Transition de l’élevage : gérer les investissements passés et repenser ceux à venir

21 février 2023 - Étude Climat - Par : Thomas BONVILLAIN / Lucile ROGISSART / Claudine FOUCHEROT

Accompagner la baisse du cheptel 

Tous les scénarios de transition misent sur la baisse du cheptel des animaux d’élevage pour atteindre les objectifs climatiques. Or en France la plupart des cheptels diminuent déjà. L’enjeu n’est donc pas seulement de poursuivre cette dynamique, mais aussi de l’accompagner pour assurer une transition juste et acceptable aux éleveurs et aux acteurs des filières d’élevage. C’est particulièrement vrai pour la filière laitière.

 

Pour accompagner cette transition, il est nécessaire d’en comprendre les impacts économiques et d’évaluer les différents types de coûts qui y sont associés. Les besoins en investissements pour développer de nouvelles filières, même s’ils nécessiteraient d’être mieux chiffrés, font d’ores et déjà l’objet de discussions dans le débat public et même de financements publics comme les 135 millions d’euros de « prime à la conversion d’agroéquipements » ou encore le volet « protéines végétales » du plan de relance.

 

Or, quand un secteur économique voit son activité baisser, se pose également la question du devenir de ses outils de production actuellement en place et qui vont perdre de la valeur comparativement à un scénario de maintien de l’activité. On parle ici des « actifs à risque ». C’est une question particulièrement prégnante en agriculture puisque les exploitants investissent tout au long de leur vie dans leur exploitation avec la perspective d’une bonne valorisation de celle-ci au moment de sa session, afin de s’assurer une retraite décente.

 

Gérer les actifs à risque

C’est pourquoi I4CE a analysé, dans cette étude, les « actifs à risque » dans l’élevage. Il en ressort que les actifs à risque peuvent être de 3 types. Il peut s’agir d’actifs :

 

  1. surdimensionnés si le niveau d’équipement est largement supérieur à l’utilisation qui en est faite ;
  2. reconvertibles si, modulo des coûts pour les adapter, ils peuvent servir à un nouvel usage ;
  3. échoués, s’ils ne sont plus utilisables et ont perdu toute valeur.

 

 

Notre analyse montre que, parmi l’ensemble des actifs immobilisés sur les exploitations d’élevage, ce sont les bâtiments qui représentent le plus grand risque. Si ces actifs à risque constituent un véritable enjeu à l’échelle individuelle, à l’échelle nationale ils représentent quelques centaines de millions d’euros par an à gérer sur une décennie.

 

Ne pas augmenter le stock d’actifs à risque

Chaque année, plus d’un milliard d’euros de subventions d’investissement sont accordées aux exploitations d’élevage. Pour ne pas contribuer à augmenter le stock d’actifs à risque il est nécessaire de :

 

  1. recalibrer ces aides pour éviter le surinvestissement ;
  2. les réorienter pour s’assurer qu’elles favorisent des outils de production compatibles avec les objectifs de durabilité.

 

 

Pourquoi l’élevage doit faire sa « transition » ? À quoi ressemble-t-elle ? Comment accompagner au mieux cette transition ? Quels sont les autres défis de l’élevage ? En deux minutes, Thomas Bonvillain d’I4CE répond à ces questions et parle de la transition de l’élevage en France.  

 

 

 

Pour aller plus loin
  • 20/02/2026
    Pour une véritable souveraineté agricole et alimentaire, une planification des investissements est incontournable 

    Les secteurs agricoles et alimentaires traversent une importante crise de leur balance commerciale. En 2025, les importations nettes ont atteint des niveaux particulièrement élevés, et inédits parfois depuis plusieurs décennies. Pour corriger le tir, des conférences de la souveraineté alimentaire seront organisées en 2026, et des premières annonces sont attendues au Salon international de l’agriculture qui s’ouvre demain à Paris. Si l’intention est largement compréhensible, les réponses apportées risquent d’être les mêmes que ces deux dernières années : lever les contraintes à la production, pour produire plus de tout (productions animales et végétales), afin de récupérer des parts de marché. Est-ce réaliste ?

  • 19/02/2026 Tribune
    Souveraineté alimentaire : grand réveil ou doux rêve ?

    Un « grand réveil ». C’est le vœu par lequel Annie Genevard initiait les conférences de souveraineté alimentaire. Pour Benoit Leguet dans sa chronique des Echos, l’intention est louable : tout le monde gagnerait à sortir de cet exercice avec une solide feuille de route pour guider les investissements agricoles prioritaires. Mais ces conférences ne peuvent se résumer à afficher des ambitions de production parfois irréalistes et passer sous silence les fragilités de notre système agricole et alimentaire, au risque d’entretenir un doux rêve.

  • 19/02/2026 Billet d'analyse
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    Les conférences de la souveraineté alimentaire vont probablement rythmer les débats sur l’avenir de l’agriculture française en 2026. Pour Lucile ROGISSART, l’essentiel des réponses apportées ces deux dernières années peuvent se résumer ainsi : lever les contraintes à la production, pour produire plus de tout, dans le but de récupérer des parts de marché en France et à l’exportation. Cette réponse se heurte pourtant à une difficulté majeure : produire plus de tout implique d’importer encore davantage de produits stratégiques tels que les engrais ou les tourteaux. La transition écologique permet pourtant de réduire ces importations. Les conférences de la souveraineté alimentaire devront donc intégrer la transition écologique, au risque de rater leur objectif.

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