Les financements publics du système alimentaire français : quelle contribution à la transition écologique

27 septembre 2024 - Étude Climat - Par : Lucile ROGISSART / Sébastien LECQ / Olia TAYEB CHERIF

La transition écologique du système alimentaire pose de nombreuses et épineuses questions de financement : combien ça coûte ? qui doit payer ? les financements existants y contribuent-ils ? C’est à cette dernière question que ce rapport apporte des éléments de réponse.

 

Dans ce rapport, nous réalisons un recensement aussi exhaustif que possible des soutiens publics au système alimentaire français en 2018, 2021 et 2024. Nous analysons la contribution théorique de ces financements à la définition de la transition écologique des pouvoirs publics.

 

 

Un peu plus de 50 milliards d’euros de financements publics du système alimentaire

Nous avons recensé 53,6 milliards d’euros de financements publics totaux bénéficiant au système alimentaire français en 2024. À titre de comparaison, les dépenses alimentaires totales des Français s’élèvent environ à 300 milliards d’euros.

 

Ce total a augmenté de 29 % depuis 2018, soit légèrement moins que l’inflation alimentaire (+33 %), mais plus que l’inflation générale (+17 %). Cette hausse est tirée en grande majorité par l’augmentation généralisée des montants d’exonérations de cotisation sociale, et dans une moindre mesure par des dépenses budgétaires nationales supplémentaires.

 

Moins de 10 % de financements publics favorables à la transition écologique, un montant en hausse mais encore insuffisant

En 2024, entre 3,2 à 5 milliards d’euros (6 % à 9 %) sont favorables à la transition écologique. Ces bornes minimales et maximales traduisent une incertitude face à une information parfois imparfaite. Avec 2,1 à 2,7 milliards d’euros supplémentaires depuis 2018, ces financements favorables ont doublé voire triplé.

 

En dépit de cette hausse, la part de financements favorables n’est probablement pas encore suffisante. Certaines dynamiques (consommation de viande stable, ralentissement des conversions en bio, etc.) incitent à le penser, même si les estimations des besoins de financements sont encore trop rares pour l’affirmer catégoriquement.

 

De surcroit, il n’est pas garanti que cette tendance haussière se poursuive : certaines exonérations fiscales favorables prennent fin en 2024, et des coupes budgétaires dans les mesures nationales de planification écologique ont été annoncées pour 2025. Or l’augmentation observée ces sept dernières années a précisément été portée en grande partie par un accroissement des soutiens favorables issus des budgets nationaux.

 

À défaut de financements favorables additionnels conséquents, dans quelle mesure les autres financements pourraient-ils être davantage réorientés ou conditionnés en faveur de la transition écologique ? Cette question délicate se pose en effet pour les trois quarts des financements (15 % du total étant indépendant des enjeux de transition écologique). Si tous les secteurs sont concernés, la question se pose particulièrement à l’aval (industrie agroalimentaire, distribution, restauration commerciale), où la part de financements favorables est quasiment nulle.

 

 

7 % de financements défavorables à réorienter, en accompagnant les acteurs concernés

Une part stable de 7 % (3,8 milliards d’euros) des financements publics est opposée aux objectifs de transition écologique : les exonérations fiscales aux énergies fossiles, et les soutiens à l’élevage attribués en proportion du nombre d’animaux.

 

La transition écologique suppose une disparition progressive de ces soutiens spécifiques. Cela ne pourra cependant se faire sans des modalités d’accompagnement satisfaisantes.

 

70 % de financements ni favorables ni défavorables pouvant théoriquement être réorientés

Enfin, 70 % (environ 37 milliards d’euros) des financements publics sont cotés « Incertains orientables » : ils ne peuvent être considérés ni comme favorables ou défavorables, ni comme réellement indépendants des enjeux de transition. Ces financements peuvent donc en théorie être réorientés favorablement, non sans difficultés dans la pratique. Trois blocs se détachent.

 

Sans surprise, on y retrouve la majeure partie des financements liés à la Politique agricole commune (environ 9 milliards d’euros). Un délicat processus de verdissement de ces financements est déjà en cours, et doit être poursuivi et amplifié. Deux grandes pistes se dessinent pour cela : un transfert de financements vers des mesures dédiées à la transition écologique, ou un renforcement des critères environnementaux des autres soutiens (au revenu, à l’investissement matériel, etc.).

