Édition 2020 du Panorama des financements climat

11 mars 2021 - Étude Climat - Par : Maxime LEDEZ / Hadrien HAINAUT

Le Panorama des financements climat recense les dépenses d’investissement en faveur du climat en France, décrit quels porteurs de projets les réalisent et retrace comment ces opérations sont financées. Les résultats sont comparés d’une année à l’autre, ainsi qu’aux estimations d’investissements nécessaires pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de la transition énergétique, d’après les scénarios nationaux. De cette manière, le Panorama contribue à la réflexion sur la pertinence des politiques publiques et le rôle des financements publics et privés en faveur du climat.

 

Le Panorama se base sur une méthode transparente, et ses résultats sont discutés en atelier avec le Ministère de la transition écologique et solidaire et l’Agence de la transition écologique (ADEME).

 

 

Principaux résultats

Avant la crise, les investissements climat augmentaient rapidement, pour atteindre 48 milliards d’euros en 2019. Ils sont surtout réalisés dans les secteurs du bâtiment, des transports et de la production d’énergie. Parmi les leviers de réduction des émissions de GES, c’est l’efficacité énergétique qui vient en premier avec 40% des investissements totaux.

 

Les investissements climat augmentent d’abord parce que davantage d’équipements sont installés, en dépit des surcoûts de quelques grands chantiers. Mesuré relativement au PIB, l’effort d’investissement en faveur du climat a augmenté, passant de 1,7 à 2,4% entre 2011 et 2019.

 

Les pouvoirs publics ont contribué à cette hausse. Les investissements climat de l’Etat, des collectivités, des gestionnaires d’infrastructures et des bailleurs sociaux ont augmenté de 57% depuis 2011. Mais l’enjeu pour les pouvoirs publics ne consiste pas seulement à investir dans leurs propres équipements, mais aussi de créer un cadre favorable aux investissements privés. Les montants de cofinancement public des projets des ménages et des entreprises ont augmenté, entrainant davantage d’investissements privés, mais leur effet de levier n’a pas progressé. Davantage d’obligations ont été introduites, mais elles ne déclenchent pas toujours des investissements.

 

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Malgré leur croissance récente, les investissements climat restent insuffisants au regard des besoins. Ce déficit s’explique, entre autres, par le manque de rentabilité des projets, des freins réglementaires, ou par l’absence d’offre de financement adéquate. Pour rattraper le retard sur la trajectoire de la stratégie nationale bas-carbone, il faudrait investir chaque année 13 à 17 milliards d’euros de plus qu’en 2019 dans les secteurs du bâtiment, des transports et des énergies renouvelables. Et pour espérer atteindre à terme la neutralité carbone, il faudrait envisager des besoins encore mal documentés, dans l’agriculture, l’industrie, la recherche ou encore l’adaptation. Et il est encore trop tôt pour savoir si le plan de relance et son volet climat, adopté en septembre 2020, a permis d’accroitre les investissements climat et de rattraper ce retard.

 

Une combinaison de financements publics, de réglementation et d’accompagnement serait en mesure de déclencher les investissements nécessaires. A court terme, une impulsion publique de 9 milliards d’euros par an, permettrait de déclencher 21 milliards d’euros d’investissements climat supplémentaires chaque année.

À moyen terme, cet effort financier public devra augmenter pour atteindre 22 milliards d’euros au-dessus des niveaux historiques. En effet, si les coûts de certains équipements devraient continuer à diminuer, le nombre de projets à financer grimpe considérablement. Et l’argent, même public, ne suffit pas : l’accompagnement, la réglementation et la mise en place de conditions propices à l’investissement privé sont indispensables.

 

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Les investissements fossiles augmentent encore en 2019, et atteignent un niveau record de 71 milliards d’euros, soit 70% de plus qu’en 2014. Il s’agit surtout d’investissements dans les équipements de consommation : à elles seules, les voitures particulières représentent près des deux tiers du total. Ces investissements vont à l’encontre des efforts en faveur de la transition en retardant la réduction des émissions de GES, mais les pouvoirs publics auraient des moyens fiscaux et réglementaires pour les réduire.

 

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Secteurs clés

Les investissements dans les travaux de rénovation énergétique des logements progressent depuis 2011, mais très peu de ces dépenses donnent lieu à des réductions de consommations d’énergie d’ampleur suffisante, les actions de rénovation dans un même logement n’étant ni planifiées ni coordonnées. Près d’un tiers des montants investis sont couverts par les instruments issus des politiques publiques, sous forme de subventions et de prêts aidés, mais ces instruments ne sont pas conditionnés à l’atteinte d’un niveau de performance énergétique compatible avec les objectifs nationaux.

