’une telle politique de réorientation des usages du bois et a identifié les filières à usages longs les plus prometteuses.

 

 

Meilleure valorisation du bois d’œuvre : un potentiel limité dans l’immédiat mais prometteur à plus long terme

 

Le bois d’œuvre correspond à la plus haute qualité de bois, et il est déjà majoritairement dédié à un usage matériau à longue durée de vie. Une partie du bois de cette qualité n’est toutefois pas valorisée à son plein potentiel technique et est destinée à des usages à courte durée de vie, tel que le chauffage des logements. Cela concerne principalement les bois d’essences feuillues, de faibles diamètres ou de faibles qualités.

Un développement des débouchés permettant de valoriser ces bois pourrait permettre d’augmenter la part de bois d’œuvre dans la récolte et celle dédiée aux produits à longue durée de vie notamment. Le recours à des produits plus permissifs en termes de ressources utilisées comme les bois d’ingénierie pourrait notamment permettre de mieux valoriser ces bois. Cependant, ces développements nécessitent encore des besoins en R&D et des évolutions importantes de l’industrie, ce qui réduit leur potentiel à court terme.

 

Les filières prometteuses à court terme : les panneaux et les isolants

 

Les ressources issues de la transformation du bois d’œuvre (chutes de sciages par exemple) et les bois de plus faible qualité et de plus petit diamètre sont très utilisées par les filières papier et énergie (cf. diagramme ci-dessous), mais peuvent également être destinées à des usages à plus longue durée de vie : dans le secteur du bâtiment avec des isolants et des panneaux pour les murs et les planchers par exemple, dans l’ameublement pour fabriquer des bureaux, des cuisines, etc.

Les filières panneaux et isolants sont jugées particulièrement prometteuses pour la réorientation des usages du bois, car elles emploient des ressources communes aux filières papier et énergie et qu’il est donc techniquement possible de réorienter une partie de ces ressources vers la filière des panneaux. En effet, on observe peu de contraintes techniques fortes dans leur processus de production qui iraient à l’encontre d’une réorientation de ces ressources. Quelques défis techniques à relever ont été identifiés, mais des solutions innovantes existent déjà en France et à l’étranger, ce qui laisse présager que ces contraintes pourraient être levées rapidement avec les bonnes mesures.

 

Profitons d’un contexte politique opportun pour garantir des débouchés suffisants à ces filières

 

Le développement de ces filières impose la mise en œuvre d’une politique industrielle de développement des capacités de production ainsi que l’identification des bonnes incitations économiques et réglementaires pour élargir les débouchés des produits les plus prometteurs. Les débouchés potentiels de ces produits sont vastes, et justifient l’inclusion d’un objectif fort de réorientation dans la SNBC : nous évaluons le potentiel maximal technique de consommation supplémentaire de panneaux et isolants entre 15 Mm3 et 30 Mm3 par an, dans des scénarios de surfaces construites et rénovées respectivement tendanciel et ambitieux. Toutefois, notre chiffrage confirme que les objectifs quantitatifs en matière de consommation de produits bois à longue durée de vie de la SNBC sont très élevés et ne pourraient être atteints qu’à différentes conditions, très ambitieuses et éloignées de la situation actuelle :

  • que les panneaux et surtout les isolants en bois supplantent majoritairement les autres matériaux dans la construction ;
  • que les surfaces rénovées annuellement s’accroissent aussi fortement que le souhaite la SNBC 2, ce qui correspond à une rénovation complète du parc des logements à un très haut niveau d’efficacité énergétique en moins de 30 ans.
  • que l’export de ces produits se développe pour compenser le surplus de panneaux lié au développement, par ailleurs souhaitable, de panneaux issus de bois recyclé.

Néanmoins, si les volumes finaux projetés aujourd’hui semblent surestimés par rapport à l’état actuel du marché, ces évolutions témoignent de l’ampleur des transformations majeures de nos modes de production et de consommation nécessaires pour l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.

De nouvelles mesures instaurent d’ores et déjà un climat favorable à une telle évolution, comme les premières suites données aux Assises de la Forêt et du Bois, la  nouvelle réglementation sur les bâtiments neufs (RE2020) qui pourrait prochainement inciter à la consommation de produits biosourcés, ou encore, les objectifs de rénovation énergétique qui pourraient être un tremplin idéal pour assurer des débouchés importants aux isolants en bois.

Cette étude amène donc à trois principales recommandations pour soutenir une politique de réorientation des usages du bois :

  • rendre les panneaux de construction et les isolants en bois plus compétitifs que leurs substituts (plâtre, béton, laine de verre…) : ce sont les deux types de produits les plus prometteurs en terme de réorientation des usages du bois ;
  • rendre l’utilisation du bois comme matériau plus compétitive que l’utilisation du bois pour produire de l’énergie : outre les études qui mettent en doute l’intérêt du bois énergie pour le climat, ce bois représente la principale ressource réorientable d’un usage court vers un usage long ;
  • étudier plus finement le potentiel d’accroissement de la part du bois d’œuvre dans la récolte, notamment par le développement du bois d’ingénierie.

 

Diagramme des flux de ressources françaises majoritairement dédiées aux filières du papier, des panneaux et de l’énergie, en 2018

Les pourcentages expriment la part de chaque type de ressources actuellement destinée aux filières. Exemple : 25 % du bois industrie est consommé par la filière de la pâte à papier.

En 2 minutes, Océane Le Pierrès d’I4CE vous explique sur quels produits miser en priorité, sur les usages du bois, afin d'améliorer le puits de carbone :