 

À l’autre bout de la chaîne de valeur, un montant comparable (10 milliards d’euros) soutient directement ou indirectement la consommation alimentaire des ménages. Là encore, le processus de verdissement en cours doit être poursuivi et amplifié, en particulier du côté des financements publics de la restauration collective. Des propositions d’ajustements du dispositif des titres restaurant aux objectifs de transition écologique peuvent également être examinées, de même que des réformes plus ou moins structurelles de la politique d’aide alimentaire.

 

Enfin, le montant le plus conséquent correspond à des exonérations de prélèvements généralistes en soutien à la compétitivité, l’emploi et l’innovation (15 milliards d’euros). L’alignement de ces financements avec des objectifs environnementaux est encore très peu voire pas débattu. Ouvrir et approfondir un tel débat serait pourtant utile du point de vue de l’efficacité de la dépense publique, compte tenu à la fois des montants conséquents concernés, et de la complexité des implications à prendre en compte sur l’emploi et la compétitivité.

Les financements publics du système alimentaire français : quelle contribution à la transition écologique Télécharger
Voir les annexes
  • Annexe méthodologique : financements publics du système alimentaire français Télécharger
Contacts I4CE
Lucile ROGISSART
Lucile ROGISSART
Chercheuse – Financement de la transition agricole, Alimentation Email
Olia TAYEB CHERIF
Olia TAYEB CHERIF
Chercheuse – Financement de la transition agricole Email
Pour aller plus loin
  • 23/01/2026
    Financer les changements de pratiques dans les secteurs agricoles et forestiers au niveau européen : ne pas sous-estimer les défis

    Dans un contexte économique et politique difficile, en particulier pour le secteur agricole, et à l’heure où les contraintes réglementaires et fiscales sont remises en cause, certains dispositifs incitatifs peuvent néanmoins contribuer à fédérer les acteurs dans des démarches de transition et de résilience. C’est par exemple le cas des démarches de certification carbone, qui permettent à la fois d’assurer la crédibilité de l’impact climatique des actions mises en œuvre, mais également la rémunération des agriculteurs et forestiers pour les changements de pratiques. Certaines d’entre elles, comme le remplacement d’engrais minéraux (majoritairement importés) par des engrais organiques, contribuent également à répondre aux besoins de résilience et d’indépendance stratégique du secteur, cruciales dans le contexte actuel.  

  • 16/01/2026
    MACF et engrais : sanctuariser des budgets pour aider les agriculteurs à réduire leur usage d’engrais minéraux

    Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est entré en application au 1e janvier 2026. Il s’agit d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne sur les importations de certains produits industriels couverts par le marché d’échange de quotas européens. Les engrais minéraux azotés font partie de cette première liste de produits. Afin d’éviter une hausse des charges pour les agriculteurs concernés, le niveau de la taxe a été réduit pour les engrais, et ceux-ci pourraient même être temporairement exclus du périmètre du MACF. Pourtant, pour le climat, mais aussi pour l’indépendance stratégique et la souveraineté alimentaire de la France, le MACF devra finir par s’appliquer pleinement aux engrais minéraux. Pour limiter voire éviter une hausse des dépenses d’engrais des agriculteurs, il faut des politiques publiques, dont certaines sont actuellement menacées. Sanctuariser des budgets pour ces politiques serait un moyen de soutenir le revenu des agriculteurs et la souveraineté alimentaire de l’Union européenne et de la France, tout en réduisant l’empreinte carbone de notre alimentation.

  • 02/06/2025
    Le Label Bas-Carbone : quel bilan après 6 ans d’existence ?

    Après 6 ans de Label Bas-Carbone, cette étude vise à faire le point sur ce dispositif et ses projets : quelles activités sont mises en place sur le terrain, pour quel impact climatique, avec quelle robustesse ou au contraire quelles limites en termes de mesure, d’intégrité environnementale, d’accessibilité… ? Cet exercice vise également à alimenter le processus d’amélioration continue du dispositif et cette expérience sera utile aux travaux sur le cadre de certification carbone de l’Union européenne.

Voir toutes les publications
Contact Presse Amélie FRITZ Responsable communication et relations presse Email
Inscrivez-vous à notre liste de diffusion :
Je m'inscris !
Inscrivez-vous à notre newsletter
Une fois par semaine, recevez toute l’information de l’économie pour le climat.
Je m'inscris !
Fermer