 

Du côté des véhicules et jusqu’en 2019, l’essor des motorisations bas-carbone n’enraye pas la progression des ventes de voitures thermiques. Après une phase de démarrage, les investissements dans les véhicules électriques, GNV et hybrides sont en croissance rapide. La réglementation, les infrastructures, et les développements technologiques ont contribué à la forte hausse des immatriculations, mais leur part de marché demeure largement minoritaire : en 2019, quatre voitures vendues sur cinq étaient plus émettrices que le niveau associé à la trajectoire des objectifs nationaux.

 

Les investissements dans les infrastructures de transport ont atteint un niveau historique de 12,4 milliards d’euros en 2019. Après la construction des lignes à grande vitesse, la hausse des investissements dans les infrastructures de transport reflète la priorité donnée aux mobilités du quotidien. Proche des niveaux programmés, les investissements actuels devront être pérennisés. Mais il n’est pas certain qu’ils suffisent à accueillir le nombre de voyageurs et les volumes de marchandises envisagés par la Stratégie nationale bas-carbone.

 

Les investissements dans les installations de production d’électricité renouvelable sont stables depuis 2017 à hauteur de 4,5 milliards d’euros, avec des évolutions contrastées selon les filières. Le rythme des investissements demeure insuffisant au regard des objectifs affichés par la PPE, les projets sélectionnés étant parfois confrontés à des retards administratifs et des oppositions locales.

 

Les investissements dans la production de chaleur renouvelable ont rapidement augmenté ces trois dernières années, notamment dans le segment des pompes à chaleur. Concurrencés par les énergies fossiles, les projets bénéficient de soutiens publics, en particulier du Fonds chaleur. Les investissements restent en deçà des niveaux requis pour assurer les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie.

 

La prochaine édition du Panorama examinera l’impact de la crise et de la relance sur les investissements climat en 2020.

 

Maxime Ledez, Chargé de recherche chez I4CE , vous explique en deux minutes ce qu’est le Panorama et où en est la France dans ses investissements climat :

 

 

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Édition 2020 du Panorama des financements climat Télécharger
Voir les annexes
  • Annexe 1 – Les prix des énergies et du carbone Télécharger
  • Annexe 2 – Les Certificats d’Economies d’Energie Télécharger
  • Annexe 3 – Les taux d’intérêt Télécharger
  • Annexe 4 – Calcul de l’effort réel associé aux investissements climat Télécharger
  • Annexe 5 – Tableau des investissements favorables au climat Télécharger
  • Annexe 6 – Tableau des besoins d’investissements Télécharger
  • Annexe 7 – Tableau des investissements dans les énergies fossiles Télécharger
  • Annexe 8 – Définitions des investissements climat à partir des documents nationaux et internationaux (en anglais) Télécharger
Contacts I4CE
Maxime LEDEZ
Maxime LEDEZ
Chercheur – Panorama des financements climat, Bâtiment Email
Hadrien HAINAUT
Hadrien HAINAUT
Responsable d'unité – Panorama des financements climat, Transition énergétique et prospective Email
Pour aller plus loin
  • 02/06/2023
    Investissements climat : derrière les chiffres, des choix politiques

    Avec le récent rapport de Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, la question du financement de la transition climatique fait les gros titres en France. Il suscite énormément de réactions et vous trouverez dans cette newsletter plusieurs analyses d’I4CE, dont une qui explore l’idée de financer la transition avec des économies budgétaires et met en lumière les défis, jamais faciles, que cela implique de relever

  • 01/06/2023 Billet d'analyse
    Climat : où sont les économies budgétaires ?

    Comment le gouvernement entend-il financer la hausse de ses dépenses publiques pour le climat ? Suite aux réactions du gouvernement au rapport Pisani-Ferry qui proposait d’utiliser toutes les options dont l’endettement et la hausse des prélèvements obligatoires, faisons une hypothèse : et si le gouvernement misait uniquement sur les options d’économies budgétaires ? Damien Demailly d’I4CE fait une revue des options à disposition du gouvernement pour financer ainsi la transition. Évidemment, toutes sont difficiles à mettre en œuvre et certaines peuvent s’avérer contre-productives. Elles méritent néanmoins d’être explicités et débattues. L’ensemble des options pour financer la transition méritent de l’être.

  • 30/05/2023 Tribune
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    Combien faut-il investir pour le climat ? Des experts d’horizons variés ont cherché à répondre à cette question importante et en apparence assez simple. Ils sont d’accord pour dire que, public comme privé, il faut investir plus pour réduire les émissions de carbone. Mais ils divergent sur l’ampleur du montant, qui va de 20 à 100 milliards d’euros par an. Faut-il s’inquiéter de cette divergence ? La question est importante car elle alimente deux débats. Le premier concerne l’ampleur de la dépense publique. L’Etat et les collectivités locales devront investir dans les bâtiments et les infrastructures publiques, mais aussi aider les ménages et les entreprises à financer leurs propres investissements. Le second débat est macroéconomique : s’il faut investir davantage, cela implique de produire plus et d’épargner plus tout en consommant moins, ou encore de recourir à des capitaux étrangers – ce qui va affecter la croissance, l’emploi et le niveau des prix.

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